LUTHER CONTRE HENRI DE BRUNSWICK
entendu parler de rien de semblable. » A les en croire, tous avaient été commis en pays protestants ; surtout ils rendaient le duc responsable de l'incendie d'Einbeck. Gomme preuve de sa culpabilité, ils apportaient les témoignages de malfaiteurs dont on avait pu s'emparer et qui tous avaient avoué sur le chevalet avoir été payés pour accomplir leur exécrable crime. Beaucoup, il est vrai, n'avaient pas nommé Henri, mais plusieurs l'avaient accusé, disant qu'il s'était proposé de mettre à feu et à sang les possessions des princes évangéliques, puis de lever une armée contre eux. Cassel avait été désigné aux incendiaires. Ces fables, ces faux aveux, arrachés pendant la torture à quelques misérables, furent lus à la Diète en séance publique.
Le duc repoussa toutes ces accusations comme « extravagantes, chimériques et calomniatrices. » « C'est une coutume dangereuse, détestable et propre à égarer les juges que la torture, » dit-il; « beaucoupde malheureux, vaincus parles tourments, aimentmieux mentir à leur conscience et trahir la vérité que souffrir plus longtemps de cruels supplices. »
« On publie tous les jours sur le compte du duc de si étranges libelles, » écrit le député de Francfort, le 18 mai, « qu'on n'a jamais rien entendu ni lu de semblable sur le compte d'aucun prince *. »
La plume de Luther « s'était mise en mouvement. » Dans un pamphlet intitulé : « Contre le pUre du Brunswick,-» nous lisons ; « Henri dévore et engloutittous les jours et à toute heure autant de diables que Judas pendant la Gène. » « Il sue des diables par tout le corps; il pue comme un excrément vomi en Allemagne par Satan. » « Bientôt il sera enchaîné par les liens de la justice divine au plus profond de l'enfer avec tous les démons. » « Car sachez que le Seigneur Dieu, par sa juste sentence, a condamné au feu de l'enfer ce meurtrier, ce vampire, cet infâme assassin. » « Chacun, par respect pour le nom de Dieu, doit cracher à terre aussitôt qu'il l'aperçoit, ou bien se boucher les oreilles dès qu'il l'entend nommer, absolument comme s'il s'agissait du diable. » « Pasteurs, prédicants, parlez hardiment au peuple sur ce sujet, élevez la voix, et sachez bien que la toute-puircance de Dieu nous oblige à agir ainsi, et que c'est être agréable au Seigneur. » Mais ce n'était pas seulement le duc que les prédicants devaient flétrir dans leurs sermons. Luther leur répétait : « Persuadez bien au peuple que le jugement de Dieu attend non seulement ce Heinz maudit, mais encore le
' * Frankfurter Reichstagsacten, t. XLVI, fol. 88. Koldewey, Heinz, p. li et suiv. Le pape Paul III était accusé dans ces pamphlets d'avoir soudoyé les incendiaires allemands. Voy. Schade, t. 1, p. 210-212.