NÉGOCIATIONS DE GRANVELLE AVEC MAURICE DE SAXE
Quelque temps auparavant la guerre avait éclaté simultanément en Flandre et dans le duché de Juliers, Le duc de Glèves, secondé par 1 Électeur de Saxe, avait mis en déroute vers la fin de mars, près de Sittard, dix mille Impériaux *. Son général en chef, Martin de Rossem, après avoir envahi Tévêché d'Utrecht, s'était assuré^ par l'occupation d'Amersfoort, un précieux point de ralliement pour ses expéditions de pillage. François 1", son allié, s'emparait pendant ce temps de plusieurs villes du Hainaut et fortifiait Landrecy^ ville principale de ce comté.
« Les, Turcs les Français et les Allemands-Français étaient de nouveau maîtres. » « Les Allemands, » écrivait Donato de Bardi, le 14 avril 1543, «sont divisés entre eux par les plus funestes haines; eux-mêmes prophétisent leur ruine "2. > Tandis que les Protestants s'obstinaient à refuser tout secours à l'Empereur et à Ferdinand, le chancelier de Bavière, Eck, poussait les chefs de la Ligue à la guerre, et leur répétait que Charles était un prince « envieux, déloyal, d'un insupportable orgueil et qu'il avait juré de courber sous sa domination tous les princes d'Allemagne. » Il les excitait aussi contre le Pape qui, à l'entendre, était un Italien « rusé et faux. » Ils n'avaient, selon lui, ([u'une chose à faire : s'entendre avec la Bavière pour le maintien de la liberté allemande ^. » Ce n'était que par zèle pour cette liberté que François voulait s'emparer des terres héréditaires de Gharlcs-Quint.
A la Diète de Nuremberg, Granvelle, l'orateur impérial, sollicita en vain auprès des États des secours contre la France. II fit de grandes avances au délégué de Maurice de Saxe, Christophe de Carlowitz, et lui assura que si son maître se mettait au service de l'Empereur, le reconnaissait pour légitime souverain et consentait à prendre le commandement de ses armées, il pourrait se rendre si utile que, dans l'avenir, il parviendrait aisément par cette voie, et plus qu'il ne pouvait l'imaginer, aux honneurs et à la puissance. Maurice semblait assez disposé à écouter ces propositions, mais auparavant il voulait obtenir des garanties, être sûr que les cavaliers et lansquenets qu'il aurait à conduire seraient régulièrement soldés et qu'il lui serait alloué personnellement un traitement mensuel de cinq mille florins; de plus, il demandait que l'Empereur lui assurât le protectorat desévêchés deMagdebourget d'Halberstadtet qu'il obtînt à cet eff"et l'assentiment du cardinal-archevêque Albert et du chapitre de la cathédrale; enfin il réclamait pour lui et sa des-
* Seckenborf, t. III, p. 427.
' Voy. Desjardi.n's, t. hl, p. o7.
' SECKENnonF, t. m, p. 422-423.