POSITION DÉSESPÉRÉE DES CATHOLIQUES. 1 5 () I
être inquiétés, la permission de célébrer leur culte dans une église de la ville et l'autorisation d'y installer des prédicants. (( Tant d'exigences semble vraiment étrange, » disaient les Catholiques, « de la part de ces princes qui, personne ne l'ignore, n'ont d'autre désir que d'extirper jusqu'au dernier vestige de Catholicisme dans leurs domaines et prétendent trouver dans la Confession d'Augsbourg la justification de leurs actes! Mais Sa Grâce l'Electeur de Trêves, ([ui a tout aussi bien qu'eux le droit de décider sur la religion de ses sujets, leur a répondu comme il convient. » Fort heureusement pour l'Electeur, les ambassadeurs des princes luthériens acquirent la certitude que, dans cette affaire, le Calvinisme était en jeu; or ils ne voulaient rien avoir à démêler avec lui. Ils furent obligés d'avouer que les accusés, sous prétexte do défendre la Confession d'Augsbourg, avaient conspiré contre la paix civile et religieuse, qu'ils avaient exercé dans le pays la haute et basse justice, et installé dans les paroisses des prédicants calvinistes ^. »
La paix fut rétablie.
Les prédicants et les autres prisonniers furent exilés par ordre de l'Electeur et du Conseil, ainsi que tous les « Confessionistes» qui refusèrent de rentrer dans l'ancienne religion. En tout, il veut trente-cin({ personnes atteintes.
Mais bien que l'orage fût pour le moment conjuré, l'Electeur, qui ne pouvait espérer aucun secours de ses collègues catholiques, vivait dans des transes continuelles. Au dedans, il craignait l'émeute, au dehors l'intervention des princes luthériens ses voisins. « Les Protestants, » disait-il en mai 1561 au nonce Commendone, « ne se contentent pas de la paix d'Augsbourg; bien qu'elle ait été conclue au grand préjudice dos Catholiques, ils n'en respectent pas les articles, et cependant ils contraignent les Catholiques à les observer, cherchant tous les jours à les interpréter à leur profit. )> L'Électeur n'osait quitter son archevêché de peur d'exposer sa religion et ses états à un danger certain, auquel il serait impossible de remédier -.
CommendonC;, qui parcourait alors l'Allemagne chargé d'une mission du Saint-Père, a laissé des notes intéressantes sur la situation sans espoir qui faisait redouter à tous les Catholiques la ruine complète et prochaine do leur religion.
(( Le nombre des hérétiques, » écrit-il, « croit de jour en jour; non seulement ils sont en majorité parmi les princes laïques, mais dans les pays catholiques régis par des princes ou des évèqucs,
' Marx, Olevian, pp. 63-0o.
* Voy. Rei.ma.nn, Senduny des IVanlius Commendone, p. 2G3,
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riiérésic divise et empoisonne tous les esprits, do sorte que les gouvernants peuvent à peine compter sur leurs sujets et n'obtiennent d'eux nilescontribütionshabituelles,ni l'obéissance ([ui leur est duo. » « Le zèle des princes protestants est aussi étonnant que l'apathie des Catlioliques.On dirait, en vérité, que ce sont les nôtres qui enseignent que la foi suffit sans les œuvres, tant ils semblent peu désireux de remédier aux maux actuels. Les Protestants, au contraire, bien qu'ils soient hors de la vérité, et pour cette raison ne puissent parvenir à s'entendre, se soutiennent les uns les autres pour se donner l'air d'être d'accord. Mais ce n'est pas seulement la paresse, l'indifférence qui rendent les nôtres impuissants, c'est la peur. Nos princes n'osent pas agir; ils s'accoutument ä supporter les affronts les plus humiliants.» « Si l'on ne parvient à les unir et à les affranchir de la crainte servile qui les paralyse, il faut, selon moi, désespérer presque entièrement de la cause de la religion. »
Ceci était surtout vrai dans les évêchés. « En général, » dit encore Commendone, « les prélats n'ont qu'un seul conseiller ou serviteur dévoué; ils ne savent à qui se fier; beaucoup vont jusqu'à entretenir de fervents Protestants à leur cour et se servent d'eux dans leurs négociations avec les princes luthériens. Des hérétiques déclarés ou bien des personnages soi-disant « neutres », comme il s'en trouve tant en Allemagne, sont élus évoques ou coadjuteurs, ce qui laisse pou d'espoir de voir s'améliorer la situation de l'Eglise, ou du moins de voir les évoques et les chapitres s'intituler les fils obéissants du Saint-Siège. Aussi n'est-il pas étonnant (pie les chanoines d'un grand nombre d'églises se déclarent ouvertement pour la religion nouvelle. Quelques-uns sont poussés par l'ambition; voyant qu'ils ne peuvent être élus sans l'agrément des princes et qu'ils ne l'obtiendront qu'en se disant luthériens, ils se hâtent dapostasier. Les chapitres vont jusqu'à cliarger les nouveauxévêques de l'administration des biens ecclésiastiques avant qu'ils n'aient obtenu la sanction papale. i)u reste, on commence à moins se préoccuper de cette sanction. Beaucoup ne la solliciteraient même pas si leurs débiteurs fou détenteurs du bien d'Eglise) n'exigeaient (|ue cette formalité soit remplie et qu'on leur montre le rescrit du Pape; sans cela, point de traitement. Mais il est à croire que, là comme ailleurs, les hérétiques trouveront bientôt moyen de sortir d'embarras '. »
Telle était la situation dans les territoires d'Empire restés sous la domination des princes catholi<pies ou à demi catholiques, au moment où Pie IV négociait avec l'Empire et les grandes puissances au sujet de la reprise du Concile général.
' RiiM.vNN, Sendumj, jij), 2iiG et suiv.