OEUVRES D'ART EN MÉTAL
mit vingt-six ans à exécuter un autel en argent pour la cathédrale, représenlant la Cène, la Passion de Jésus-Christ et la Résurrection; il pesait environ deux cents livres.
La corporation des orfèvres de ^'uremberg comptait souvent plus de cinquante maîtres; tous avaient de grands ateliers, et leurs ouvrages délicats éiaient recherchés dans toute l'Europe. Ils ne se bornaient pas à ciseler d'admirables parures, des vases précieux; leur principal mérite consistait à composer eux-mêmes les dessins des ornements et des figures qu'ils coulaient ensuite en métal. Tous les joyaux d'alors ont une valeur artistique; ils sont d'une variété de forme et de composition étonnante, et représentent des animaux, des figures de femme, des groupes religieux ou profanes exécutés soit en métal ciselé, soit en émail. On émaillait, par exemple, des paons aux queues chatoyantes, des figures de femmes partant des couronnes d'or et parées de vêtements éclatants. Puis on achevait l'ornementation de ces bijoux avec des perles et des pierres précieuses. Le conseil de Nuremberg fit exécuter en 1509, pour le roi Ladislas de Hongrie, une fleur en vermeil d'un travail exquis, et en 1512, pour l'évéque Laurent de Wurtzbourg, un vase en vermeil où les travaux des douze mois de l'année étaient gravés avec beaucoup d'art '.
Pour se faire une idée des richesses d'orfèvrerie que possédait l'Allemagne au quinzième siècle, il suffirait de parcourir l'inventaire des trésors de quelques églises. Citons, surtout, celui de Sainte- Marie à Nuremberg (1466) et celui de la cathédrale de Freising (1482). Dans la cathédrale de Passau, l'inventaire mentionne deux grands reliquaires en forme d'églises et de tours, vingt appliques en argent, quarante statues du même métal, des châsses, des expositions ^ Dans la cathédrale de Berne se trouvaient, entre autres objets précieux, une tète de Christ en argent, pesant trente et une livres ; deux anges en argent richement dorés, du poids de quatre-vingts livres; les bustes en argent de saint Vincent et de saint Achate, un reliquaire en or massif pesant vingt-huit livres, contenant le chef du saint patron de l'église et couvert de pierres prc'cieuses estimées
' On peut se rendre compte du nombre d'olijets d'art, en or et en argent, que possédaient les églises de Xurember.j, dans les documents qui nous racontent le dépouillement des églises ordonné par le conseil de la ville en 1552. On tira de tous les olijets en argent doré ou non doré une somme de mille sept cents marcs, pesant ensemble près de neuf cents livres. On les emporta, on les fondit, on les vendit; on fit plus tard de l'argent avec tout ce qui en restait encore. Les marcliands étrangers qui trafiquaient avec Nuremberg emportèrent dans d'autres pays des cargaisons entières d'objets précieux. Les chefs-d'œuvre d'Albert Durer furent vendus, « comme vieux tableaux papistes », aux Italiens. Français, Angkiis. Hollandais. Voy. Van Eye, p. 487. — IIassler, p. IIG.
- Voy. Baader, t. I, p. 74-s9. — Sighart, p. 547, 5.J2.
2,000 ducats; de plus, les statues des douze apôtres, pesant chacune vingt-quatre livres *. Pour citer encore un autre exemple, le prieur du monastère de Tégernsée, Conrad, achète la même année (1462) deux reliquaires d'argent en forme de bras, quatre expositions, dont Tune, ornée de l'image de la Vierge, coûta 520 florins; une statuette de la Mère de Dieu, entourée d'un soleil estimé 500 florins; plus, les statuettes en argent de saint Benoît et de sainte Scholastique; un pectoral en or pur orné de pierreries; une mitre, une chaîne et une croix, un grand nombre de reliquaires et dix-huit calices. Les particuliers possédaient aussi beaucoup d'objets précieux ^
Citons parmi les œuvres d'art qui nous ont été conservées, le grand ostensoir de la cathédrale de Coire, haut d'environ un mètre. C'est un chef-d'œuvre de premier ordre, tant à cause de la perfection des figures que pour le goût de Tornementation. Il est cependant de beaucoup surpassé en richesse, sinon en beauté artistique, par l'ostensoir de maître Lucas, bourgeois et conseiller de Donauwœrth (1513); l'empereur Maximilien en fit présent au monastère du lieu; c'est un ouvrage splendide, orné de quarante figurines, d'inscriptions et d'écussons émaillés ^
Les fondeurs en bronze de Nuremberg n'étaient pas moins habiles que les orfèvres, et avaient une grande célébrité. Dès 1447, le poète Hans Rosenplut disait à propos d'eux : - J'ai trouvé bien des maîtres à Nuremberg : j'ai visité dans leurs ateliers les fondeurs de métaux : ils n'ont pas leurs pareils dans le monde entier. Ce qui vole, court, nage ou plane, homme, auge, oiseau, poisson, ver ou insecte, toutes les créatures selon leur rang et tout ce que la terre peut produire, ils savent le représenter, le couler en cuivre, et nul ouvrage ne leur semble trop difficile. Leur art et leur travail sont célèbres dans les pays les plus lointains; ils sont bien dignes d'être nommés et célébrés comme de grands artistes. Nemrod ne connaissait pas de tels maîtres quand il voulut faire construire la tour de Babylone; c'est pourquoi je loue et j'exalte Nuremberg; elle est plus riche en artistes habiles qu'aucune autre ville du monde *. »
Le plus célèbre fondeur de Nuremberg, Pierre Fischer, était simple chaudronnier. Il éleva son art jusqu'à la plus haute perfec-
' SCHEUUER, Bernisches Mauwleum, t. I, p. 26ü. — Fisciier, Geschichte der Dispulalion zu Bern, p. 576.
* Voy. SiGHART. p. 547.
3 Sif.HiRT, p. 555. Otte, 182-183.
* LocuNER, Der Spruch von Nürnberg, poésie descriptive de Rosenplut (Nuremberg, ISJi).