‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 390 sur 572 · MELA.NCHTHOIV CONTRE L ALLIANCE POLITIQUE DES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

MELA.NCHTHOIV CONTRE L ALLIANCE POLITIQUE DES PROTESTANTS

prennent une guerre que rien ne justifie, les autres seront forcés de suivre, quelque envie qu'Usaient de rester tranquilles. Il y a des gens qui n'aperçoivent jamais le but vers lequel ils marchent ; ils ne redoutent rien au commencement; mais qu'ils réfléchissent que, si la guerre éclate, tout l'Empire allemand sera bouleversé, qu'on verra les Electeurs et les princes combattre les uns contre les autres, pour finir enfin par devenir les vassaux des puissances étrangères, car les uns iront à la France, les autres à la Bourgogne, les autres aux Turcs, et, en résumé, il est impossible de prévoir l'issue d'une pareille campagne. A-t-on si vite oublié la guerre de 1547 ? Si Dieu ne fût intervenu dans sa miséricodo, que serait-il arrivé? Si les seigneurs de Saxe, du Wurtemberg et de Hesse avaient été victorieux, ils se seraient certainement disputés ensuite, et l'on aurait vu la barbarie revenir en Allemagne. Mais Dieu, dans sa bonté, a détourné de nous un si grand malheur. De plus, les Electeurs, princes et villes sont sur beaucoup de points en désaccord, de sorte que je ne puis comprendre comment ils feraient pour se liguer, car jamais ils ne pourraient s'entendre dès qu'il s'agirait du commandement. Aucun ne consentirait à voir son rival l'emporter sur lui; nul ne voudrait laisser l'argent dans la bourse de son voisin ; il en serait comme dans l'ancienne guerre, lorsque les princes s'accusaient réciproquement de tirer à eux tout largent et tout le profit ^ . »

De nombreux dissentiments politiques, de mutuelles défiances, des rivalités jalouses, mais surtout les querelles, tous les ans plus passionnées, des sectes épuisaient le Protestantisme, et c'est ce qui explique en grande partie qu'une guerre entreprise pour des motifs religieux, ou simplement au nom de la religion, cette guerre que beaucoup avaient redoutée aussitôt après la signature de la paix de religion, ait été si longue à éclater.

Mais est-il donc impossible, demandaient avant comme après la Diète beaucoup de princes protestants, d'accommoder les querelles entre les véritables disciples du pur Evangile? N'y a-t-il aucun moyen pacifique et chrétien de s'entendre et de s'unir? Les cœurs évangéliques ne peuvent-ils devenir un seul cœur pour combattre la Papauté idolâtre et antichrétienne? Philippe de Hesse, pendant la Diète, avait conseillé de réunir en synode général tous les membres d'Empire protestants, et d'inviter les Zwinglieris de Suisse à y prendre part -. Christoph© de Wurtemberg était du même avis, mais il voulait que seuls les membres de la Confession

» Corp. Reform., t. IX, pp. 987-989.

- Neudecker, Neue Beiträge, t. 1, p. 193.

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d'Augsbourg y assistassent. Jean Brenz, le plus influent théologien de "Wurtemberg, no voulait point du synode. « .Tamais, » disait-il, « les Gonfessionistes ne se mettront d'accord pour savoir à qui il appartient en dernier ressort de décider sur les questions controversées : chacun voudra juger, personne ne voudra se soumettre. De plus, il esta craindre que, parla faute de théologiens jeunes, ardents et querelleurs, les disputes ne s'aigrissent encore davantage ^ »

Tout aussi affirmatif que lui, Mélanchthon, comme il l'avait fait longtemps auparavant, déconseillait de tout son pouvoir la réunion d'un synode prolestant, afïirraant qu'il ne ferait qu'aggraver le mal. Il écrivait : « Un grand nombre des nôtres, en particulier l'Electeur de Brandebourg, les ducs de Lunébourg, de Poméranie et de Prusse, les princes d'Anhalt, les villes de Nuremberg, de Breslau, do Lübeck, de Lunébourg n'enverront jamais leurs délégués au synode. Et qui sera chargé de le convoquer? A qui donnera-t-on la priorité? Quel ordre suivra-t-on pour les discussions? Quels articles seront exposés? Un anti-synode est à craindre. On répète : Il faut rédiger une formule de doctrine que tous puissent adopter et que les pouvoirs protestants puissent imposer aux consciences de leurs sujets; mais c'est là une utopie, car les potentats eux-mêmes sont inconstants et, pour dire toute la vérité, il semble impossible de dresser une confession de foi où les sophistes maudits ne puissent toujours découvrir une erreur, une omission, quelque motif de blâme ou de dispute. Aussi, j'en suis certain, les Electeurs et princes y regarderont-ils à deux fois avant de se jeter tète baissée dans une aventure aussi scabreuse -. »

' .Mémoire de Brenz, 18 mai 1550, dans Sattlek, t. IV, doc. no öi. Ce mémoire se termine par le distique suivant :

Ciirando f|iiae(liini licri pojora viilciims Viilnera, ([uae melius non teligissc juvat.

"- Corp. Reform , t. IX, pp. 989-993.

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