MORT DE MÉLANCHTHON
« Chez le plus grand nombre, » écrivait-il en 1558, « la licence est telle qu'on ne peut même songer à la réprimer. On se persuade qu'on a laJ'oi, qu'on est membre vivant de l'Église, etdès lors on vit en pleine sécurité, dans une barbarie cyclopéenne; le démon prend possession des âmes, et le démon pousse les hommes à l'adultère, au meurtre, à toutes sortes d'abominables forfaits. Cette effrayante corruption des mœurs, cette effroyable licence, cette barbarie cyclopéenne, si nous n'y portons remède par la sérieuse correction de nos mœurs, nous attirera de terribles châtiments. Déjà nous voyons se succéder les calamités publiques, les guerres civiles, les séditions, la disette. » Et cependant Mélanchthon redoutait pour son pays des maux plus irrémédiables, lorsqu'il voyait, parmi la jeunesse, l'indiscipline, l'insubordination et la perversité la plus raffinée croître tous les jours *.
Le lamentable état où l'Église était plongée lui faisait souhaiter depuis longtemps la mort 2. En 1560, il tomba gravement malade; à peine voulait-il accepter l'espoir de guérir. Une éclipse de soleil, la conjonction de Saturne avec Mars, tout lui semblait présager sa fin prochaine^. « Heureux d'être délivré d'un siècle de sophisraes, )> il expira à Wittemberg le 19 avril 1560, à l'âge de soixantetrois ans. Une affiche que fit placarder le vice-recteur de l'Université apprit à tous dans quelles cruelles angoisses il avait terminé ses jours *.
Ce n'était pas sans raison'Jqu'il avait tant gémi de l'indiscipline (le la jeunesse. Peu de mois après sa mort, l'Université punissait « l'odieux attentat >) d'une troupe d'étudiants qui, au milieu de la nuit, avaient assailli la maison du a maître vénéré », dans laquelle habitait encore Gaspard Peuccr, son gendre, alors recteur de l'Université^. Toutes les fenêtres avaient été brisées, la maison saccagée. La rage des ennemis théologiques de Mélanchthon ne connut bien-
' Voy. DÖLLIXGER, t. I. p. 403.
* Corp. Reform., t. VIII, pp. 674, 882.
3 Schmidt, Mélanchthon, p. 662.
^ « Aerumaosam vitam eçit in pcrpetuis laboribus, fatiçationibus, adflictionibus, cxagitationibus, criminatioaibus, insidiis et morsibus, qiiibus a summis, iniimis', exteris, indi-eais. hostibus et discipulis sine fine et modo impetitus et laceratus est. o Strubel, Neue Beiträge, la, p. 103.
" «... Facinus perpetratum cum contumelia scélérate adversus piœ sanctteque memonae carissimum prœceptorem nostrum et ejus honestissimam familiam. ,, bTROBEL, Neue Beiträge, Ib, pp. lUl)-lÜ8. Pour bien comprendre jusqu'où allait la liame des ennemis de Mélanchthon, voy. Strobel l\ pp. 175-176. Paul Eber, prolesseur a Wittemberg, dit dans sa préface au Gomment, ep. ad Corinlh. : « Oui quasi parum a suis alumnis et discipulis esset fla-ellatus dum viveret, eliam mortuus conquiescere non potest, quia ex iis, quibuscum non modo publice doctrinam, sed privatim etiam quœhabuit et potuit concilia et sécréta sua communicavit, quibus