‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 180 sur 572 · DEPRAVATION DES MOEURS EN HESSE. 4S · texte numérisé non relu

DEPRAVATION DES MOEURS EN HESSE. 4S

Dieu ne nous ait donné sa précieuse parole et ne nous ait affranchis des abominations et de l'idolâtrie du papisme que pour nous donner toute liberté de faire ce qui plaît à la nature.» « Partout les vices abondent, la loi de Dieu est mise en oubli, les mœurs sont exécrables. Les choses en sont venues à ce point que beaucoup de vices hideux ne sont plus regardés par beaucoup de gens que comme des peccadilles. » « Les bonnes et chrétiennes ordonnances ne nous manquent point, mais elles sont transgressées par ceux-là mêmes qui les édictent ou sont chargés de les faire respecter. Le dieu Mammon est l'objet d'un tel culte parmi les prédicants et les fidèles qu'on pourrait dilïîcilcment trouver dans l'histoire une époque où sa puissanceait étéaussi étendue. En somme, dcnos jours, on ne voit parmi nous qu'extorsions, tromperies et fraudes, pour ne point parler des autres vices *. » Les théologiens et prédicants réunis aux deux synodes deCassel et de Rothcnbourg tiennent absolument le même langage dans le rapport qu'ils adressent au Landgrave : « Nous avons des lois excellentes, mais^ par la faute des fonctionnaires publics et des autorités, elles sont continuellement transgressées. Les meilleurs d'entre les pasteurs et prédicants se plaiirncnt que, parmi nous, il n'y ait plus de frein à la licence, plus d'honnêteté, plus de sentiment d'honneur. On va jusqu'à mépriser la religion elle-même. » « Que Dieu ait pitié de nous, nous n'avons tiré d'autre profit de l'Évangile que la liberté de la chair et la permission de mettre la main sur les biens du clergé; quant à la parole de Dieu, nous en avons fort peu de souci. On nous croirait revenus au temps de Sodome et de Gomorrhe; là, commechez nous, les vices étaient en honneur, et la loi de Dieu était méprisée 2. » Les officiers publics, à leur tour, accusaient les prédicants de tout le mal. Le Landgrave, dans une instruction adressée aux superintendants, se plaint des rumeurs qui circulent sur leur compte. « Nous sommes informés par un grand nombre de baillis, de fonctionnaires, par des gens du peuple, des gentilshommes, des roturiers, en un mot par toutes sortes depersonnes, qu'un assez grand nombre de prédicants et de pasteurs de notre principauté mènent une vie scandaleuse, boivent et mangent avec excès, jouent, pratiquent l'usure et se livrent à des vices plus honteux encore. On les voit s'enivrer dans les cabarets, se battre, se quereller ; ils sont indécents et grossiers avec les femmes. Le devoir des superintendants est d'exercer envers eux une surveillance sévère , de s'abstenir eux-mêmes de pareils excès et de les interdire sévèrement aux pré-

* Lauze, t. I, p. 379-384.

' Mémoire daté d'août 1544. Neudecker, Urkunden, p. 68i-lJ91.

Page 1