‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 80 sur 477 · L'A UT DANN I.A MAISON · texte numérisé non relu

L'A UT DANN I.A MAISON

de famille intime et aimable, c'est l'âme véritable de ce foyer allemand, " où tout est bien entendu et marche aisément, oii tout respire la paix, la liberté, la joie ».

Le foyer domestique était le véritable centre de la vie de nos aïeux, et l'on ne saurait constater sans admiration la manière dont ils savaient agréablement et confortablement s'arranger entre leurs quatre murs. Tout ce qui servait à leurs besoins journaliers n'était pas seulement d'un usage pratique, mais encore fait pour charmer le regard. Kampes, plafonds, portes, fenêtres, tables, sièges, armoires, bahuts, serrures, marteaux de porte, poêles, flambeaux ', tout révèle le goût fin, la main habile, l'amour de l'ouvrier qui les exécuta. Les ustensiles de cuisine d'un simple ménage bourgeois, dont quelques rares échantillons seulement sont venus jusqu'à nous, offrent le même caractère d'originalité et de goût. Aussi Wimpheling disait-il avec un juste orgueil que l'art allemand méritait l'admiration universelle, non-seulement à cause de ses créations sublimes dans le domaine de l'architecture, de la peinture ou du dessin, mais parce qu'il avait su produire des œuvres achevées dans les plus humbles petits meubles du ménage ^ On apportait à perfectionner les plus simples objets ce même soin, cette même conscience, ce même goiït qu'on mettait à l'exécution des grandes choses.

Ce fait s'explique surtout par l'étroite et heureuse union qui existait autrefois entre les artistes et les ouvriers. L'art était sorti du métier comme la fleur délicate sort de sa tige; il exerçait une influence souveraine sur le tronc qui l'avait porté. Son union vivante et perpétuelle avec lui était sensible dans les moindres travaux des artisans '. Au reste, les premiers maîtres de l'art ne faisaient nulle difficulté de se nommer eux-mêmes, tout simplement, « ouvriers ». Surlin d'Ulm est appelé t- menuisier » dans les documents de l'époque ; Adam Krafft, - tailleur de pierre »; Pierre Fischer, " chaudronnier ». Les plans de simples maisons de ville ou de campagne étaient souvent tracés par les architectes les plus savants de nos cathédrales; et ces mêmes artistes qui sculptaient avec tant de perfection les stalles de chœur de nos églises achevaient avec un soin minutieux de

' Voy. Rettberg, p. 59.

* Voy. HOUAWITZ, Xationale Geschichlschreibung, p. 77.

' Pour plus de détails, voy. Reichenspeuger, Da$ Kvntthandieerk . — Meyer, p. 185.

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petits ustensiles de ménage; les p\üs grands peintres ne refusaient pas de prêter leur talent à la décoration du pignon d'une maison bourgeoise, à Tornementation d'une fenêtre, aux écussons d'une famille considérée.

Ainsi l'art et le métier se complétaient, s'aidaient réciproquement. Le plus simple ouvrier avait l'ambition de produire des ouvrages vraiment artistiques, visait à la perfcclion, et voulait faire œuvre de maître; cependant il n'avait pas !a pensée d'aller au delà des limites de sa profession, et trouvait dans sou métier salaire, considération, honneur et joie. Les moindres objets sortis de ses mains attestent son amour pour son travail, et voilà pourquoi ils nous produisent une si agréable impression. Aussi ouvriers et artistes trouvaient-ils occupation et salaire parmi la classe aisée qui, pouvant jouir en repos de la vie, était fière d'acquérir des œuvres d'art écloses sur le sol de la patrie.

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