‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 403 sur 572 · ÉTAT RELIGIEUX ET MORAL DES TERRITOIRES ECCLESIASTIQUES. H · texte numérisé non relu

ÉTAT RELIGIEUX ET MORAL DES TERRITOIRES ECCLESIASTIQUES. H

très peu d'hommes assistassent encore aux offices du dimanche ; l'auditoire se compose en grande partie de vieilles femmes et d'enfants. Autrefois, à Pâques, des centaines de chrétiens se pressaient autour de la table sainte ; aujourd'hui, c'est à peine si sept ou dix personnes s'approchent des sacrements à cette époque de l'année. C'est avec une profonde douleur qu'on a vu un jour, en pleine rue, un prêtre portant le Saint-Sacrement à un malade assaiUi par de mauvais garnements qui déchirèrent ses habits et, après l'avoir fait tomber dans la boue, lui en salirent le visage. Un autre, tandis qu'il prêchait sur la Sainte Vierge, reçut une poire eu pleine figure, ce qui provoqua les rires de toute l'assistance. A Schärding, depuis quelques années, le jour de Pâques, on vide un grand tonneau de bière à l'église. Un curé a vu son presbytère incendié pour avoir refusé de prêcher à la mode évangélique sur la résurrection de la chair ; s'il exhorte ses auditeurs à faire pénitence, ils le menacent de la potence, disant que ce sont là de vieux rabâchages et qu'il ne faut plus leur parler de toutes ces « mômeries papistes ». Au lieu d'aller à l'église, de se confesser et de jeûner, on fait bonne chère ; le blasplième, l'adultère, le meurtre deviennent fréquents, la licence règne partout, et les édits, les menaces des autorités ne servent absolument à rien; il n'y a plus de crainte de Dieu, et la liberté évangélique dont on se vante n'est que le lionteux manteau de tous les vices -. »

Comme l'Autriche et la Bavière, l'archevêché de Salzbourg, enclavé entre ces deux pays, se trouvait, sous le rapport religieux, dans la plus déplorable situation. Ernest de Bavière (-f- 1354) et Michel de Khüenburg (-f- 1560) avaient pourtant donné les plus nobles exemples. « Ernest était zélé, exemplaire, économe; Michel, de mœurs irréprochables, exact à tous ses devoirs, bienfaisant envers les pauvres, surtout envers les étudiants ^. »

Les chanoines, au contraire, au dire d'un réformateur catholique, menaient une vie scandaleuse. « En général, ce sont des laïques, issus de la plus haute noblesse; gens querelleurs et turbu-

' Pour plus de détails, Voy. Sugenheim . pp. 53-53. Aretix , Maxiiniliuii , pp. 86-88.

- Vom Jammer, etc., feuilles 7, 10.

3 Voy. WoLF, Geschichtliche Bilder, pp. 176-177.

-120 HTAT nEl.lGIEUX RT MORAL DKS TERRITOIRES ECCLESIASTIQUES.

lents, qui auraient honte d'être pi'êtres et méprisent toute la cléricailie; ils ne paraissent point au cliœur, mais souvent aux festins et aux orgies; la plupart seraient très disposés à se marier et à apostasier, comme quelques-uns ne se gênent point pour le faire entendre '. » Les chanoines avaient accaparé tout le gouvernement ecclésiastique; les archevêques de Salzbourg, comme ceux de Vienne, n'étant plus que de véritables zéros. Parmi les simples prêtres, créatures des grands seigneurs, les scandales abondaient. Beaucoup n'avaient qu'un seul désir : se marier, ne plus entendre les confessions, ne plus porter les derniers sacrements aux malades. Les nobles, patrons des paroisses, ne songeaient de leur coté qu'à s'enrichir en mettant la main sur le bien d'Eglise -. « Les gros bourgeois de Salzbourg,» écritun chroniqueur,« dédaignent d'aller à la messe et ne se confessent plus. Ils se rendent dans les localités voisines pour assister au prétendu service divin des Luthériens, donnent à leurs enfants des maîtres sectaires, ou les envoient aux gymnases luthériens, de sorte qu'un très petit nombre de bourgeois est resté catholique. Il est à craindre que tout rarchevêch('^ ne passe à l'hérésie. Les sujets ont fort peu de rapports avec les pasteurs pour les choses spirituelles. Dans les villages, sur mille habitants, à peine si, le dimanche, vingt ou trente paraissent à l'ol'hce; les jours de fête, en dehors du curateur, du juge, du sacristain, il n'y a personne ^. » Lorsque l'archevêque de Salzbourg fut invité à se rendre au Concile, il s'excusa en disant qu'il lui était impossible de s'absenter « à cause de l'hérésie cachée dans beaucoup de cœurs ». On venait de l'informer d'un complot ourdi par les mineurs avec le Tyrol pour le massacre général des prêtres et des nobles ''.

Les évêchés de Bamberg et de Wurzbourg « pullulaient de prédicants sectaires », et les nobles ne se gênaient point pour dire ouvertement qu'il fallait prendre un grand parti, que les évèqucs allaient devenir princes laïques et que les seigneurs érigeraient en iiefs héréditaires les églises et les abbayes; qu'ensuite on installerait des prédicants de la « pure doctrine» dans les paroisses. Déjà ils avaient commencé, là où la chose avait été possible, à mi'ttre la main sur le bien des monastères, sur les bénéfices et prébendes; plus d'une fondation charitable avait été supprimée,en totalité ou en partie"'. Les lettres du jésuite Canisius sont j)lcinos de lamen-

' Vom Jdtniner, cLc. 1'. ".

2 Vttiii Jammer, etc., (. 9-10.

•' Tiré du tableau de la llcForiiialion de Stoiiiliaurer, dans W'ni.r, Gcachiclill. Bilder, pp. 177-179.

* BucuoLïz, t. VIII, ]). 41ü.

'- Vom Jammer, etc.. 1'. 12.

Page 1