CHAPITRE XIX
KVÉNEMENTS MILITAIRES. — NÉGOCIATIONS AVEC LES PRINCES PROTES- TANTS. — DÉFAITE DU DUC DE CLÈVES. — SITUATION GÉNÉRALE.
L'Empereur, et la Maison d'Autriche avec lui, se trouvaient dans la situation la plus critique depuis que les Turcs et les Français leur avaient en même temps déclaré la guerre.
En avril 1543, Soliman, cédant aux pressantes invitations de François I«"", était parti d'Andrinople à la tête d une puissante armée pour entreprendre « la guerre sainte ; » c'était à peu près au moment où Ferdinand implorait avec larmes les secours des membres protestants de l'Empire. François I^^ avait envoyé au Sultan trois cent mille ducats, la République de Venise, seize mille. Au mois de juin, Soliman pénétrait en Hongrie avant que Ferdinand ait encore pu réunir une armée. En quelques semaines, Valpo, Siclos, Fünfkirchen, Gran, Tata et Stuhlweissembourg tombaient en son pouvoir, tandis que les Tartares ravageaient tout le pays plat, pillant et incendiant sur leur passage villes et villages et traînant en captivité des milliers de chrétiens. Ce ne fut qu'à grand'peine que Ferdinand, à la tête d'une armée renforcée par les troupes de ses domaines héréditaires et quatre mille soldats du Pape, parvint à leur fermer l'entrée de l'Autriche.
A la même date, Barberousse et la flotte turque paraissaient devant le port de Rcggio, eu Calabre. Le redoutable pirate dévasta les côtes, s'unit à Toulon à la flotte française et conquit avec elle, le 20 août, Nice, dernière place de refuge du duc de Savoie. La ville fut pillée et en grande partie détruite, les femmes et les enfants réduits en esclavage. Barberousse envoya cinq mille esclaves chrétiens en présent au sultan. Heureusement les galères qui emmenaient ces malheureux furent délivrées par une escadre de l'Empereur.