‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 98 sur 477 · PROSE ET LITTÉRATURE POPULAIRE · texte numérisé non relu

PROSE ET LITTÉRATURE POPULAIRE

La prose caractérise aussi bien que la poésie le degré de culture intellectuelle d'une nation. Au début d'une littérature, la poésie est comme le premier balbutiement instinctif de la langue; mais la prose en représente l'épanouissement, conquis au prix des labeurs et des efforts de l'intelligence. Si l'histoire atteste que chez tous les peuples les poètes ont précédé les prosateurs, c'est que, pour produire une prose correcte et élégante, il faut que l'esprit d'une nation soit déjà parvenu à la maturité '.

En Allemagne, tandis que peu à peu la poésie était tombée dans la médiocrité, la prose, au contraire, s'était développée, à partir de la fin du quatorzième siècle,* dans la même proportion, en suivant le même mouvement que la poésie populaire et les arts plastiques. Elle fit de tels progrès en ampleur, souplesse, profondeur, que non-seulement elle devint capable de saisir et d'exprimer, dans leurs traits essentiels, toutes les idées qui dans les siècles suivants devaient être de son ressort, mais que, dans chaque direction prise à part, philosophie, rhétorique, éloquence, narration, elle produisit des œuvres nombreuses dont quelques-unes sont achevées.

C'est surtout la prose narrative, dans l'histoire, dans la nouvelle, qui prit, à partir de ce moment, un remarquable essor. Pour s'en convaincre, il suffirait de parcourir les recueils d'exemples à l'usage des prédicateurs parus dans la haute Allemagne, les Nouvelles contenues dans le livre de piété intitulé : la Consolation de l'dmc (écrit dans le dialecte de Cologne), les contes, les légendes, également en bas allemand, de la chronique du Dominicain de Lübeck, Hermann Corner. Dans tous ces livres -, le style est plein de naturel et d'intérêt

' Lasai Lx, p 197.

* Communiqués par Pfeiffer, dans son travail intitulé : Die Predigtmärlcin. Voy.

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