‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 181 sur 572 · DKPRAVATION DES MŒURS EN HESSE · texte numérisé non relu

DKPRAVATION DES MŒURS EN HESSE

dicants et aux desservants des églises, qu'il faut révoquer en cas de nécessité ; là où les vices sont trop criants , il faut sévir, et cela d'une façon exemplaire. Beaucoup de pasteurs prêchent à peine une ou deux fois l'an dans les paroisses dont ils ont la charge *. > « Mon Dieu, dans quel désordre sommes-nous plongés! s> écrivait Bucer au Landgrave le jour de Noël ir339. « On sait trop, malheureusement, que Votre Grâce ne prend pas assez à cœui' les scandales et ne les réprime pas avec assez de fermeté. Le peuple se déprave, la licence prend le dessus. » « En vérité, très gracieux prince et maître, Dieu et l'autorité sont ici méprisés d'une façon si abominable et le démon y est si puissant, que nous n'avons rien de bon à espérer. - » « Nulle part le mal n'est pire qu'à Marbourg, » écrit-il en 1540; « nos conseillers sont pour la plupart cabaretiers; aussi poussent -ils leurs clients à l'ivrognerie, et l'on voit tout le long des rues des gens étendus par terre comme des brutes. Les conseillers, grands buveurs eux-mêmes, désirent par-dessus tout verser beaucoup de vin, la cupidité les y pousse. A Ziegenhain, cette année, on a bu pour lOoO florins de vin; à Marbourg, en trois mois, pour trois mille florins. N'est-ce pas incroyable? S'il ne reste plus d'argent dans le pays, il ne faut pas s'en étonner. Pourquoi le Landgrave, à l'exemple des princes ses prédécesseurs, ne prend-il pas en main les affaires publiques? Pourquoi ne s'occupe-t-il que d'ordonner des divertissements magnifiques, des chasses ou d'autres plaisirs dispendieux^ ? » « Ne serait-ce pas déplorable que lui, qui a tant fait pour la défense de la religion, tant travaillé, tant dépensé pour la ruine du papisme, fût cause de la ruine morale de ses sujets ^? )> Le Landgrave n'oubliait point, du moins, « de travailler à la ruine du papisme. »

' Ordonnance du 1" juin 1542. Voy. Hassencamp. t. II, p. 623-614. Voy. plusieurs ordonnances datées de la même époque, adressées tantôt aux pasteurs, tantôt aux oificiers civils, dans le recueil des ordonnances hessoises, t. I, p. 12o-126. En lüiÖ, uu synode général hessois signalait le scandale causé par un grand nombre de pasteurs adonnés à l'ivrognerie et à d'autres vices. Le synode demandait que les uns fussent révoqués et les autres enfermés dans les cachots qu'on allait construireà Spiesscappel, l);irmstapt el Grünau. IIasse.ncamp, t. II, p. 638. Les nobles,« dit Lauze avec douleur, '< installent dans les cures beaucoup de pasteurs ignorants et indignes, l'iusieurs exercent des métiers et n'ont jamais étudié; comme ils n'ont aucune intelligence de l'Ecriture, ils ne savent pas discerner le bien du mal el leur conduite est de tous points répréhensible. »

■' Lenz, t I, p. 121-122.

•' Les chasses du Landgrave <> étaient partout l'effroi des gens de la campagne. » Philippe considérait les dégâts causés par ses gibiers dans les champs comme une juste compensaliou des droits de pàlure dont jouissaient les paysans dans les bois du communal! La.ndau, Gesr/iicfile der Jagd in Hessen, p. 7.

* Diitéde (jiessen, l'J avril ISiÜ. Voy. Hassbncamp, t. 11, p. 617-621. Dans l'ouvrage de Lenz, t. 1, p. 16;)-16S, on trouvera des fragments de celte lettre non pas exactements reproduit, mais ä dessein adoucis.

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