SUPPRESSION DE L ELEVATION DANS LES EGLISES LUTHERIENNES
yeux de Luther (1540), supprima, dans une nouvelle édition du texte latin delà Confession d'Augsbourg, la condamnation formelle portée dans le dixième article de la première édition contre tous ceux qui penseraient différemment sur le sacrement de l'Eucharistie, et changea l'article primitif : « le corps et le sang de Jésus Christ sont véritablement présents dans l'Eucharistie et réellement distribués aux fidèles, » en cette nouvelle définition ; « Avec le pain et le vin, le Corps et le Sang de Jésus-Christ sont véritablement présentés^. »
Quelle était, au fond, la vraie pensée de Mélanchthon? Luther luimême n'aurait pu le dire, n'ayant jamais pu découvrir, comme il l'avouait au chancelier de Saxe Bruclv, où Philippe en était réellement par rapport au sacrement, car il ne le nommait'jamais autrement, et semblait ne considérer la Cène que comme uno^cérémonie bonne à retrancher. Luther disait ne l'avoir pas vu recevoir la communion depuis fort longtemps-.
Les Zvvingliens se montraient particulièrement scandalisésde l'élévation de l'hostie et du calice pendant la messe, rites quiavaientété maintenus jusque-là dans les églises luthériennes. En effet, bien que Luther eût rejeté la doctrine catholiquedu sacrifice perpétuel et delà transsubstantiation, la clochette de l'enfant de chœur se faisait toujours entendre à la consécration et à l'élévation, et les assistants, se mettant à genoux, se frappaient alors la poitrine 3. Plus avait été ardente dans toutes les classes du peuple la dévotion envers le Saint Sacrement, plus Luther avait cru devoir apporter de ménagements aux réformes introduites. Dès sa première campagne contre la doctrine du sacrifice eucharistique, il s'était montré désireux d'abolir l'élévation : « Mais », parce que notre doctrine était alors nouvelle et causait un extrême scandale dans le monde entier, il me fallut prendre de très grandes précautions, devenues maintenant inutiles. Je laissai donc au commencement subsister l'élévation, parce qu'elle pouvait avoir une bonne influence, qu'elle n'était qu'une ancienne coutume empruntée à Moïse, et avait été constamment en usage chez les premiers chrétiens^. » Parmi leschré-
* Déjà, en 1537, Luther, dans le premier' projet des articles de Smalkalde, s'était servi de la définition de Mélanchthon. Mais Amsdorf, Agricole et Spalatin, qui, sur l'ordre de l'Electeur, avaient examiné son travail, le contraignirent à la rejeter. Voy. Heppe. Geschichte der deutschen Protestantismus, t. I, p. 1(37, et aussi « KöLLNER, p. 443, note 4. » — « Examiné dans tous ses détails, VAugustnna de 1540 révèle l'effort de Mélanchthon jmur nier aussi complètement que possible le principe catholique. »Heppe, Die confessionnelle Entwicklung, p. 111-115.
- Corp. Reform., t. III. p. 427.
* Voy. Hassencamp, t. Il, p. 178-180.
^Sdmmtl. Werke, t. XXXIl. Ce n'étaient certainement pas ees antiques souve-