‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 378 sur 572 · MÖXCKEBERG, p · texte numérisé non relu

MÖXCKEBERG, p

* Voy. Schumacher, t. III, p. 393.

- « Ibi quot ferma colloquutores Aujasiana? Confesstonis sunt, tot etiam diversae sententiae. » Schumacher, t. II, p. 276. Corp. Reform, t. IX, p. 297. Poxtop- PIDAN, t. III, p. 354.

^ Hartmann, 71/. Alber, p. 165.

< * Lettre datée de Worms, Il et 29 septembre 1357. Un grand nombre de lettres et d'instructions encore inédites de Canisius adressées à des pères jésuites et beaucoup de documînts se rapportant à l'apostolat des Jésuites en Allemagne ont été mis à ma disposition par les Pères d'Exalen, en Hollande, qui s'occupent en ce moment de la publication des nombreux manuscrits légués par Canisius.

a Calvini 0pp., t. XVII, p. 61.

" « La justesse des plaintes élevées par les Catholiques au sujet des prédications

28 f'K COLLOQUE DK WORMS.

Ils allèrent jusqu'à troubler le service divin dans les églises. « Un jour que le prédicateur du duc de Bavière, Jean Crcssentius, prêchait sur saint André dans l'éi^lise dédiée à cet Apôtre, le docteur Marbacli se jeta sur lui comme il descendait de chaire, Faccusa de blas[)hémer et voulut, séance tenante, entamer avec lui une dispute. Le peuple se souleva, et les Evani;éli(iues eux-mêmes furent obligés de blâmer le zèle intempestil" du prédicant. Gela nempêcha point Jae([ucs Andréa d'user du même procédé envers Jean a Via, qu'il somma de répondre à ses objections un jour qu'il venait de prêcher à la cathédrale. Mais Jean lui répondit avec calme qu'il était prêt à le satisfaire, mais chez lui, et non point dans l'église *.

Jamais entre les théologiens prolestants les dissensions, les disputes n'avaient été plus aigres.

Les thélogieus de Saxo et ceux du Brunswick, pour avoir persisté à réclamer la condamnation « des fausses sectes >), furent exclus de l'assemblée. C'était rendre impossible la continuation des débats, car les docteurs catholiques continuaient à demander:« Lequel des deux partis devons-nous considérer comme représentant la véritable Eglise protestante? Avec qui aurons-nous à traiter à l'avenir'^? » Lors de la précédente Diète, on leur avait enjoint de ne s'en rapporter qu'aux théologiens de la Confession d'Augsbourg ; maintenant ils ne savaient plusà qui s'adresser, puisque cesdocteurs s'accusaient réciproquement dhérésie.

Les théologiens du duché de Saxe quittèrent Worms ; le Colloque se désorganisa. Dans leurs discours et leurs écrits de controverse, les Protestants ne manquèrent pas de rendre les Catholiques responsables de l'inutilité de leurs elïorts; mais le ton de leur polémique disait assez de quel côté étaient les res[»onsabilités •'.

Ils avaient espéré que leur assemblée porterait « un coup délinilif à la Papauté » ; mais ils se voyaient déçus dans leur espoir. Le dogme catholique était apparu à Worms dans son usuelle simpli-

scdilieuses des théologiens cvani^f'liqiirs à Worms.no pciil être mise en question, » dit, IIei'pk, Gesch. des deutschen Proleslantismns i. I, \>. 228, note. \^oy. Documents, p. 6U.

1 Salig, t. m, p. 310.

i Hei'I'E, t. 1, p. 198.

:* « On ne peut se dissimuler, dit Fii.vm.k » (I. VI, p. 169), «que les fréquents écrits de controverse érhant^és après le colloque entre les deux partis en lutte donnaient aux (^atlioli(]iies de t;rauds avantae;es, et qu'ils surent à merveille les mettre a j)ro(it.ljes traités i)ubliéscn liiSO par Jean à Via, Barthélemi Lalomus. délégué par le (Concile de Trente, surtout ceux du célèbre Frédéric Slapliylus, qui y joua aussi un rôle important, sont très rcmarrpiables. Hicn qu'à l'exlnuinlinairi' aii;reur qui rè'.^nft dans les ripostes des l'iolcsLuiLs, et de .Mclaiiclilliuii en parliculicr. on peut deviner leur valeur. »

LE COLLOQUR DE WOKMS. JQ

cité, unité, solidité, tandis que tout le monde avait pu se convaincre que les Protestants n'étaient pas en possession d'un corps solide de doctrine, et que, même au sujet du symbole de leur foi, ils ne pouvaient tomber d'accord. A la Diète de Ratisbonne, Ferdinand et les membres d'Empire catholiques avaient espéré de bons résultats du Colloque, malgré tout ce que les princes ecclésiastiques avaient pu leur dire et quand il s'était agi de choisir entre lui et le Concile, les prélats s'étaient résignés au Colloque, jugeant qu'il était d'une sage politique de chercher à complaire aux Luthériens; mais en quittant Worms tous avouèrent qu'ils étaient maintenant pleinement éclairés sur ce qu'on pouvait attendre de semblables réunions, et qu'en dehors du Concile général nulle tentative d'union n'avait chance de réussir. « Les Catholi(iues, » écrivait Canisins à Lainez, « sont fortifiés dans leur foi; les hésitants, en particulier, ne sont plus tentés d'apostasier; les égarés reviennent plus facilement à nous. Les membres d'Empire comprendront enlin, par ce qui vient de se passer, que l'union des Protestants ne peut être obtenue, et les princes renonceront sans doute à l'avenir à ces sortes de tentatives, pour accepter la seule ressource qui s'offre à eus, c'est-à-dire le Concile général *. »

Les Protestants, dont les dissensions déplorables venaient de se révéler au grand jour, n'en devinrent que plus acharnés les uns contre les autres. Jean-Frédéric de Saxe accusait de tous les maux de son parti les théologiens du Wurtemberg, Brenz et Andrea, qui n'avaient jamais voulu abandonner « l'hérétique Oslander - ». Les Luthériens rigides prétendaient se venger sur les Mélanchthoniens de l'humiliation qu'ils avaient essuyée. « Les nôtres sont dignes de proscription; ce sont des hérétiques, des excommuniés aux yeux de ces saints pharisiens, « écrivait Jean Aurifaber, prédicant de la cour de Weimar; « mais nous allons maintenant sonner la cloche, et le monde sera édifié sur le vrai péché que nous avons commis-^! >) Flacius invitait Christian III, roi de Danemark, à imiter Josias, à prendre la défense de la religion, à faire d'énergiques efforts pour extirper de TEglise de Dieu les « abominables et funestes hérésies des Mélanchthouiens, Osiandristes, Majoristes et autres sectaires, qui entraînaient en enfer tant de milliers d'àmes ». « Ces hérétiques, disait-il, entretiennent un commerce abominable avec la Bête de Babylone, et rien ne doit sembler difficile (juand il

• LeUre du 16 déc. 1557. Vo}-. plus haut p. 27,note4. Sur le Colloque de Worms et ses résultats, voy. aussi Maurenbrecher, pp. 4Ü-46. "' KtJGLER, t. II, p. 62.

» Salig, t. III, p. 339.

s'agit de défendre le précieux dépôt du Christ, de Paul et du troisième Elie, Martin Luther. Dieu nous a expressément ordonné de i'uir l'idoiàlrieetics faux prophètes; mais comment pourrions-nous lui obéir, si nous n'avions le pouvoir de jugera la fois les doctrines etlesdocteurs 1? »

Luther avait tenu Flacius en grande estime; il eu avait fait plus de cas que de tout autre théologien : « C'est sur lui, » avait-il dit, « qu'après ma mort l'espérance des miens, un moment abattue, viendra s'appuyer 2; » et maintenant^, à Wittenberg même, on traitait Flacius « de rebut de l'humanité » !

« Allez, domptez la rage et le délire de ce misérable, » vociférait Bugenhagen du haut de sa chaire ; (f qu'il cesse enfin de mentir et de diffamer! » Le diacre Sturio s'emportait également contre « Flacius, el l'appelait « menteur, infâme scélérat ^ ». « Par toutes sortes d'artifices, d'humilité pharisaïque, étalant un zèle hypocrite, » écrivait Georges Major, « Flacius s'est autrefois insinué chez Mélanchthon. Ce rusé compère, ce vil aventurier, a fureté partout; il a ramassé çà et là des fragments de discours, de lettres, il a recueilli les moindres rêveries de son maître pour aller ensuite le décrier et le rendre odieux à tout le monde. C'est qu'il se flattait de prendre sa place, et d'être à son tour adoré comme un pape dans toute l'Eglise d'Allemagne. »

On alla jusqu'à accuser Flacius d'avoir forcé les coff'res de Mélanchthon pour voler ses lettres; on affirma qu'il avait attenté à sa vie et à celle de bien d'autres. Les Epitres des étudiants de Wittenberg, publiées en 1558, le représentent comme un prodige d'ignorance, de perversité, de perfidie. Flacius, justement indigné, écrivait avec douleur : « Où en sommes-nous si un théologien se permet d'en diffamer publiquement un autre et va conter à tous les faiblesses de sa vie privée ? L'Eglise de Dieu n'a que faire de savoir si je suis un aussi grand misérable qu'on le prétend. La seule chose dentelle ait à s'enquérir, c'est delà foi dont je lais profession, c'est de la pureté et de l'intégrité de ma doctrine '*. » « Il n'est que trop vrai, » écrivait au duc Albert de Prusse Juste Jonas le jeune, professeur de jurisprudence à Wittenberg, « Amsdorf et Flacius, dans tous leurs écrits, ne pensent, ne visent, ne rêvent qu'à conserver de l'iniluence dans le commun peuple et auprès des

'■ Apologie, préi'acc, rcuillc Ü -.

* Phegkr, t. I, p. 35.

' Heppe, Gesch. des deuischen Pi'Olcstanii.s/niis, (. I, \t. 12U, noio l.

♦ Phecer, l. I, pp. 421-434.

pauvres ignorants qui constituent la masse, et parmi lesquels on peut ranger un grand nombre de prédicants; car je suis certain qu'entre mille, surtout en Saxe, il n'en est peut-être pas un seul qui soit en état de bien comprendre la doctrine de l'Eucharistie *. »

1 Voigt, Briefwechsel mit Albrecht von Preussen, pp. 3o3-356, 364.

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