DÉFAITE DES ANABAPTISTES
combat acharné, l'émeute fut vaincue. On arracha le cœur des prisonniers, on le leur jeta à la ilgure, après quoi on leur trancha la tête , et leurs cadavres écartelés furent exposés sur des piques *.
A Lübeck et dans le nord de l'Allemagne, les choses prenaient aussi une fâcheuse tournure pour « les élus ». Appuyé par les chefs de la Ligue de Smalkalde, par la noblesse danoise et par le vaillant Gustave Wasa, le duc Christian de Holstein avait recouvré ses états. A la tête de son armée victorieuse, il parut tout à coup aux portes de Lübeck. Dans un péril si imminent, une réaction violente s'opéra ; les bourgeois abandonnèrent Wullenweber et sou parti, traitèrent avec Christian, et lui restituèrent la portion du Holstein que la ville détenait encore.
11 ne fut plus question désormais de soutenir l'Anabaptisme.
A l'assemblée religieuse d'Hambourg (avril lo.35}, Lübeck, Brème, Hambourg, Lunébourg, Stralsund, Rostock et Wismar prirent contre la secte les mesures les plus énergiques. L'expulsion des Catholiques y fut en même temps décrétée -. A Hanovre, parurent des édits condamnant les Anabaptistes à la peine capitale; les Gatholi(iues et les Zwingliens, après avoir subi la flagellation, eurent « toute liberté de s'expatrier pour toujours ^ ».
Cependant le siège de Munster se poursuivait sans amener de résultat déhnilif. Les cercles d'Empire voisins ne s'estimaient pas assez forts pour l'attaquer et tenter.de la réduire ^. Ils réclamèrent donc l'assistance de l'Empire Les États se réunirent à Worms au commencement d"avril, mais les secours qu'ils votèrent ne s'élevèrent pas à plus de cent cinq mille florins. Celte somme était in^ullisante pour l'énergique etïbrt qu'il s'agissait de tenter. Toutefois elle permit de continuer et do renforcer le blocus. On parvint à couper entièrement les vivres aux assiégés.
(f La plus effroyable famine » ne tarda pas à décimer les assiégés. En avrd, un messager, envoyé par le « roi de Sion » aux frères éloignés ayant été fait prisonnier, raconta l'aflreuse détresse de Munster. « Le pauvre peuple, les enf;ints, les femmes souffrent ci'uellementdola l'aim et de mille autre maux; dans les rues, ils demandent à grands cris du pain. Us se nourrissent d'herbes, et le roi prétend que les herbes remplacent fort bien le pain. On mange du cheval,
' Keller, p. 270-279. — Cornelius, Niederländische Wiedertäufer, p. 16-24.
- Waitz, t. m, p. 11-12. — WiGGErts, p. 1U7-1Ü8. — Voy. chins Gallois (l. H, p. 79b) avec quelle libéralité le conseil de llaaibourg « tiaita les seize ou vingt prédicaiiis présents à l'assemblée religieuse».
3 Schlegel, p. 77-78.
* Voy. les délibéralious sur les secours à fournir, daus Kellen, p. 2oi et suiv.
DÉFAITE I)i:S ANABAPTISTES. l;J3ij.
et même dis semelles de bulles bouillies; on racle le plaire doa murailles, et 011 le mêle à l'eau Souvent on dépose dans la même fosse six, huit ou dix mallieiiieusis viclimes. Pendant ce temps, le roi ne niampic de rien. Il a fait provision dr vivres pour toute une ajinée , il a de bon vin, dV-xceilcnte bière, lui et sa cour ont de tout en abondance. » Voyant l'extrême misère où la [copulation était réduite, Jtaii, craif^'nant une révolte, et que la ville ne fit sa soumission à reveujue, inaugura le régime de la terreur : il déclara (pie (piieonque ferait entendre une plainte serait immédiatement mis à mort. Le 3 juin, il n'y eut pas moins de ciiuiuanle et une exécutions à Munster, vingt les jours suivants. Le roi lit couper en douze morceaux le corps de Nicolas Norlliorn, convaincu d'avoir conspiré et prémédité la reddition de la ville à l'évêque. Le cœur et le foie de Norlliorn lurent cuits et dévorés par un prédieant*.
Au moment où tout espoir de secours semblerait perdu, Jean avait donné Tordre de mettre le feu aux (piatre coins de la ville, espérant (]ue. les assiégés se frayant un passage à travers les retrancluiuenls ennemis, ils pourraient gagner la Hollande.
Mais avant (juc cette résolution pût être exécutée, Tevecjue réussit, dans la nuit du 24 au 2o juin, à s'emparer de Munster, non par un assaut plus hardi ni par l'cllVl d'une savante mesure stratégi(|ue, mais par surprise.
Des traîtres étaient venus lui indu|uer les endroits où l'assaut des murailles pouvait être tenté sans danger. Après s'être défendus avec le courage du désespoir, les Anabaptist(is s'avouèrent vaincus. On les traita avec la dernière barbarie.
Après une réclusion longue et douloureuse, le roi, son ministre Knipperdolling et son chancelier Krecliting furent tenaillés avec des pincesdeleu sur la placedu marclié, aiimême endroit oùJean avait pris possession du pou\oir On pKtiigea dans le cœur des condamnés une épée rougie an feu ; |>uis kurs cadavres, attachés dans des cages de fer, furent susjtendns à la tour de Saint-Lambert, pour ravertissemcnt et l'eHroi de lonte la popul.iliou -.
Dans la ville déserte el dévastée, k- prince-évêquo sévit avec rigueur. L<s bourgeois abattus et treiidtlants ne lin-nl aucune résistance. Instruits Mir le- ri'Miltal.s de la iiouNclle d( cirine par l'horrible expérience «pi'ds \en.iieiil de faire, ils jurèrent une in- Niolable lidélité à raiiti(pie foi de leurs pères. Le culte calliolitpie
' Voy. CiiBNELlus, MiinHerim-he Ci'nhir/ilst/nrllcii. t. Il, p. 38. lli, ;i:{."i, 31.1- 3'iî. — Kia.i.k:ii. p. 280. — Nii:si^:iit. l rlintulrnsannitluitg, t. il, p. 4'.i'.(.
' Sur les .\iiul>upiiste.s après |j clitiii* ilu roYiniiiie du .M iiistcr, v.iv. KKLi.Kn, W'cst-
dri,lu/ifii Z,ils</tr. fur (UscliiclUc und hu isl, !'• .imiic JSSi;, p. ii'J iOb.