ÉTAT MORAL ET RF.MC.IEUX D !• L AUTRICHE
;iiiin)aiix sans raison. Je mVitonne que parmi les bons chrétiens il n'y ait pas encore eu de martyrs, i » « Vienne devient de jour en jour une autre Witternberg, ou plutôt une seconde Genève, » écrit-il quatre ans plus tard; « aussi les catholiques songent-ils à s'expatrier, surtout les catholiques fervents de la cour de l'Empereur et
de la reine -.
En confrontant les protocoles des enquêteurs envoyés dans les paroisses et dans les couvents en 1528, 154't, 1555, on constate la funeste inlluence de la révolution religieuse sur l'esprit du clergé. A cha(iue nouvelle enquête, d'etfrayants exemples nous révèlent les progrès de la dépravation morale et l'agitation croissante des esprits. « La vie religieuse et l'état religieux, » rapportent los enquêteurs, « sont clioses tellement inconnues, ou tombées en un tel oubli que l'idée d'entrer au couvent ne vient plus à personne. Les ordinaires, les pères provinciaux, les vicaires, les prélats restent fort indifférents à cet état de choses; ils n'acceptent aucun conseil, et ne voient point sans déplaisir qu'on s'occupe de relever un monastère. » « Le clergé séculier, » mande au roi en 1554 le nouveau converti Frédéric Staphylus, « est complètement perverti. Il y a presque autant de sectes que de paroisses; chaque curé change à son gré la doctrine et le culte. Sur cent pasteurs, à peine si j'en sais uu qui n'ait pas au moins une femme. » Ferdinand écrivait lui-même en 1561 : « C'est avec la plus vive douleur (|ue nous avons appris que presque dans tous les couvents le très saint-sucrement de l'autel est distribué aux fidèles sous les deux espèces, qu'on ne consacre plus d'hosties pendant le saint sacrifice, que la sainte Eucharistie n'est plus conservée dans les tabernacles; que le canon et les collectes de la messe sont omis ou tronqués selon le caprice des curés ; que la prière pour les morts n'est plus en usage, et que les enfants sont baptisés sans cérémonies, avec de l'eau non bénite et sans que le saint chrême ait touché leur front. Le concubinage est presque général, non seulement parmi les curés, mais jus(iue dans les couvents, et beaucoup de religieux entretiennent et nourrissent leurs femmes, ou plutôt leurs concubines, à l'intérieur du cloître ou bien au dehors, au grand scandale des laïques. En beaucoup de localités tantôt des conventuels, tantôt des prédicants étrangers prêchent publiquement l'hérésie, et surtout atlaijuent notre très chrétienne et très orthodoxe foi catl)oli(iue, détournant de la vérité non scule-
« * Au l'ère Jean Polanco. à Uo!iu\ Ti janvier lööl. Voy. plus liaiil, p. 17 note i ■* I.,eUre à Laine/. .'{() seplcinlirc lî)o8.
KT AT MORAL FT R I . M G I K U X DK LAITRICHE. ]0j
meiit des religieux, mais de pauvres laïques. Coutre ces abus, et d'autres tout aussi graves, il est urgent de sévir avec énergie. » « Les prêtres et prélats indignes sont en grande majorité. Le prieur de Klosterneuburg, entre autres, est attaché aux sectes nouvelles; il entretient sa prétendue femme dans le cloître et hors du cloître, et s'enivre souvent de telle sorte que personne dans sa maison n'est rassuré dans son voisinage. Les religieux l'imitent dans ses excès. A Herzogenburg, tons ont passé aux sectes. Le prieur a plusieurs femmes. L'Abbé de Molk, vit avec la femme d'un capitaine ; ses religieux ont passé à l'hérésie et sont perpétuellement en état d'ivresse. L'Abbé de Garsten et les religieux de Gleink sont mariés, et vivent dans la bonne chère et la débauche. Les conventuels de Saint- Florian mènent une vie scandaleuse, ne songent qu'au plaisir, à la danse et à la bonne chrre. L'Abbé de Geras, qui habite tout seul dans son monastère avec sa concubine, entretient à ses frais un prédicant et un maître d'école protestants, fait administrer les sacrements selon le rite luthérien, porte des habits de soie et cultive assidûment la bouteille K »
Cependant si les couvents et abbayes où la religion et les bonnes mœurs étaient en oubli formaient la majorité, il s'en trouvait encore où la règle était observée, où Ion ne voyait nul scandale. Les Franciscains d'Egenbourg étaient des religieux modèles. Jamais ils n'étaient plus de cinq ; ils observaient rigoureusement la règle, souffraient les attaques, les mépris et les railleries des sectaires, prêchaient et enseignaient sans relâche. C'est grâce à leur zèle que le Protestantisme qui avait fait de rapides progrès, disparut presque entièrement du pays 2. La province franciscaine d'Autriche nous fournit la preuve du progrès simultané des nouvelles doctrines et de la corruption des mœurs. Jusqu'en 1540, les religieux tenaient un registre où étaient exactement conservés les noms de ceux de leurs frères qui s'étaient fait remarquer par leur sainte vie, leurs talents, leur science, ou par la part qu'ils avaient prise aux affaires publiques, et le nombre en était grand. A dater de 15i0, en l'espace de cinquante ans, ce livre ne fait mention d'aucun religieux. Au couvent de Graz, le nom des supérieurs n'a pas même été conservé. Ce n'est qu'en 1585 que recommence, avec la réforme de l'ordre, une nouvelle série de personnages illustres 3.
• Voyez ces faits et de nombreux exemples analogues dans Wiedemann, t I, pp. 157 et suiv.
- WlEDEMANN, t. III, p. 167.
2 HuRTER, t. II, pp. 56-57. Voy. aussi, pour mieux comprendre l'influence exercée parles nouveautés religieuses sur les mœurs du clergé, le t. II. pp. 53, 03 et suiv.
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« La conduite scandaleuse du clergé est la principale cause des sectes, » écrivait en lö6l un auteur qui s'intitule modestement « un pauvre laïque ignorant », « car l'expérience nous apprend que là où le peuple chrétien est instruit par dos prêtres bons et pieux, il reste fidèle à la foi de l'EcIise ou revient à elle lorsqu'il s'est laissé séduire. En l'espace de peu d'années, un humble carme déchaussé de la Haute-Autriche a converti des centaines de personnes; le peuple court en troupes pour l'entendre. Il prêche les préceptes de l'Evangile et administre les sacrements. Il supporte avec une grande égalité d'àme la faim, les coups, les mauvais traitements, comme j'en ai été témoin moi-même, car un jour, ayant été blessé à la tête par une pierre qui fit couler son sang, je l'ai vu continuer tranquillement son sermon sur l'amour du prochain '. »
« Les prêtres mondains et dépravés du haut clergé ont une grande part de responsabilité dans la démoralisation toujours croissante des populations des villes et des campagnes. Beaucoup de prélats et de supérieurs ecclésiastiques profitent du malheur des temps pour s'approprier les biens des abbayes; ils se marient, veulent être seigneurs temporels, mènent joyeuse vie avec le bien des églises et des pauvres, et appellent cela « servir l'Evangile ». « D'autres, » disait en chaire, quelques années plus tard, le jésuite Georges Schercr, « veulent bien rester extérieurement attachés à l'ancienne religion, mais se soucient peu de pourvoir de bons prêtres les chaires et les autels des paroisses qui leur sont contiés. Ils nomment aux cures les pasteurs les plus incapables, gens qui ne savent « ni chanter ui pondre », qui ne prêchent ni ne célèbrent, qui sont incapables d'administrer aucun sacrement, et mènent une vie si peu sacerdotale qu'ils scandalisent les gens jusqu'à la perte de leur àme; non seulement ces mauvais pontifes ne convertissent j)ersonne, mais ils fortifient les vices et les sectes par leur genre de vie criminel; non seulement ils n'édifient point, mais ils détruisent. Malheur à ces prélats criminels qui n'ont aucun souci de donner à leurs ouailles de dignes prédicateurs ! ils sont cause qyie des milliers de chrétiens courent à leur perte. Dieu leur demandera compte un jour de toutes lésâmes que leur négligence a perdues ! » « Une bonne école, » continue Scherer, « est à coup sûr un inestimable bienfait pour un pays ; comment donc ne serait-ce pas une œuvre agréable à Dieu et digne d'un saint pontife d'établir des écoles, de les organiser, de les entretenir, de les encourager? Oh le faux pasteur, qui ne se soucie point de la jeunesse, (\u\ n'a aucun
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zèle pour encourager les arts libéraux, qui ne peut souffrir la compagnie de gens instruits et qui est cause qu'au lieu de l'instruction et des talents, la barbarie, la licence et la grossière ignorance progressent et régnent ! Autrefois on n'étudiait nulle part plus assidûment quedans les couvents, c'est là que se trouvaient les meilleures, les plus splendides bibliothèques. Maintenant le peu de livres que possèdent encore les religieux est rongé par les rats, les vers et la poussière! Ces supérieurs, qui ne font pas observer les règles, qui ne les respectent pas, qui no les lisent pas et ne les ont pas mêmeentre les mains; qui, bien loin d'engager à l'exacte observance et de maintenir leurs frères dans la discipline, mènent une conduite scandaleuse, se livrent jour et nuit à la débauche, aux excès de tout genre, et donnent à leurs compagnons de vie, à tous les prêtres, aux laïques, aux croyants, aux incrédules, aux Catholiques, aux sectaireS;, des exemples abominables, n'ont point un cœur paternel pour leurs frères; ils ne les traitent pas comme des amis, mais plutôt comme on traite des serfs, des sujets vendus, des esclaves, des manants, des valets d'écurie. Ils laissent la licence s'établit dans leurs maisons ; les vices n'y sont point réprimés; ils abusent du bien des églises et des couvents; ils s'endettent, ils dépensent leurs revenus en ripailles, en orgies; ils regardent comme leur propriété ce qui ne leur est que prêté, ils en disposent comme les seigneurs laïques usent de leur patrimoine i. » « II faut encore que je dise, » ajoute Scherer, « que les évêques et les prélats qui exercent deux juridictions, l'une temporelle et l'autre spirituelle, devraient avoir bien plus souci du spirituel que du temporel, car le spirituel n'a pas été établi pour le temporel, mais bien le temporel pour le spirituel. Un prélat plus occupé de chevaux, (le chiens et de piqueurs que de la prière, de l'office, du saintsacrifice ou de la prédication; un supérieur qui prend plus de soin de bien recevoir ses hôtes que de paître ses ouailles, qui songe plus aux bons repas qu'au salut de son peuple, ne mérite guère d'être loué ; non plus que ces supérieurs ecclésiastiques, plus durs envers leurs sujets que ne le sont les laïques. Que devient alors le proverbe qui assure qu'il fait meilleur vivre sous la chape que sous l'armure ^ ? »
Pour le peuple, « la vie sous l'armure, » c'est-à-dire placée sous la domination des seigneurs laïques, était pourtant déjà bien rude ^.
' Eine Prälaten-Predigt, dans l'édition de Munich des œuvres de Scherer, t. II. pp. 364 et suiv.
- Scherer, Postille (Festtage) p. 469. Voy. aussi son sermon pour le deuxième diVnanche après Pâques, Postille [Sonntage), pp. 506 et suiv.
^ WiEDEMANN, t. II, p. 646 dit non sans raison : « La noblesse autrichienne était
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Un très grand nombre de nobles autrichiens entretenaient les mêmes espérances que la chevalerie d'Empire au commencement de la révolution sociale. Sickingen avait cherché à atteindre son but l'épée à la main; mais, avertie par son échec, la noblesse autrichienne voulait maintenant arriver à ses lins lentement, pas à pas, non par la révolte ouverte contre la maison souveraine, mais, selon l'expression de Ferdinand, « en minant sourdement son autorité dans les choses profanes comme dans les choses religieuses», en mettant soigneusement à profit toutes les circonstances favorables.
Le nouvel Evangile lui otfrait le moyen « le plus sûr et le plus commode » d'accroître sa puissance et ses propriétés, k Tout ce qui est bien d'Eglise nous appartient, » déclarait un jour le seigneur Adam de Puchheim ; c et voici ce que nous avons décidé : nous sommes à la fois seigneurs et évêques dans nos domaines ; nous avons droit d'élire ou de destituer les curés, nous sommes les seuls maîtres auxquels ils doivent obéissance ; les biens du clergé viennent de nos prédécesseurs, par consécj uent, ils sont nôtres. Celui qui nous cherche querelle ou qui nous résiste sera promptement averti qu'il y a encore une force dans ce pays K » Adam ^'empara de la paroisse de München reidt, placée sous la protection de l'Empereur, fit entourer l'église de pièces d'artillerie et avertit le curé « qu'il pouvait, si le cœur lui en disait, venir chercher son eau bénite ^ ».
Les nobles usaient avec la même tyrannie de leurs droits de patronage et de seigneurs fonciers. Partout l'introduction du nouvel Evangile débuta parla confiscation des biens du clergé, le dépouillement des églises, l'abolition des fondations cliaritables et des abbayes ^. Bientôt des prédicants, venus surtout du nord de l'Allemagne, afiluèrent dans les châteaux. « Attachés aux sectes les plus bizarres, se détestant cordialement les uns les autres, » ils ne parvenaient à s'entendre que sur un seul point : leur haine commune pour tout ce qui était catholique, La plupart du temps, ils n'obtenaient de leurs nobles protecteurs qu'une « fort maigre pitance », et se plaignaient amèrement de n'être guère mieux traités que des serfs : « Les seigneurs se conduisent partout en vrais tyrans, ils se
alors d'une incroyal)le rudesse de mœurs. Elle exerçait dans ses terres le jus t/lnf/ii, et. pour faire respecter ses droits, faisait pendre, noyer, e.xcculcr selon son bon plaisir. La C«ro/mr/ couvrait ces actes odieux. Ecs fré(pientes séditions des paysans se chargeaient souvent de les commenter. «
' Ausziitje au.i raren Schriften, p. 71.
* V. ILvMMrai-PL'UGSTAi.i., t. I. ajjpcndice, p. 199, n° 94.
■> L'ouvrajjc de Wicdcniann fournit d'abondantes preuves des larcins faits yu.x »aroisses.
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font gloire d'être bons évangéliques, et pendant qu'ils font bombance, dilapident leurs revenus et celui des églises, ils se plaisent à voiries pasteurs pratiquer la sainte pauvreté apostolique; le pauvre curé, sa femme et ses enfants souffrent de la faim, et vivent dans l'angoisse et la misère. » A l'Autriche aussi pouvaient être appliquées les paroles de Mélanchthon : « Ceu.x qui se prétendent évangéliques tirent à eux les biens qui ont été donnés aux prédicateurs, aux écoles, aux églises, et sans lesquels nous finirons par redevenir payens ^. » Le prédicant Nicolas Pretorius écrivait à propos de Salomon Pfefferkorn qui, à Gobelsburg, persécutait durement le culte catholique : « Il semble que je sois né pour vivre toujours sous une autorité impie, injuste, sacrilège et rapace. Monseigneur agit comme presque tous ses pareils. Il accapare à son profit les riches biens ecclésiastiques, et ne donne aux curés qu'uu mince salaire. Traiter indignement les curés et les congédier ensuite sans l'ombre d'un prétexte, telle est, depuis longtemps, son habitude. Les traitements sont mal payés et il est souvent arrivé qu'une commune restât six mois privée de pasteur-. »En beaucoup de villages, la paroisse était depuis cinc], dix, quinze ans sans prêtre et sans culte, de sorte que le peuple oubliait « toute notion chrétienne », ainsi que divers rapports d'enquêtes en font foi : « A Schrattenberg, depuis quatre ans il n'y a point de curé, la paroisse est abandonnée ; à Steinabrunn, même situation depuis onze ans ; le seigneur de Cinq-Eglises confisque à son profit tout le revenu; le même seigneur s'est approprié le revenu de la paroisse de Stiitzenhofen. A Drosing, depuis huit ans, il n'y a point de pasteur^ les habitants mènent une vie grossière et impie. A Geresdorf, depuis quinze ans, point de curé ; le presbytère tombe en ruines, l'église est délabrée; le seigneur Hans Pellram jouit des revenus de la cure; il a vendu le presbytî-re à un mineur, s'est emparé des ornements d'église, et avec les plus belles chasubles il a fait faire des habits à ses enfants 3. » Bien que les nobles fussent presque toujours cause du triste abandon des paroisses, ils étaient assez hypocrites pour répéter très haut, en citant l'Evangile, qu'il fallait absolument obliger lesprédicants à s'élever en chaire contre un pareil état de choses, (f Un grand nombre de paroisses sont sans pasteurs, » disaient-ils, « de sorte que le bas peuple
' Voy. WiEDEMANX, t. I, pp. 7o et suiv.
- «... nobilis, uti fere omois Evangelicus Magistratus Austriacus solct, bonis ecclesiasticis utitur..., etc. Voy. Raupach, Presbyl. Aiistr.. p. 143, note 3.
3 ^YIEdEMA^•^•, t. III (pp. 99, 171, 241-242, 265, 338, 403, note 2, 424, cite d'autres nombreux exemples de l'abandon de tout culte dans un grand nombre de paroisses.
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devient si impie, si grossier, qu'il est presque impossii)Ie de le contenir; il est vraiment semblable à la brute depuis qu'il est privé de tout principe chrétien et de tout sacrement ^. » <f. Sous l'inilnencc de la nouvelle doctrine, » déclarait en 155ß la corporation des meuniers de Kanq), de Mödring et de Falkentlial, « le sentiment de l'honneur , la conscience et la loyauté ont disparu. Le culte est presque entièrement rainé -. »
En 1556, une députation de la noblesse de la Basse-Autriche supplia le roi de prendre sous sa protection la prédication de la véritable parole de Dieu, et de remédier « aux superstitions abominables qui s'étaient glissées dans l'ancienne religion; son devoir était de faire adhérer tous ses sujets à la religion seule reconnue orthodoxe et d'avoir l'œil à ce que rien ne vint plus entraver à l'avenir la mission des prédicants et des maîtres d'écoles évangéliques. La pure parole de Dieu avait été remise en lumière dans toute son intégrité; il leur était impossible d'obéir plus longtemps à l'ancienne religion, qui n'était plus d'accord avec lEvangile. » Ferdinand répondit avec calme qu'en sa qualité de souverain catholique il ne se croyait pas autorisé à renverser les saints préceptes et les lois de l'Eglise. Jamais il n'avait opprimé la conscience de personne, jamais il ne le voulait faire. Lui aussi souhaitait que la parole de Dieu fût prêchée en tous lieux dans toute son intégrité et d'après son sens véritable; mais selon que l'avaient enseignée les Apôtres, les saints martyrs, les docteurs et les pères de l'Eglise. S'il consentait à laisser prêcher cette divine parole d'après la conscience, la conviction, le sentiment de chacun, on verrait bientôt les hérésies, les sectes les plus extravagantes envahir les provinces de la Basse-Autriche. Chacun s'imaginerait avoir seul pénétré le sens des Ecritures et, s'en rapportant à son propre jugement, déclarerait ne devoir obéissance à aucune créature et ne vouloir se soumettre qu'à Dieuseul. L'expérience avait suffisamment prouvé ce que devenait l'unité de la foi lorsque l'individu interprétait à sa guise la sainte parole de Dieu^.
En effet, cette expérience l'Autriche l'avait faite depuis bien des années. En 1500, un nouvel édit du roi parut contre les dissidents, en particulier contre les Anabaptistes, \g& Zwingliens et les disciples de Schwenckfeld, toujours plus nombreux dans la contrée ''. Outre
' 11A.IJPACH, Euangel. Oe.slerreich, t. Il, pp. 75-82. Appciulicc. Vov. Wh;di;mann, t. 1, pp. .^6-86.
- WlEDEMANN, l. III, p. 133.
2 Srujyrz, Aiissc/iusslar/ voîi JÔ56, voy. A rc/iio fur ûslci-i'cklnsdici' Gcschiclilsquellen, t. VIII, pp. 160-107. WiedeaianiV, t. l,pp. 140-148.
^ WuiDEMANJS, pp. 14y-lbü.