MOTIFS DE LA DÉGADEXCE DE LA RELIGION ET DES MOEURS
tations sur les scandales de Bamberg et sur les désordres du clergé de Wurzbourg. Dans cette dernière ville, toutes les fonctions publiques étaient en désarroi ; l'évêque n'osait, sans une bonne escorte, quitter sa résidence pour se rendre à sa cathédrale; peu de nobles franconiens étaient restés fidèles à l'Eglise.
Dans l'évêché de Fulda « un grand nombre de prédicants appartenant à diverses sectes travaillaient à convertir la noblesse et trouvaient très peu de résistance dans le clergé. Du reste ces prédicants se plaignaient hautement de l'abandon où les laissaient « les seigueurs de la chevalerie », leurs patrons, et leur reprochaient d'accaparer à leur profit le bien des églises et des abbayes sans laisser rien pour l'entretien des églises ; aussi étaient-elles dans le plus triste délabrement, et quelques-unes ressemblaient-elles «à des étables à porcs». Les traitements des desservants étaient si minimes qu'ils vivaient presque dans la misère; après leur mort, leurs femmes et leurs enfants étaient réduits à la mendicité. Eu beaucoup de localités la population leur était hostile et les regardait comme les plus vils des hommes: on ne voulait plus de prêtres, plus de sacrements; il n'y avait pas d'écoles, elles gens devenaient « de vraies brutes 1 )). Les princes Abbés, toujours menacés par la Hesse, étaient forcés de laisser faire. « A Fulda, le mal avait été si loin, les esprits étaient tellement excités que les vassaux des Abbés Wolfgang et Guillaume (1570) réclamaient avec d'insolentes menaces l'abolition du culte catholi(}ue et rétablissement de la Confession d'Augsbourg -. »
L'archevêché de Mayence, surtout dans l'Eischsfeld, était tellement envahi par les novateurs qu'à peine s'il s'y trouvait encore quelque vestige de foi catholique. Dans plus d'une commune le nouvel évangile avait été introduit au moyen des mousquets et des piques. « Certains nobles, » lit-on dans un mémoire de l'archevêque, « ont osé s'emparer par la force des paroisses de l'Eichsfeld; ils se sont arrogé le droit d'y établir des prédicants, détournant les pauvres sujets et vassaux de la religion catholique qu'eux et leurs pères avaient fidèlement observée jusquelà, et cela par toutes sortes de promesses, de pamphlets injurieux et même, quelquefois, de mauvais traitements. Quant au bien d'Eglise, ils s'en sont emparés ^. » Là comme ailleurs, le clergé, surtout le clergé régulier, était cause, par ses honteux désordres,
• Cité dans les ; Cliristealichen Erinalinunfjen an die lieben Deulschen (1571), f. 2, 5.
- Voy. KoMP, Geschichte der Fuldaer Jesuitencollegs, p. 7. ^ WoLF, Eichsfeld, pp. 171-181.
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des progivs du Luthéranisme K « Le clergr rrgulier se conduit de telle sorte, »écrivait en lo5'4 Melchior d'Ossa dans son journal, «que des payens et des Turcs, pour peu qu'ils eussent quelque raison, auraient honte d'agir comme eux. Les chanoines vont au chœur sans aucune dévotion, babillent tout le temps de l'office, et ne font attention à aucune leçon do la sainte Ecriture. Les plus graves questions théologiques font lesujetde leurs plaisanteries. Beaucoup disent que plutôt que de se convertir ils se feront luthériens -. »
« La licence tolérée par la nouvelle religion, »écrivait en lo'iSl'évêque d'Augsbourg Christophe de Stadion, prélat si zélé pour la réforme, « favorise grandement les mœurs détestables du clergé '^ » « Le Protestantisme latent de beaucoup de prêtres restés extérieurement catholiques, » écrivait l'archevêque de Trêves, Jean de Leyen, au jésuite Jean de Reidt, « fait beaucoup plus de tort à l'Eglise et aux Catholiques qu'une franche apostasie '\ »
Ferdinand disait en 1559 aux niembres ecclésiastiques de la Diète d'Augsbourg : « Aujourd'hui qu'on hésite tant à réprimer les vices, on voit parmi nous beaucoup plus de révoltes et de misère que du temps de nos pères, alors que l'Eglise n'était pas à beaucoup près aussi attaquée qu'aujourd'hui. Un grand nombre d'abbayes, autrefois modèles de discipline chrétienne, de concorde et de paix, sont infectées par le vice; les scandales y abondent et, en même temps, il y a un tel désordre dans l'administration que les revenus sont dévorés, en sorte que les pauvres gens sont privés des aumônes auxquelles ils ont droit. Les choses se passent au rebours des intentions des pieux fondateurs, et leurs dernières volontés sont méprisées. Et ce qu'il y a de plus regrettable, c'est que beaucoup de pieux et honorables prêtres et religieux portent la peine de ces graves abus et subissent à cause d'eux toutes sortes d'outrages et de sanglants affronts. »
« On rogne tellement la portion aux curés et pasteurs des âmes,» avait ajouté l'Empereur, « ils hnissent par être si bien dépouillés qu'il y a grande pénurie de prêtres instruits et capables, et qu'il devient extrêmement diflicile d'en trouver pour annoncer la parole divine et administrer les sacrements. Là où ils s'établissent, ils nepeu-
1 Voy. par cxcmi)lc lu Reformatio KccL colleçjiatac ad St Martiniun HciUijensladii, dans '\\oiA\/Cic/i.sfclil, pp. 80-<Sü. Là sont censurés entre autres vices:« perjmlalioncs, scortalioncs, concubinalus, rixae, contentiones. » Sur l'iiisloire lie la ville cpiscopalc de Worms à cette date, voy. Goknklv, p. 76, Rii;ss, p. 1207.
* La.nüknx, Melcliior von Ossa, pp. döl-155.
'■> Lakm-mkr, Mon. Vatic, p. i02. Voy. j). 412, l'opinion du cardinalardievèiiuc de Mayencc à ce sujet.
* ♦ Dépochc du 27 déccniLirc loüO. Voy. ^ as haut j). Ü7, note /