‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 389 sur 572 · VIOLATION DE LV PAIX D AUGSBOURG PAR LES PRINCES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

VIOLATION DE LV PAIX D AUGSBOURG PAR LES PRINCES PROTESTANTS

agir avec grande précaution, et tourner la difficulté «pardes moyens chrétiens ». Mais à cette date, grâce à ces « moyens chrétiens », il avait déjà presque entièrement « incorporé » à ses états levèché de Meissen. Le doyen du chapitre, Jean de Haugwitz, lui avait servi de « docile instrument» en cette circonstance. Par un traité secrètement conclu avec le prince, Jean avait renoncé pour révèchc à l'immédiatité d'Empire; il s'était engagé« à y implanter, établir et maintenir par ses propres efforts et autant que cela lui serait possible la véritable religion chrétienne, qui y était encore inconnue, telle qu'elle était pratiquée dans l'Electorat », à la condition qu'Auguste obtiendrait pour lui l'administration spirituelle du diocèse avec le titre d'évéque.Mais pour que son élection fût sanctionnée à Rome, ce chanoine « très chrétien »jura solennellement «de conserver et defaire paître le troupeau quilui était confié danslebercail catholique, de ne laisser aliéner aucune propriété ni privilège del'évêché, et de témoigner une obéissance pleine de respect à tous ses supérieurs, mais particulièrement au Pape i. Il remit ses pleins pouvoirs à un délégué, le chargeant de porter en son nom au Saint Père le serment de fidélité d'usage afin d'obtenir son agrément. Le Pape abusé confirma l'élection, Jean apostasia quelque temps après pour complaire à Auguste. Depuis, il avait coutume de plaisanter sur les trois péchés mortels qu'il avait commis dans sa vie, et dont jamais, disait-il, il ne pourrait obtenir le pardon; car il s'était fait protestani, il s'était marié et, malgré les lois de l'Eglise, il avait épousé une proche parente 2,

En dépit de la paix de religion, i'évéché de Meissen fut perdu pour l'Eglise et pour l'Empire.

L'Electeur ne s'en tint pas là. Les membres d'Empire protestants eux-mêmes se plaignirent, mais en vain, que la Saxe, contrairement aux articles de la paix de religion, se fût approprié l'évêché de Naumbourg ^ ; peu à peu les archevêchés de Magdebourg et do Brème, les évéchés d'Havelberg, de Brandebourg, de Lebus, de Cammin, de Schwerin, de Verden, de Lübeck, d'Osnabruck, de Ratzcbourg, d'Habcrstadt et de Minden furent soustraits à l'Église par la violence ou la ruse; tout ce qui était catholique, ou comme on disait alors, « tout ce qui était entaché de l'abominable idolâtrie papiste, >) fut partout « afiranchi », de par « l'expresse volonté de Dieu». Les Catholiques protestèrent en vain; ni l'Empereur ni eux n'étaient

' Richter, Verdienste, pp. 54-60.

- Richter, Verdienste, p. 63.

3 Nous reviendrons plus tard sur ce sujet.

90 MKLANCHTIION CONTRE LALLIANCh: POLITIQUE DES PROTESTANTS.

assez puissants pour résister avec avantage à la loi du plus fort; et pendant tout ce temps les Protestants ne cessaient de leurreprocher a de violer la sainte paix jurée, et d'ourdir contre eux de criminels complots ».

Dès 1559, pendant la Diète d'Augsbourg, les Catholiques avaient dit:« Si les attentats continuels dos Protestants, directement opposés aux articles delà paix de religion, ne sont réprimés par des mesures légales et par les arrêts de la Chambre hnpériale, cette paix n'aboutira qu'à la ruine complète et définitive de la religion catholique. » Mais cette ruine, c'était précisément ce que souhaitaient avec passion les membres d'Empire de la Confession d'Augsbourg. C'était le but de leurs plus ardents désirs, comme le font assez comprendre les procôs-verbaux de quelques-unes de leurs assemblées. Au dernier de leurs colloques, à Worms, ils l'avaient eux-mêmes franchement avoué 1.

Un certain nombrede Protestants désiraient même voir se rallumer la guerre civile, et s'efforçaient d'organiser une ligue générale entre tous les membres d'Empire luthériens. Mélanchthon, consulté à ce sujet, se prononça nettement contre ce plan, qu'il ne regardait même pas comme réalisable. « S'élever contre la paix religieuse que l'Empereur a juré de maintenir serait une iniquité criante,» écrit-il on un Mémoire daté du 18 décembre 1559. « Les arguments que certaines gens font valoir en faveur de la guerre ne sont de nulle valeur. Quand ils répètent: Les persécuteurs de notre foi ne se lasseront pas de nous poursuivre, et nous sommes obligés de prévenir leur agression, car nous ne pouvons attendre tranquillement le coup dont nous sommes menacés, ce sont là discours séditieux de gens avides de désordres. Se défendre on cas d'agression injuste est chose certainement permise; mais les maisons do Saxe, de Brandebourg et de Hesse, unies par des intérêts communs d'héritage, n'ont pas besoin de contracter des alliances nouvelles, et Je ne puis comprendre non plus ce qu'on attend de cotte ligue; j'espérais que les villes de Saxe, de Souabectdu Rhin avaient acquis quelque expérience penriant la précédente guerre (la guerre do Smalkaldc), et (ju'elles ne seraiont plus d'humour à s'unir pour la défense de la roligion. Je suis pros{|uo certain (jne la Poméranie, le duc de Luiié- Ixnirg, ot l('S [»rinces d'Anhalt ne se laisseront pas onlrainor. H faut envisager le i)éiil et les oonséiiuonces d'une semblable aventure. Si l'on organise une ligue, si doux ou trois membres d'Empire entre-

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