‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 79 sur 477 · L'ART DANS L\ VIE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

L'ART DANS L\ VIE DOMESTIQUE

sont d'une vulgarité repoussante. Nous voyons revivre devant nous ce prolétariat dépravé des villes qui joua un rôle si fatal dans les lutlcs religieuses et polilirpies du seizième siècle.

AfCrancliis par leurs professions mômes de la mobilité et des caprices de la mode, l'ouvrier, le bourgeois, le magislrat, le savant comparaissent à leur tour devant nous. L'habillement des ouvriers est voyant, bigarré, mais d'une extrême simplicité; ils portent un costume court et commode, une sorte de blouse, des culottes larges ou étroites, qu'ils renferment dans leurs boites longues ou courtes, ou bien laissent flotter. Représentés à leur travail, ils ont en général une veste sans manches, et les manches de leur chemise sont retroussées jusqu'aux épaules. La tête, rasée court, est couverte d'un simple béret plat, ou d'un chapeau de feutre. Quant aux bourgeois, ils portent un habit assez long par-dessus leurs vestes courtes, soit de la forme d'une blouse qui, fermée par devant, s'enfilait par la tète, soit de la forme d'un manteau, et ouvert par devant. Leur costume est en général de couleur sombre, noire ou brune, doublé de fourrure ou garni de galons. Les docteurs, les savants, les médecins portent une houppelande, avec ou sans ceinture, longue, large, tombant presque sur les pieds, ouverte comme l'habit, ou fermée comme la longue blouse, presque toujours de couleur foncée, quelquefois, cependant, rouge. Un simple béret est posé sur les cheveux coupés court '.

C'est ainsi que les artistes contemporains font défiler devant nos yeux la respectable bourgeoisie allemande d'autrefois. Ils nous montrent avec la même exactitude fidèle le foyer domestique de nos aïeux. Que la chambre où Dürer a placé son saint Jérôme est charmante! Elle a deux fenêtres, ornées de petites vitres rondes; le plafond est en bois bruni. Voici dans le coin une de ces solides tables de chêne qu'on aimait tant jadis; un crucifix et un encrier y sont posés. La chambre est abondamment pourvue de tous les meubles et ustensiles qui rendent la vie à la fois commode et agréable. On aperçoit, pendu au mur, ce grand sablier qui dans un intérieur bien réglé ne pouvait alors manquer de se trouver. Sur une planche fixée contre la muraille, voici des fioles de baume, la cire roulée qui tenait lieu de chandelle, le petit coffre contenant les médicaments. Des courroies attachées au mur retiennent des parchemins, des papiers de toutes sortes, ainsi qu'une grande paire de ciseaux. A côté du

' F\L!cc, t. I, p. 305-316. — L'excellent ouvrage de Frisch (Nuremberg, 1876) donne des descriptions pleines de vie des divers costumes de la fin du quinzième siècle et du commencement du seizième.

rosaire, nous apercevons une brosse; une grande citrouille est suspendue au plafond ; sous le banc, voici des sabots aux épaisses semelles. Tout, dans ce dessin, respire le confort et le chaud bien-être de la bonne vie allemande d'autrefois.

Dürer, dans son dessin de la Naissance de la Vierge, a complété le portrait de l'ancien home allemand. On se trouve ici en pleine réalité terrestre : dans le fond de la chambre de l'accouchée, un escalier, occupant une large place, conduit à l'étage supérieur; il est muni d'une solide rampe de madriers. Dans une niche, placée dans le mur, se trouve un lavabo; une grosse boule creuse en métal, avec un robinet, contient l'eau pour la toilette; au-dessous, sur une pierre de support, voici le bassin où l'on faisait couler l'eau sur les mains; à côté, l'essuie-main et la brosse. Sur une planche placée au-dessus de la porte, sont posés un livre de prières à la reliure élégante, un chandelier artistement travaillé, une boîte à épices et deux fioles de baume. Devant la fenêtre, nous retrouvons ces bancs en bois si commodes qui se rencontrent encore souvent dans les maisons de la vieille Allemagne ; on ne voit point d'autres sièges dans la chambre. Ils sont en bois, garnis de coussins mobiles, et servent en même temps de petits bahuts; la table est solide, un grand coffre sculpté occupe un coin de la chambre, et contient le linge et les autres effets précieux de la maîtresse de la maison. Sainte Anne est couchée dans un grand lit à baldaquin, et se dispose à prendre la soupe et la boisson fortifiante qu'on lui apporte; on sent régner autour d'elle la douce atmosphère de la vie de famille. Un groupe animé de commères et de voisines se mettent en devoir de réparer la fatigue et l'inquiétude passées par un solide et copieux repas; une matrone respectable, à l'air important, armée de tous les insignes de ses dignités domestiques, un grand sac, un trousseau de clefs, un couteau suspendu à sa ceinture, est sur le premier plan, assise sur un escabeau , et paraît avoir grand'soif. Une servante apporte le berceau de la petite Marie, ainsi que l'eau pour le bain '.

Dans le dessin de la Sainte Famille aie travail, de Durer, nous trouvons encore une représentation charmante de la vie intime d'autrefois : Marie est assise en plein air devant la maison, et tient un fuseau entre ses mains; l'Enfant Jésus est couché dans son berceau; Joseph, qui travaille avec ardeur, taille une auge dans un tronc d'arbre; autour d'eux, déjeunes garçons aux ailes d'anges rassemblent dans une corbeille, avec la main ou le râteau, les copeaux bons à conserver, et se livrent en même temps à toutes sortes de jeux enfantins. On apporte à la jeune mère un bouquet de fleurs de mai. Cette vie

' Voy. sur ces dessins Van Eye, p. 349-352, 292-294, 311-312.

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