CHAPITRE VIII
puissance de la ligue de smalkalde. — états de la ligue. 1537.
l'évèque d'augsbourg est chassé.
établissement du protestantisme a augsboürg.
La puissance politique et religieuse de la Ligue de Smalkalde n'avait cessé de grandir à dater du jour où^ violant audacieusement la Paix Publique, Philippe de Hesse avait remporté dans le Wurtemberg son facile triomphe. « Philippe vainqueur de Ferdinand, » écrivait Georges Wizel, v est l'objet d'un enthousiasme général, et sa victoire a tellement fortifié la nouvelle Église que désormais elle ne redoute personne. Mille écrits de Luther n'auraient pu rendre un meilleur service à la cause protestante que cet unique exploit du Landgrave. La plupart des princes et seigneurs de la jeune noblesse sont aujourd'hui luthériens de cœur, bien qu'à Tinsu de leurs pères ^. »
La Ligue de Smalkalde, plus forte d'année en année, absorba peu à peu tous les éléments séparatistes en fermentation dans l'Empire, soit en se les assimilant, soit en leur accordantses sympathies. En même temps, elle devenait le point de ralliement naturel et le puissant levier de tous les complots et intrigues politiques ourdis par les ennemis extérieurs de Charles-Quint.
Dèsavrill535, les membres d'Empire catholiques avaient de bons motifs de craindre que TÉlecteur de Saxe, se posant en champion du Luthéranisme, ne voulût se faire élire roi de tous les Protestants. Déjà, affirmait Georges de Saxe, s'imprimaient des livres destinés à exciter à cet effet les passions populaires. L'archevêque de Lund, écrivant à l'Empereur, semble cependant ne pas regarder
* Epist. Qq. a. Voy. Dollinger, t. I, p. 41.
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comme probable un semblable coup d\'tat, à cause de la rivalité jalouse qui existait entre l'Electeur de Saxe et le Landgrave de Hesse K Ferdinand, presque désespéré, mandait à Charles-Quint en Uli dépeignant le déplorable état de l'Allemagne (décembre 1535) : « De tous côtés on n'entend parler que d'hérésies, de crimes, de séditions; les Catholiques et tous les fidèles sujets de l'Empereur n'ont à prévoir que'.catastrophes; si l'Empereur ne se hâte d'accourir, si, par de sages mesures, par le prestige de son autorité, il ne réussit à détourner promptement les malheurs qui nous menacent, l'effondrement de l'Allemagne est inévitable; la ruine de tous les citoyens, la destruction de tout ordre social est proche -. »
Mais Charles-Quint, à la fois menacé par les Turcs et par laFrance, ne pouvait rien.
Aux Etats de la Ligue de Smalkaldc (décembre 1535), les princes alliés renouvelèrent pour dix ans leur union, et décidèrent la levée d'une armée de dix mille fantassins et de deux mille cavaliers ; selon l'occasion et la gravité du péril, les généraux et conseillers militaires étaient autorisés à doubler ces chiffres. Tout membre de la Ligue, frappé, pour cause de religion, par quelque arrêt ou condamnation de la Chambre Impériale aurait droit à la protection de ses alliés. Relativement à l'adoption de nouveaux membres, les deux chefs de la Ligue, les princes de Hesse et de Saxe, avaient été longtemps divisés de sentiment. L'Electeur trouvait inutile et coupable de violer la Paix de Nuremberg 3. Philippe était d'avis contraire, et son opinion prévalut. L'assemblée décida que la Ligue, « pour accroître son pouvoir et consoler tous ceux qui demandaient et demanderaient à l'avenir à en faire partie, chrétiens confessant Dieu et dévoués à l'Évangile pur et sans alliage, aimant la paix, et se comportant en gens honorables et pieux » admettrait tous ceux qui se présenteraient à l'avenir, pourvu qu'ils promissent d'adhérer à la Confession d'Augsbourg et de se conformer de tous points aux décisions des anciens.
« Obéissant aux articles de Nuremberg, » dit le recez des États, « nous nous engageons à respecter la paix et l'armistice élabhs par l'Empereur, à ne dépouiller personne de ses biens, à ne
'Rapport tle l'archevêque de Luiul à l'Empereur, 8 avril lo35. Voy. Lanz, Carrespondetiz, t. II, p. 17o-17'i. « Quantum ego res Germanie intelligo, de hoc tumulte nunc nihil limeo, quoniam laiidgravius Saxouieducem electorem pro rege ferre non potcsl. »
î Voy. HrcHOLTz, t. V, p. 32i-327.
3 « Dubitabat nun solum de jure, an liceal novos socios adscissere post pacem Norimheryensem, sed et de utilitate, quse i)\de sperari posset.» Mai, 1534, Sucken- DOUF, t. 111, p. 75.
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faire violence à qui que ce soit. » « Cependant, pour ce qui a rapport à l'autorité du Pape et des évoques, aux cérémonies et abus, à l'abolition desdits abus et autres questions religieuses avec toutes leurs appartenances , les membres d'Empire protestants réunis entendent ne point s'y soumettre; chacun d'eux se réserve le droit de faire selon son gré des réformes en ses domaines, et entend se conduire, en ces sortes d'affaires, conformément aux règlements établis dans leur société. Si, pour ce fait, la Chambre Impériale ou autres tribunaux intentaient des procès aux membres anciens ou nouveaux de la Ligue, s'ils se voyaient inquiétés ou attaqués par quelque adversaire, tous ensemble se décideraient à agir et aviseraient aux mesures à prendre pour leur défense, conformément aux lois qui régissent leur société, le tout avec loyauté et prudence. »
Ce que voulaient les Alliés de Smalkaldc, c'était la pleine liberté d'abolir le culte catholique, de supprimer les établissements d'enseignement ecclésiastique, de confisquer les biens du clergé, d'avoir leurs coudées franches pour l'érection de ces Églises d'État (]ui no laissaient d'autre alternative aux Catholiques que l'apostasie ou l'exil. C'est pour conquérir cette liberté qu'ils se promettaient les uns aux autres un mutuel appui, s'engageant, dans le cas où leurs actes arbitraires les exposeraient aux arrêts et condamnations de la Chambre Impériale, à résister les armes à la main. Et cependant, lorsque les Catholiques s'armaient pour la défense de leurs droits, de leurs propriétés, de leur culte, les Protestants les appelaient rebelles, et se disaient autorisés à des représailles.
Ce n'était qu'en ce sens que la Ligue deSmalkalde pouvait s'inli- 1er (( ligue défensive. »
Car, en réalité, elle ne s'était formée que pour attaquer sans trêve ni relâche le droit établi et la propriété existante.
L'Empereur, à diverses reprises, fit représenter aux Protestants que jamais, comme on cherchait à le leur persuader, il n'avait eu l'intention d'envahir leurs états ou de les punir d'avoir déserté l'Église. Il assurait avoir fait jusque-là tout ce qui était en son pouvoir pour pacifier l'Empire, sans recourir aux mesures extrêmes; il était fermement résolu à maintenir la paix de Nuremberg. 11 disait avoir appris avec grand déplaisir que la confiscation des biens des Catholiques continuait et que, lorsqu'ils étaient accusés pour cas de spoliation devant la Chambre Impériale, les Protestants, invoquant le rccez de Nuremberg, refusaient de comparaître. Or jamais il n'était entré dans ses vues de leur faire de si amples concessions. Nul dans l'Empire n'avait droit d'user de violence contre un adversaire. L'obéissance aux arrêts de la Chambre