ASSEMBLEE DES PUOTESTANTS A FRANCFORT-SUR -LE-MEI
Le jésuite Pierre Canisius, qui avait accompagné à la Diète le cardinal évêque d'Auysbourg, écrivait à Ferdinand: « L'expérience de tous les siècles a prouvé que, dans do semblables assemblées, le temps se perd en discours inutiles. Le colloque terminé, aucun parti ne veut avoir eu le dessous, chacun s'attribue la victoire, des bruits contradictoires sont propagés, et ce qui résulte de tout cela, ce n'est point la paix des consciences, mais un dissentiment plus irrémédiable et des rancunes plus amères *. )) Mais Ferdinand persistait à regarder une nouvelle conférence comme l'unique moyen de salut et, pour lui complaire, les princes ecclésiastiques firent taire leur propre sentiment. Oncspéraitconduirelesdébats «avec tantde modération, d'impartialité que tout s'y passerait avec tant de cordialité et de sagesse que les avis des théologiens réunis prépareraient les décisions de la prochaine Diète, et que les docteurs protestants « abjureraient les erreurs qui s'étaient glissées dans leur enseignement, pour revenir à l'unité chrétienne "^ ». Le colloque devait s'ouvrir à Worms le i^ août 1557.
Pour en assurer les bons résultats par des réunions préliminaires et concilier, autant que la chose était possible, tant d'opinions différentes, plusieurs membres d'Empire, à l'instigation de l'Electeur palatin et du duc de Wurtemberg, se réunirent à Francfort (juin 1557). Là, le Landgrave Philippe commença par proposer la revision de la Confession d'Augsbourg, qui, selon lui, n'obligeait nullement les consciences et n'avait jamais été destinée qu'à fixer sur quelques points douteux la foi des Confessionistes -'.Mais sa motion fut repoussée. Nicolas Gallus, prédicant de Ratisbonne, soumit un autre projet à l'assemblée. Il s'agissait de nommer pour toutes les Eglises d'Allemagne un surintendant général, investi de pouvoirs souverains, chargé de veillera l'intégrité et à l'unité de la doctrine luthérienne, d'empêcher ou de punir les moindres divergences d'opinions, de nommer une commission d'enquête pour l'examen des points litigieux, enfin de prendre les mesures les plus capables de remédier aux maux dont gémissait l'Eglise. Personnellement, Gallus était opposé à l'érection « d'un pape luthérien » ; mais il penchait assez pour la nomination de deux surintendants généraux : l'un préposé aux Eglises de l'Allemagne du sud, l'autre
' RiEss, p. 195.
'^ LeUre du duc Jean-Frédéric de Saxe, Coj'p. Reform., t. IX, p. 2.30. Voy. KuGLER, t. Il, p. 55. Parmi les Prolestants, beaucoup étaient persuadés que Ferdinand n'avait permis le colloque que « ut vectiçal liocpraetextu ex Germania maximum coUigeret ». Bullinger à Calvin, 20 août 1557, Calvini 0pp., t. XVI, p. 572.
ä Heppe, Geschichte des deutschen Protestantismus, t. I, p. 151.
22 m i.i.iMiNAi n ES ])V r, oi.LOQi r. dk wohms.
chargé des Eglises de Saxe 1. L'Assemblée se contenta d'inviter de nouveau lesprédicants à accepter comme formulcdc foi dclinitivc la Confession d'Augsbourg et l'Apologie. Si les ennemis de l'Evangile osaient reprocher encore aux Luthériens leurs perpétuelles discussions, leur avis était qu'il n'y aurait qu'une chose à leur répondre : En substance, et pour les points essentiels de doctrine, tout le monde était d'accord. Très prochainement, un synode général se rassemblerait; tous les points non conciliés y seraient éclaircis et fixés. Sans l'assentiment préalable des membres d'Empire ou de leurs chargés de pouvoirs, les théologiens en désaccord les uns avec les autres ne pourraient, à l'avenir, publier aucun écrit 2,
Mais le recoz de Francfort souleva de nouvelles objections.
« Les membres d'Empire, » dit Gai lus, « ne seraient-ils pas ]'ol)jet des railleries du monde entier, s'ils tentaient de nous persuader (jue, dans les Eglises et écoles d'Allemagne, rien, depuis 1330, n'a été enseigné ni décidé contre la Confession d'Augsbourg? » Flacuis appelait le recez de Francfort « une véritable trahison envers l'Eglise '"^ )'. « On n'a pas fait une obligation à tous les prédicants de lancer l'anathème contre les Sacramentaires, »écrivait-il, « et cependant Luther et tous nos pieux théologiens ontconstammcnt llétri leur hérésie abominable. On n'a pas davantage imposé aux théologiens les arliclesde Smalkade, et parla on a fait à l'Eglise un tort très grave. La prétendue unité de doctrine dont on se vante si fort est imaginaire. Il est évident que les Sacramentaires insensés et autres hérétiques ont obtenu à Francfort gain de cause, et qu'on a fermé la bouche aux gens honorables et zélés (jui jusqu'ici s'étaient opposés aux loups ravisseurs. »
Flacius et tout le parti des stricts luthériens mettaient tout leur espoir dans le duc de Saxe-Wcimar, .Jean-Frédéric. Ce prince se déclarait prêt « à vivre et à mourir pour le maintien et la propagation du pur Evangile révélé par Dieu à Martin Luther, le père vénéré de tous les vrais croyants w. Il avait fondé à lena une Université dovenue bientôt « le donjon de l'orthodoxie )>, et no songeait qu'à combattre « avec une ardeur toute céleste » l'apostat hérétique et impie de la véritable foi, Philippe Mélauchthon, et avec lui l'Université empestée de Wittenberg ». Se guidant d'après les conseils de Flacius, il avait recommandé à ses théologiens et conseillers de n'avoir, à Worms, aucun rapport avec les docteurs ou les délégués dos autorités proteslantos avant que celles-ci n'aient
» SAUfj, t. III, p. 206-207. Vov. Mknzel, t. Il, p. 314-315. » Sai.k;, l. m, p. 271-273. Piii:f;F.ii, I. Il, p. 03-04.
3 C(jr/). I{cf<»-ni , l. I.\, i>. 2i;j 21ü.
^éclaré anatlièmes les sectaires impics, Anabaptistes, Sacramontaires, Zwingliens, Osiandristes, Majoristes, etc. «Il n'tHait pas possible, mandait-il le 20 août loo7 au comte palatin Wolfgang de Deux-Ponts, que les théologiens combattissent les papistes avec ensemble, s'ils ne s'étaient auparavant mis d'accord, et s'ils n'avaient commencé par rejeter loin d'eux toute hérésie. Sans cette indispensable mesure, il serait trop aisé aux papistes, en se servant des écrits de controverse partout répandus, de les battre avec leurs propres armes K » Jean-Frédéric déclara donc à l'Electeur palatin Otto-Henri « que, quant à lui, son intention bien arrêtée était de faire condamner à Worms toutes les hérésies 2». «On ne peut tolérer plus longtemps les baisers de Judas, » répétait Flacius aux deux délégués de l'Electeur, Erhard Schnepf et Joachin Merlin ; « quelques écrits récents prônent le renouvellement et la vivification des âmes par le Saint-Esprit; c'est revenir au principe du Majorisme.il faut pousser Mélanchthon dans ses derniers retranchements.il n'hésite si longtemps qu'à cause de la répugnance qu'il éprouve à se rétracter en public et parce qu'il redoute la disgrâce do la cour. D'ailleurs, il est obligé d'obéir à son maître 3. » Par ce maître, Flacius entendait le démon. Mélanchthon, de son côté, écrivait au prince Joachim d'xVnhalt que « le venin et l'hypocrisie détestables de Flacius se faisaient tous les jours mieux connaître ». « On le verra bien à Worms, » ajoutait-il ; « là, beaucoup de princes, d'Electeurs et de prédicants seront réunis. Flacius sera obligé de parler; jusqu'ici il ne s'est pas expliqué sur sa doctrine, il s'est contenté de mentir, de calomnier, de fortifier en tous lieux l'hypocrisie et l'erreur ''. »
Au milieu de tant d'opinions contradictoires, le colloque eut beaucoup de peine à s'organiser et ne s'ouvrit que le 11 septembre.
Dès la première séance, Mélanchthon s'emporta violemment contre les Catholiques : « Nous n'avons pas dévié et ne dévierons jamais de la confession de foi présentée à Augsbourg, » s'écria-t-il ; « nous rejetons toutes les hérésies ou sectes qui la contredisent, mais avant tout les décisions impies du prétendu Concile de Trente. Nous soutenons que la véritable Eglise ne peut être cherchée parmi ceux qui contredisent la vérité contre leur conscience. Nous croyons qu'elle ne réside qu'en cette assemblée, qui annonce la parole intégrale de l'Evangile et rejette avec horreur le culte des idoles ^. »
1 Corp. Reform., t. IX, p. 230-232.
* KUGLER, t. II, p. 56.
3 Corp. Reform., t. IX, p. 232-234.
* Corp. Reform., t. IX, p. 116.
» Corp. Reform., t. IX, pp. 265-268. Voy. Bucholtz, t. VII, p. 371-372. Riess, p. 213.
24 LE cor, F>n QUE DE WORMS.
Dès l'année précédente, écrivant au margrave Jean de Cnstrin, U avait dit : « Lorsque les grands potentats appellent Concile ce qui se passe actuellement à Trente entre le Pape, les évéques, les prêtres et les moines, tous ennemis déclarés du Sauveur Jésus-Christ ; lorsqu'ils prennent le parti do ceux qui s'arrogent le pouvoir de fabriquer de nouveaux dieux et de nouveaux dogmes, ils pèchent tout aussi grièvement que Nabuchodonosor et qu'Antiochus. « « Tout homme de bon sens est à même d'apprécier l'horreur des blasphèmes papistes. » Mélanchthon traitait de « cyni(}ue » le jésuite Pierre Canisius, l'un des docteurs catholiques de Worms les plus dignes de respect, et le mettait au rang de ces « adroits oppresseurs de la vérité qui combattent avec une sophistique perverse, et malgré leur conscience, la vérité qu'ils reconnaissent au fond de leur cœur; qui fortifient criminellement Terreur et l'idolâtrie et, s'ils persistent dans leur péclié, recevront infailliblement le salaire de Judas 1 ».
Déclarer de prime abord que les Catholiques, en défendant l'Église, pcrsécutaientsciemment la vérité; affirmer que les décrets du Concile n'étaient que blaspbèmes et que jamais on ne s'écarterait en rien des articles de la Confession de 1530, c'était dire nettement qu'on ne voulait pas entendre parler de paix; c'était, en outre, trabir la vérité, car tout le monde savait les remaniements infinis qu'avait déjà subis cette Confession ; le fait était si évident que trente-quatre théologiens luthériens avaient avoué qu a force d'avoir été remaniée elle était devenue peu à peu « cothurne, pantoufle, botte polonaise, ou plutôt l'un de ces larges manteaux sous lesquels plusieurs personnes peuvent s'abriter à l'aise » ; ils avaient reconnu « que tous les sectaires l'invoquaient également; qu'elle dissimulait les hérésies, permettait les équivoques, fardait, défendait et appuyait l'erreur ^ ».
Mélanchthon avait toujours regardé la Confession, dont il avait luimême rédigé les articles, comme sa propriété et, dans les nombreuses éditions qui en avaient été tirées, il ne s'était pas gêné pour y apporter les changements qnavaient subis ses propres opinions. Même les premières et plus anciennes éditions diffèrent entr'elles sur plusieurs points importants de doctrine ^.
Mais les divergences entre les premières éditions et les éditions postérieures sont encore beaucoup plus sensibles.
Les princes protestants ne l'ignoraient pas : « De 1531 à lö'iO, k)
' Corp. Reform., I. VJIl, pp. 088-689.
* Voy. HuTTRK, p. Oi '.
■' l^our plus de détails sur ce sujet, voy. plus loin, p. i33-139.
LE cor. LOQUR DE WORMS, gg
écrivait le duc Jules de Brunswick, « la GoiiFession d'Augsbourg a été remaniée pres([ue tous les ans. Dans l'édition de 1340, quelques paragraphes ont été complètement changés, surtout le dixième article sur la Gène, l'article rdatif aux fonctions pastorales, et, dans les éditions de l'Apologie, l'article sur le pouvoir ecclésiastique, où des pages entières ont été ajoutées. Malheureusement ce l'ait n'est que trop connu des papistes; l'Empereur lui-même en a fait l'observation aux membres d'Empire protestants, et nous ne pouvons nier que ce reproche ne soit fondé *. »
Grâce aux définitions vagues et contournées de l'Eucharistie, les partisans avoués ou secrets du Calvinisme avaient pu signer en toute sécurité de conscience la Confession d'Augsbourg et soutenir qu'elle ne les condamnait point 2.
Déjà,àlaDiète d'Augsbourg de 1535, lorsqu'on avaitdiscuté les conditions de la paix entre les Gonfessionistes et les Catholiques, l'Electeur de Trêves avait demandé à ses collègues : « Quelle Confession regardez-vous comme le véritable symbole de la foi luthérienne? Est-ce celle de 1330 ou celle de 1310'?» Le délégué du Brandebourg avait répondu sans hésiter que son maître ne reconnaissait que le texte de 1330, et l'Electeur palatin qu'il ne pouvait être question de paix qu'avec ceux qui l'avaient signée, ainsi que tous les écrits qui, depuis, lui avaient été déclarés conformes. Le député de Saxe avait dit la même chose, ajoutant qu'au reste les éditions postérieures étaient identiquement semblables à la première '\ Et cependant, dès 13il, Jean-Frédéric, par l'entremise de son chancelier Brück, avait reproché avec aigreur à Mélanchthon d'avoir, sans son consentement et celui des autres princes protestants, changé la Confession eu plusieurs endroits et fait réimprimer en divers lieux avec les corrections qu'il s'était permis d'y faire de sa propre autorité ^.
1 Voy. lIuTTEn, p, i62.
- Le chançement clait notable ; non seulement les paroles : et improbant secns docentes avaient été retranchées, mais aussi toute la phrase : De coena Doinini docent, qiiod corpus et sanguis vere adsint et distribuaiitur vescentibas. On y avait substitué ces mots : qund cum pane etvino vere exhibeantur corpus etsanguis Christi vescentibus. Voy. Kiesung, p. lö et suiv. « Le changement du adsint et distribuantur en exhibeantur a visiblement pour but, » dit Sudhofï" (p. 68), « de rendre le corps de Jésus-Christ indépendant des saintes espèces. La participation réelle de tous ceux qui s'approchent de la sainte table au corps de Jésus- Christ n'était plus désormais qu'une simple invitation adressée à tous les fidèles. Les mots cum pane modifient aussi grandement les termes de la première édition de la Confession d'Augsbourg, car tandis que celle-ci avouait la présence du corps et du sang sous les espèces du pain et du vin, la nouvelle formule de Mùlauchthon, penchant manifestement vers l'opinion de Calvin et peut-être adoptée dans un but de concorde, corrigeait la première expression et disait avec le pain.
■* Ritter, Aujsburif. Reliijionsfficden, pp. 22t)-2:i7.
' Löscher, t. II, p. 4(5.
26 LE COLLOOrE DÉ WORMS.
A Worms, Ganisius, au nom des Catholiques, fit remarquer que VAuguslana avait subi de grands changements dans les articles les plus importants' ; en cons(^quencc, les Gatholi(}ues suppliaient les Protestants, puisqu'ils invoquaient pcrpotuellemont ce symbole de leur foi, de leur déclarer nettement quels chrétiens ils considéraientcomme hérétiques et exclus de leur communion, puisque tous les sectaires, Calvinistes, frères deBohême, Osiandristes, Majoristes, etc., se vantaient également d'être des leurs. « Mais s'il en est vraiment ainsi, » ajouta-t-il;, « pourquoi donc parmi vous tant de disputes aigres et tranchantes? Et pourquoi, en vertu du recezdc Ratisbonne, n'exigerions-nous pas qu'on commence par bien définir la nouvelle créance et par nous déclarer franchement quels sont, à vos yeux, les vrais Confessionistes 2? »
A cette interpellation précise, les théologiens de Saxe et du Brunswick répondirent que le désir des Catholiques était raisonnable, et remirent au président du Colloque, Jules Ptlug, évoque de Naumbourg, une lettre dans laquelle ils se plaignaient que Brenz, le théologien le plus influent du Wurtemberg, eût refusé de condamner les Sacramentaires par égard pour Mélanchthon qui, pour l'en récompenser, avait épargné Oslander : «C'est ainsi,» disaient-ils, «que nos deux chefs, tout occupés de leurs intérêts personnels, laissent périr l'Église et la vérité. Que Dieu ait pitié do nous ^ ! »
Les disputes devenaient tous les jours plus amères. « De quelque côté que nous nous tournions, » écrivaient les délégués du duché de Saxe à Jean-Frédéric, « la charité est éteinte; nous ne voyons que visages mécontents, nous n'entendons que paroles de mépris ; partout régnent la discorde et l'hypocrisie ^. » Erasme Sarcerius soutenait que Brenz et d'autres théologiens avec lui avaient été achetés par les Osiandristes 2, et que ce fait était connu de tous. Brenz, de son côté, se plaignait de la division entretenue par les docteurs saxons et du « paroxysme d'anathème » qui leur était devenu habituel ""'. Mélanchthon écrivait le 1'''' octobre à Jean-
' S.VLii;, t. III, p- 308. IIeppk, Gesch . des deutsche Protestdnlisnius, t. I, p. 187. ' Declaratio uherior super pruteslatione partis Catholicue. Voy. Saliü, t.
III, p. ;)27.
^ Sa.xonicoruni Dncaliiiin Epist. ad prdes'ulem, i" oct. 1557. Voy. Salig, t. III. p. 314, note.
» l'i.A.NCK, t. VF, p. 13i, note, Hkppe, t. I. p. Iü2, note. Voy. la lettre d'Erliard Sclmcpf, Corp. Rc.furin., t. IX, p. 255.
•• Planck, t. VI. p. 141.
"Voy. seslcttrcs aux ducs All)crl de Prusse et Christophe de Wurlcmbercf, dans PiiESSEï,, Anecdotd, pp. 440-443. Le marj^n-avc Georges-Frédéric d'Anspac-ii réclama l'avis des théologiens sur une <picstion ipii l'embarrassait fort : Etait-il vrai, comme l'affirmait le surintendant d'Anspacli, que la sainte Eucharistie descendait dans l'estomac, était digérée comme tout autre aliment, et par conséquent était rejeléc avec
Frédéi'ic : « L'ambassadeur de Votre Grâce, le docteur Basile, avait distribué au Palatinat et au Wurtemberg des écrits colomniateurs contre moi avant même que je ne fusse arrivé i. »
(( Pour bien comprendre la confusion qui règne actuellement dans la doctrine, » écrivait Flacius au roi de Danemark, « on n'a qu'à considérer ce qui se passe à Worms : on y trouve presque autant d opinions que de docteurs -. » Jacques Andréa, prédicant de Tubingue, racontait que, pendant le colloque, Brenz, dans une réunion de théologiens protestants, avait proposé de reprendre les délibérations concordataires de Wittenberg (1536), assurant que Mélanchthon lui-même en était l'auteur. Mais celui-ci se récriant aussitôt avait soutenu qu'il n'avait fait alors que transcrire les opinions des autres. Mathieu Alber lui dit alors : «El cependant, monsieur le maître, vous les avez signées ! » n. Cher Mathieu, lui répondit Mélanchthon avec calme, « j'ai écrit un grand nombre de choses que je n'approuve plus du tout maintenant ! Pensez-vous donc que je n'aie fait aucun progrès en trente ans 3? »
(( Les Protestants sont divisés, >> écrivait Canisiusà Lainez, vicaire général des Jésuites ; « et Mélanchthon répète avec amertume: Tout le monde s'acharne contre moi ! Il a plus d'outrages et de contradictions à subir de la part des siens, qui sont pourtant ses anciens disciples, que de la part des nôtres. Tous, en Allemagne, ont les yeux fixés sur ce qui se passe ici ''. »
Mélanchthon ne parvenait à contenter personne. Tandis quo les théologiens luthériens l'accusaient de pencher vers le Calvinisme^ Calvin se plaignait de sa détestable et dangereuse condescendance. (( Il est allé encore plus loin à Worms que je ne m'y serais attendu ! » disait-il ^.
Pour faire diversion à leurs disputes, à leurs mutuelles rancunes, les théologiens protestants excitaient le peuple contre les Catholiques ^.
eux par la voie naturelle? Salig, t. III, p. 303. Corp. Reform., t. IX, pp. 27o-