‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 204 sur 572 · CONQUÊTE DU DUCHÉ DE BRUNSWICK-WOLFENBUTTEL · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DU DUCHÉ DE BRUNSWICK-WOLFENBUTTEL

Le ducHcnri de Brunswick était« un homme singulier. » «Il restait fidèle à l'ancienne foi et tenait pour l'Empereur, à cause des grands avantages et assistances qu'il en espérait. Était-ce aussi pour obéir à sa conscience et à ses convictions? Dieu seul le sait. Ce qu'il y a de certain, c'est que ses alliés catholiques n'avaient pas grande confiance en lui, car il était d'une nature mobile et inquiète, ses actes et ses paroles ne rimaient pas toujours ensemble, et l'on n'avait pas volontiers affaire à lui ^ »

A la suite de longs démêlés avec l'évêque d'Hildesheim, des domaines ecclésiastiques considérables avaient été acquis à sa maison, et l'Empereur lui en avait donné l'investiture pendant la Diète d'Augsbourg, ce qui n'avait pas empêché Henri, à la même date, de s'entendre avec le Landgrave pour le rétablissement à main arméedu ducde Wurtemberg^. En échange de ce bon office, Philippe et Ulrich lui avaient garanti leur appui contre la ville de Goslar? avec laquelle il était en querelle au sujet d'un droit de juridiction héréditaire. En 1536, Henri était encore en très bons termes avec Philippe qu'il appelait « son cher Lips. » Mais après que la Ligue eut pris sous sa protection sa ville résidence de Brunswick, révoltée contre lui comme Goslar, après , surtout , qu'en 1538 elle y eut convoqué ses États sans même qu'il en eiJt été prévenu, Henri conçut pour les Alliées une haine profonde, et devint un des membres les plus zélés de l'Union catholique de Nuremberg. C'est lui qui avait écrit contre le Landgrave ces lettres« interceptées et publiées » qui avaient soulevé un si grand orage en Allemagne et

' 'Aufzeichnungen, voy. p. 19, 'note 1.

* Voy. plus haut, p. 238. Koldewev, Heinz von Wolfenhütlei, p. 7 et suiv.

538 QUERELLE DES ALLIÉS AVEC HENRI DE BRUNSAVICK. 15'il.

donné lieu à une guerre de plume où Henri, Philippe et l'ÉlocteUr de Saxe s'étaient injuriés, en prose et en vers, d'une façon tellement grossière qu'ils avaient dépassé tout ce qu'on peut imaginer déplus bas en ce genre, perdant entièrement de vue leur dignité et leur rang 1. Dès 1539, Philippe avait proposé à l'Électeur de « tendre un piège adroit » à leur commun ennemi. Selon lui les offenses personnelles reçues justifiaient amplement la rupture de la Paix Publique, et d'ailleurs l'agression pourrait être mise sur le compte d'un zèle ardent et louable pour la diffusion de l'Évangile.

Goslar fournissait à cette guerre « le prétexte le plus naturel. » En querelle avec le duc, le conseil de cette ville avait laissé saccager plusieurs églises et monastères; quelques paysans et ouvriers avaient été brûlés vifs ou assommés, » en punition de quoi, Goslar, le 25 octobre 1540, avait encouru la sentence du ban. Aussitôt les membres du conseil s'étaient tournés vers les Alliés, les priant de ne voir dans le démêlé de la ville avec le duc qu'une querelle purement religieuse, et en conséquence de venir à son sccours^. Mais les États de Smalkalde étaient restés sourds à cette prière. » «Bien que lesconseillers saxons et hessois,» écrivait le délégué envoyé par Francfort à Naumbourg, « aient pendant deux jours plaidé avec ardeur la cause de Goslar, et par beaucoup d'arguments et de persuasionibus se soient efforcés de faire passer l'affaire pour religieuse, les villes de l'Oberland, pour divers motifs, n'ont rien voulu entendre^. »Le 24 janvier 1541, l'Empereur, sur le conseil de Granvelle, consentit à suspendre la sentence portée contre Goslar, afin d'être bien sûr que, pendant la Diète et le colloque de Ratisbonne, on n'aurait à redouter dans l'Empire « ni guerre ni effusion de sang. » Toutefois le duc Henri, au dire des habitants de Goslar, «n'avait pas cessé ses mauvais procédés envers la bourgeoisie. » Il fallait donc le punir à tout prix *.

A la Diète de Ratisbonnc, les Protestants remirent à l'Empereur un mémoire où Henri était accusé de forfaits si atroces « que jusque-là, » dans l'Empire allemand, personne n'avait jamais

^ L'Électeur, après qu'Henri l'eut appelé « monstre, hérétique, impudique, ivrogne, publia une réponse « au libelle sans pudeur et recueil de calomnies de l'entêté, damné, liarrabas pervers, Hérode astucieux du Brunswick se faisant appeler le duc Henri le jeune. » Voy. Schlegel, t. H, p. 129, note. « Ces pamphlets formen l un chapitre curieux de l'histoire de la littérature au siècle de la Réforme; une étude approfondie sur ce sujet serait une œuvre méritoire et utile. » KoLDEWEY, Reformal'ion, p. 327, note 3. — Koldewey, Heinz, p. 12-13.

2 Voy. plus haut, p. 448.

■^ ■ Mémoires relatifs à Goslar, 4 et 14 décembre !ölO. Archives de Francfort.

*• Dépêche de Christophe Stalburger, datée du 1 1 janv. 1541. Archives de Francfort.

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