CHAPITRE IV
LES INNOVATIONS RELIGIEUSES DANS LE PALATINAT DEPUIS looG.
Dv'S 1515, la nouvelle doctrine avait été introduite, dans le Palatinat, par l'Électeur Frédéric II. Son fils, Otto Henri, aussitôt qu'il eut pris en mains le pouvoir, se hâta de déclarer à ses sujets, par un édit daté du mois de mars l'ioG, que le Luthéranisme serait désormais la religion seule autorisée dans ses états, et que l'idolâtrie papiste allait y être abolie. Le nouveau règlement ecclésiastique qu'il publia était conforme à la Confession d'Augsbourg, bien que quelques vestiges de l'esprit zwinglien s'y fissent jour çà et là. Ainsi, dans les cérémonies du baptême, l'exorcisme était retranché; les images ou tableaux devaient être enlevés des églises comme « d'abominables restes d'un culte idolâtre a, le crucifix seul excepté. Après qu'à Heidelberg l'église du Saint-Esprit eût été « purifiée et débarrassée de toutes les idoles «, l'Électeur étendit cette mesure aux deux Palatinats. Ses commissaires reçurent ordre « de procéder pendant la nuit », de briser les statues, d'enduire les fresques d'une couleur noire et de briser les verrières. « Le dépouillement des églises^, » écrivaient les commissaires, « nous a attiré les injures et les reproches des populations. Nous avons eu à subir des avanies de tout genre. »
Agissant d'après le principe protestant : « tous les vœux sont impies, tous les monastères d'hommes ou de femmes sont abominables devant le Seigneur, » l'Electeur décréta ensuite la suppression des couvents encore existants et la confiscation des biens monastiques. On ne recula devant aucune mesure de violence. A Waldsassen, bien que le monastère relevât directement de la couronne de Bohême, le culte catholique fut aboli, les ornements d'église enlevés, des prédicants luthériens mis à la place de l'aumônier; pour engager les moines à embrasser la nouvelle doctrine, on enferma des femmes de mauvaise vie dans leurs cellules. L'Abbé et plusieurs de ses religieux, ayant déclaré leur intention de rester inviolablement fidèles à leur religion et à leurs vœux, furent conduits à la prison
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d'Amberg '. Contre des religieuses souvent avancées en âge on usa de procédés odieux. Lorsijue les commissaires impériaux pénétrèrent dans l'abbaye de Gnadenberg et voulurent persuader aux sœurs que leurs vcrux n'étaient que des « inventions de Satan, et leur culte une idolâtrie, un blasphème, une invention tout humaine, une doctrine pleine d'artifices impies et de pièges diaboliques », ils rencontrèrent chez « ces femmes opiniâtres » une résistance invincible. L'abbcsse, au nom de toute la communauté, représenta en termes émus aux commissaires « qu'en dépit de la nouvelle doctrine on voyait partout, en Allemagne, régner la mauvaise foi, l'envie, la haine, la tyrannie ; que les vices s'étalaient au grand jour ; (lu'elles n'avaient apporté que peu de chose au monastère, et qu'on aurait un maigre profit en vendant tout ce qu'elles possédaient; (ju'ellcs étaient décidées à rester fidèles à leurs vœux, à persévérer tout le reste de leur vie dans la pauvreté volontaire, la pénitence et la prière; qu'elles ne savaient autre chose de la parole de Dieu sinon ([ue leur foi était très véritable et pure, et qu'Userait humain de les laisser en repos». Mais toutes ses supplications furent inutiles. Le prédicantque les commissaires avaient amené avec eux prit dans le tabernacle les espèces consacrées etaussi le saint chrême: «Sur quoi,» rapportent les commissaires, « le père spirituel de la communauté, vieillard débileet souffreteux, fut comme saisi d'horreur et, avec force gestes indignés, se répandit en violents reproches contre nous. Mais, les ordres de l'Electeur étant formels, on n'eut aucun égard à tout ce qu'il put dire. Pour porter un coup décisif à l'idolâtrie, qu'un acte de faiblesse aurait pu fortifier, on passa outre. »Le vieillard, malgré la rigueur de l'hiver et les instances des sœurs, reçut ordre de quitter immédiatement le couvent. « Depuis neuf ans, » disaient les religieuses, « notre aumônier s'est donné beaucoup depeineparmi nous ; il a toujours eu une conduite irréprochable; on l'accuse de nous enseigner une fausse doctrine, c'est un mensonge. 0 chers seigneurs, croyez-nous, pour l'amour de Dieu! » Lorsqu'elles virent que toutes leurs prières ne servaient à rien et qu'elles ne pourraient ni conserver leur culte, ni demeurer en leur couvent, les sœurs demandèrent qu'on leur rendît du moins ce qu'elles avaient apporté en y entrant; maison n'eut aucun égard à cette si juste requête. Les commissaires les firent conduire au monastère déjà « réformé » de Seligenpforten, et prirent possession de Gnadenberg-.
' Wirr.MANN, Reformation in der Ober/ifal:, 10 !2(), -'i, 2.'i. Reli'jionsneucrunrjen in der cliur fürstlichen Pfalz, pp. 7:2-73.
* Rapport tle^la coiiiriiission. Ilist., diftloiiial. Ma(ja:iii, I. II. p]). ^JOS'ili. — Voy. WiTTMAN.N, pp. 21-23,
LA RFJ.IÜIOX ET LES MOEURS DANS l'ÉLECTORAT PALATIN. ioo6. 43
Ce que ces pauvres religieuses avaient dit de la dépravation des mœurs fut confirmé peu de temps après par les rapports des enquêteurs luthériens envoyés dans les deux Palatinats.
« La discipline ecclésiastique autrefois en vigueur parmi les ministres de Dieu, •» rapportent ceux du Palatinat rhénan, « est tombée en désuétude; la perte est restée ouverte à toutes sortes de scandales. Maintenant, chacun ne fait plus que ce qui lui convient, sans que rien l'en empêche. Les gens d'ici, malgré tous les avertissements qu'on peut leur donner, mènent une conduite scandaleuse, fruit d'une doctrine détestable. La plus grande partie d'entre eux suivent la morale d'Epicure ; les autres, effrayés par les désordres et les scandales qui se produisent de tous côtés, sont troublés dans leur foi, et courent se joindre à la première secte venue dès qu'elle leur semble avoir conservé une ombre de moralité, de discipline extérieure et de piété. Malheureusement, ceux qui restent fermement attachés à la parole divine révélée forment la très petite minorité. » Parmi les vices et défauts communs à toutes les classes, les enquêteurs signalent: l'abstention du service divin les dimanches et la mauvaise tenue qu'on garde à l'église. « La majeure partie de la population n'assiste plus à la messe et met la plus grande négligence à aller entendre le piêche ; les sacrements sont méprisés, et la plupart de ceux qui passent pour instruits et intelligents s'en abstiennent complètement. Le catéchisme est enseigné en très peu de localités. » « Quelques pasteurs ont commencé à donner l'instruction chrétienne, mais ils ont bientôt trouvé la besogne impossible, jeunes et vieux montrant une extrême répugnance pour de telles leçons. De plus, le grand nombre néglige le devoir de l'aumône. Les pauvres gens nécessiteux ne sont plus secourus. La plupart des églises sont délabrées, mal entretenues, et souvent affectées à des usages profanes. Le revenu de beaucoup de pasteurs est si minime qu'ils ne sont pas même en état de s'acheter des livres ni de se vêtir convenablement; s'ils viennent à mourir, leur femme et leurs enfants abandonnés sont réduits à la mendicité. Beaucoup de presbytères sont déserts. » Dans tout le bailliage de Lüizelstein, les enquêteurs ne comptent que quatre ecclésiastiques, et constate que le peuple est devenu farouche, indiscipliné; qu'il vit au jour le jour comme la brute, et respecte fort peu les ministres de Dieu ^
Les rapports envoyés à l'Électeur sur la situation religieuse du
' Relation der gelialtenen Kirchenvisitation durch ihrer churfiirstl. Gnaden verordnete Kirchenvisitatores Anno i556, die Novembris, voy. Schmidt, Antheil, pp. 1-39.
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Haut Palatinat sont tout aussi peu satisfaisants : a La plus grande partie des pasteurs s'acquittentdes fonctions ecclésiastiiiues avec une négligence singulière. Très peu enseignent le catéchisme et instruisent la jeunesse. Un très petit nombre d'enfants savent leurs prières et la préparation (|u'on doit apporter à la réception des sacrements. » « Et ce qui est encore plus triste, nous en avons vu qui ne savent absolument rien de la doctrine du salut et de la justification, qui ignorent leurs prières et ne se soucient point de les apprendre, disant : Notre Père du ciel est assez puissant pour dire à chacun, individuellement, ce qu'il doit l'aire pour parvenir au salut; le Père a satisfait pour nos péchés ; le Fils a souffert pour nous. » « Les paroisses sont extrêmement pauvres, les pasteurs très incapables; il semble impossible de renvoyer tous ceux qui ne sont bons à rien, tant le nombre en est grand. Dans beaucoup de localités, non seulement la discipline ecclésiastique n'est pas observée^ mais un tel désordre s'est introduit que peu de pasteurs parviennent à s'entendre sur la doctrine; chacun veut interpréter la loi à sa guise, ne faire et ne pratiquer que ce qui lui semble le plus avantageux. » « Par suite de la négligence des pasteurs, l'absolution privée est totalement hors d'usage. Des gens d'une conduite exécrable, perdus de vices, et qui ne savent môme pas leurs prières, sont admis au sacrement. Le prêche est négligé. » « De plus, un grand nombre de pasteurs mènent une vie dissolue; leurs voisins en sont scandalisés, et les papistes les méprisent. La réforme qu'ils promettent, ils vont la méditer au cabaret. » « Les pasteurs reprochent le plus ordinairement à leurs ouailles : le mépris de la parole et du culte de Dieu; aux jours, aux heures uîi Ton devrait aller à l'église, on s'assemble dans les cabarets, on boit, on danse, on joue, on ne songe qu'à so divertir; le blasphème, la sorcellerie, d'infâmes impudicités sont très fréquents; plusieurs personnes ont été surprises jusqu'à trois fois en adultère; l'ivrognerie et tous les autres vices ont pris la haute main; on se raille maintenant des jugements de Dieu ; il n'est que trop vrai, le paganisme est revenu {)armi nous. »«A lleischau et en d'autres localités, la population se passe complètement de sacrements, s'en raille, et ne les croit pas nécessaires au salut. Le vice reste impuni ; toutes sortes d'actes grossiers et de sortilèges abominables se connnettent tous les jours.» Ici les enquêteurs ne peuvent s'empêcher de s'écrier : « Malheur à ceux qui viendront après nous! »
« Ouanl à ce qui concerne le bien d'Kglise, une partie des prébendes, bénéfices et rentes de beaucoup de pasteurs vont dans la caisse électorale; l'autre est employée à conslruiredes édifices civils.
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bien qu'on ne sache que trop que l'argent d'église, partout où il a été employé à des usages profanes, a dévoré jusqu'aux fortunes légitimement acquises. Le bien du clergé doit être restitué, pour le bon exemple de la noblesse etdos villes; ceux qui l'ont confisqué doivent le rendre à leurs légitimes possesseurs ^. » Presque dans les mêmes termes, les enquêteurs du Palatinat rhénan représentent à l'Électeur a que beaucoup de personnes de haute et de petite condition attirent le courroux du Seigneur sur elles et sur les autres en mettant la main sur des biens que Dieu avait donnés à ses serviteurs et à son Église, et qu'en même temps ils laissent les fidèles ministres de Dieu souffrir de la misère et de la faim ». « Par leur faute, non seulement le culte est méprisé, mais il est supprimé, parce que les ministres fontdéfaut. » « L'expérience montre aussi le grand et inappréciable tort qui a été fait à la nation allemande, et combien le bien d'Église qui a été dérobé, que ce soit par de petits seigneurs ou par de puissants potentats, a peu profité à ceux qui s'en sont emparés. En effet, on n'en est pas devenu plus riche, au contraire, on s'est appauvri, et c'est depuis ce temps que les gouvernants prétendent être obligés de pressurer leurs sujets en les chargeant de nouveaux impôts. »
Ici, les enquêteurs ne peuvent s'empêcher de faire un retour sur le passé, et de rendre liommage aux aïeux catholiques d'Otlo-Henri : « Les ancêtres de Votre Grâce, » écrivent-ils, « les Électeurs palatins du temps jadis, étaient de riches, illustres et puissants seigneurs et régents. Sous leur autorité, le pays prospérait, et cependant ils ne touchaient pas aux biens d'Église; au contraire, ils étaient les bienfaiteurs des paroisses et les dotaient libéralement de leurs propres deniers. » « L'Électeur devait permettre que les revenus des paroisses servissent aux besoins du culte, à l'entretien des églises, prouver au monde entier sa sollicitude pour les intérêts de la religion et montrer que, sous prétexte d'Évangile, il ne recherchait pas son propre intérêt comme le faisaient plusieurs -. »
A la mort d'Otto (février loo9)^ la situation religieuse du Palatinat était déplorable. Dès loo7, Mélanchthon écrivait qu'il y avait à Heidelberg autant d'opinions que de têtes ; que des gens de diverses nations, belges, français et autres étrangers ^, y étaient en querelle perpétuelle. Sur la recommandation toute particulière de Mélanchthon (ce dont il se repentit amèrement dans la suite), Tilmann Hessus, exilé de Rostok, avait été appelé à Heidelberg et nommé premier
1 Wjttmanx, pp. 24-23.
- Schmidt, Antheil, pp. ol-of,
' Corp. Reform., t. IX, p. 127.
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professeur de tliéologie, pasteur de l'église du Saint-Esprit, surintendant général et président du conseil ecclésiastique. C'était un luthérien rigide, tandis que le théologien Boquin, ancien prieur des Carmes à Bourges, Thomas Erast, de Bàle, professeur de médecine, et Diller, prédicant de la cour, favorisaient ouvertement les doctrines calvinistes et zwingliennes. Même à la cour, le Zwinglianisme comptait beaucoup de partisans, à la grande douleur du chancelier deMinckwitz et du président de cour Erasme de Venningen, tous deux intimes amis du nouveau surintendant. Hessus ne tarda pas à se brouiller avec beaucoup de ses collègues. Un jour pourtant, tous se trouvèrent d'accord : c'est qu'il s'agissait d'obtenir du conseil de Francfort l'acipittement d'un prédicant qui, en pleine rue, avait assailli un prêtre catholique à coups de poing et l'avait roulé dans la boue K
Sous le nouvel Électeur Frédéric III, « la guerre religieuse éclata partout comme un vaste incendie ».
Frédéric ÎII, prince de la branche de Simmern, avait été attiré au Luthéranisme par sa femme la princesse Marie, fille du margrave Casimir de Brandebourg-Culmbach. Néanmoins, dès l'époque où il prit en main le gouvernement, il paraissait pencher vers les doctrines z^vingliennes et calvinistes. L'Électrice tremblait continuellement de voir son mari céder « à la subtile séduction du poison zwinglien ». Son gendre, Jean-Frédéric de Saxe, lui ayant exprimé l'espoir « que la religion chrétienne finirait par s'établir solidement dans le Palatinat))et que« la vermine du diable en serait chassée », elle lui répondit le 30 mars 1559 : « Cela serait bien à désirer, car je crains fort que le démon ne sème ici l'ivraie parmi le bon grain ; jusque dans le conseil, je connais plus d'un zélé zwinglien -. »
Hessus regardait comme le plus sacré de ses devoirs la défense énergique de « l'infailUble Confession d'Augsbourget de l'Apologie». Le jour de son élection, il avait juré de les défendre et de les propager; mais ses partisans eux-mêmes se demandaient « si les mille démons qui montaient avec lui en cliaire pourraient jamais servir cflicaccment la cause de la vérité »? Son ennemi le plus acharné était Guillaume Kiebitz, non moins ardent controversisle que lui, et zélé propagateur de la doctrine calviniste sur la Cène. Aussi Hessus ne l'ajjpelait-il, dans ses sermons, (jue le nouvel Arius, le nouveau Lucifer, le blas[)hémateur impie, et reprochait-il à l'Université et au conseil leur atUichcment pour un docteur d'hérésie. En chaire, Kiebitz tonna contre llrssus en pr(''scnce de tout le peuple « avec la plus
' \Vji.ki;ns, |t|). 4<)-4(J.
- Kluckhoji.n, Briefe, t. 1, pj). 40, b2-53.
QUERELLES RELIGIEUSES DANS l'ÉLECTORAT PALATIN. 47
grande violtMice i ». A partir de ce jour, professeurs et étudiants, fonctionnaires et bourgeois se formèrent en deux camps, et se livrèrent à d'interminables querelles sur la question do savoir si le pain, dans la Cène, est le véritable Corps du Christ, le même qui a étr attaché à la croix? si les incrédules y ont autant de part que les lidèlcs? si l'on peut dire que le Corps est distribué sous, (/ans ou avec le pain ? Lorsque, pour calmer les esprits, rElecteur, à la lin d'août IodO, défendit aux prédicants d'insulter publiquement leurs adversaires et voulutexigerque tous s'unissent pour confesser «que le Corps de Jésus-Christ est vraiment donné oret- le pain », Hessus prétendit que cette définition ne se trouvait pas dans la première et véritable édition de la Confession, mais dans une édition postérieure et remaniée. « Plus de six fois, .) dit-il, « laCoufession a été changée; elle n'est plus qu'un vaste manteau, sous lequel le bon Dieu et le diable pourraient habiter ensemble très commodément ». ff Avant tout il faut qu'un synode se réunisse pour fixer la manière dont la Confession doit être interprétée; en attendant il faut s'en tenir aux articles de Smalkalde,où Luther a exposé si clairement sa doctrine. »
Hessus prêcha sur les changements apportés à la Confession et interdit au diacre Kiebitz toute fonction ecclésiastique. Comme Kiebitz ne tenait aucun compte de ses ordres, il prononça publiquement contre lui la sentence d'excoraimunication. [| somma les autorités de le chasser du pays, il exhorta les simples fidèles à rompre toute société avec « l'hérétique damné, vendu au diable ». A son tour Kiebitz accusa Hessus d'avoir volé la caisse de l'Université ; un prédicant le compara en chaire « au sanglier qui ravage la vigne du Seigneur »; un autre lança contre lui l'anathème. Un jour, pendant le service divin, Hessus ayant enjoint aux assistants d'arracher le calice des mains de Kiebitz au moment où celui-ci distribuerait la Cène aux fidèles, on en vint aux mains dans l'église-. Les efforts de l'Electeur pour réconcilier les partis étant restés inutiles. Hessus et Kiebitz furent tous deux destitués (16 septembre loo9). Hessus en appela à un synode ; il n'y avait plus place, disait-il, pour la véritable Église luthérienne au milieu des hérésies blasphématrices dont les semences empoisonnées se répandaieut dans le monde entier. Le peuple était avide, insatiable de nouvelles opi-
' « Il arriva plusieurs fois à Tilmann Hessus de voir son nom changé par ses adversaires en celui de. Tolmann Geckhiis. Vov. Wider die sc/nvermerisc/ien Sacranienlirer C -.
- Sai.k;, t. III, pp. 433-460. Ivllckhoiln, Friedrich der Fruin/ne, pp. 44-o7, \V iLKE>,s, pp. 49-û8.
48 QUERELLES HEI.IGIEUSKS DANS l'ÉLECTORAT PALATliV DEPUIS lo')9.
nions; les cerveaux en délire brûlaient dn désir passionné de détruire les principes établis, ludle autorité n'était assez forte pour dominer la folie régnante; la discipline ecclésiastique n'avait plus aucune prise sur les consciences; les princes et les gouvernants no montraient aucune énergie. 11 fallait de toute nécessité qu'un synode de théologiens éclairés, orthodoxes, ennemis des sopliismos et versés dans la science de l'antiquité chrétienne, se réunît pour confesser la foi et décider sur la doctrine. On objectait que les esprits étaient trop divisés pour qu'on pût espérer voir renaître la concorde; que les théologiens, pleins d'attaches intéressées, aimeraient toujours mieux être de turbulents démagogues que de doux pasteurs des peuples; qu'ils prendraient le synode pour le théâtre de nouvelles tragédies : mais tout cela était faux, car il y avait encore en Allemagne un grand nombre de bons et fidèles pasteurs K
Les docteurs échangeaient des écrits de controverses âpres et violents. « Grâce à la presse, » écrivait le prédicant palatin Erasme de Venningen à son ami Morbach, « nous rendons notre propre honte plus évidente que le plus éclatant soleil; toutes nos disputes ne servent qu'à troubler les pauvres consciences, qu'à accroître le royaume du démon. Il n'est point de savetier calviniste qui ne veuille aujourd'hui composer son petit traité de théologie, sans parler des juristes et des médecins qui publient aussi le leur avec ou sans signature, ou bien en se servant de noms supposés. La terre devrait s'entr'ouvrir pour engloutir de tels démons, et, quant à ceux qui les écoutent, ils mériteraient d'être sévèrement punis, puisqu'oublieux de leur nom de chrétiens ils donnent dans de pareilles aberrations"-. C'est comrnettrelepire des homicides quede tolérerce qui se passe •^. » Une dispute théologique, soutenue en 1560 à Heidelberg entre les théologiens du duc de Saxe et ceux du Palatinat, n'eut, comme tant d'autres tentatives du même genre, « aucun bon résultat '■ ». Un décret électoral, daté du 12 août, destitua tous les prédicants qui refusèrent d'accepter la doctrine de Mélanchthon sur l'Eucharistie. A la même date, Christophe usait d'une telle rigueur envers les Catholiques qu'IIessus craignait qu'une émeute n'éclatât.
' Dans la dédicace de son livre sur la présence réelle. Voy. Wii.kh.ns, p. 60.
2 Planck, 5b, p. 369, noie 49. Sudhoff, p. 77.
3 Voy. WiGAND, De Sucrameniari.iiiiü, pp. 437-470. Gaspard Pcucer écrit le l" aoùtlbôO à .lérômc Baumt^artner au sujet de cette dispute: «Non lioc agitur, ut salularia adliilieaiitur remédia vulneribus Ecclesia^, sed ut exasperentur illa et distracliones augeantur. El in liac aniinorum cxculceralionc et odiorum acerbitatc, quae iniri possit ratio concordiae non video, pracscrtim singulis iioc unum conaalibus, ut suis retentis ac defensis adversanles non audiant sed jugulent. » Snio- 8EL, MLsccl/aneen, t. IV, p. 83. Voy. t. IV, p. 97.
* « Elcctor l'alatinus pcrgit in suo iustituto. L'tinaai potius saiia doctriiia papa-
LE COMTE PALATIX WOLFr.ANG DE DEUX-PONTS. 1557. 49
Pendant que le Palatinat « absoi'l)ait le poison zwinglien et anabaptiste 1 », le comte palatin Wolfgang de Deux-Ponts faisait de ses états « le pur habitacle de l'Évangile sans tache » et les débarrassait de tous les fauteurs de désordres et d'hérésie. En 1557, il enjoignit à ses sujets de regarder désormais la doctrine de Luther comme la loi religieuse imposée par Dieu même. Partout il lit briser les autels, enlever les images et tout ce qui rappelait le culte catholique; ensuite il confisqua les biens du clergé, et quiconque fit mine de résister reçut l'ordre de quitter le pays -. « Le noble et très chrétien prince Wolgang,)) écrivait avec enthousiasme l'un de ses plus fervents admirateurs, « ne se laisse pas égarer par les scrupules de conscience de beaucoup de ses sujets papistes, scrupules qui ne sont que du vent, et doivent être considérés comme les tristes fruits de l'idolâtrie. Il déracine l'ivraie, il sème la parole de Dieu ; lui et le noble prince Christophe de Wurtemberg sont les vrais athlètes du Christ, bien que ce dernier n'ait pas encore fait acte de complète adhésion à la Confession d'Augsbourg, comme on nousPécrit du Wurtemberg ^. »
tum studcret everterc, quam igné et violcntis mandalis! Res ad aliquem motum spcctat, principum, nobilium et vulgi animos graviter offcndit novis illis iacendiis et bonorum ccclesiasticorum, ut ferunt, corrasione » Sïruve, p. 103.
' J. Scholz, AbleinuiKj pupistischer und saci'ainenleriscker Argumente (löfil). A propos des progrès rapides de l'Anabaptisme dans le Palatinat, le prédicant Jean Flimmer écrit dans un rajjport d'enquête date du 17 septembre 1Ö36 : « Misera Ecclesiae faciès est circumcirca propter colluviem Anabaptistarum qui in tanta magistratus ecclesiastici et politici negligentia subintroierunt. » Schmidt, Antheil, LVJII, n° 26.
- Remling, /{eforniationsu<er/i, pp. 13'.)-lil.
'Scholz, voy. plus baut note 1.
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LES INNOVATIONS llRUdlKUSES DANS LK WUUTEMP.ERr. SOUS LE DUC