NÉGOCIATIOXS RELATIVES A LA REPRISE DU CONCILE DE TRENTE
1560-lo61 .
Après le pontificat do Paul IV, si désastreux pour rEgliso, les cardinaux, assemblés en conclave (septembre 1559), avaie'nt tracé d'avance au pontife futur les graves et impérieux devoirs qui allaient s'imposer à lui : Travailler de toutes ses forces au rétablissement de la concorde entre les princes chrétiens; veiller avec sollicitude à l'extirpation des hérésies, rouvrir le Concile général, et surtout procurer la réforme de l'Eglise et de la curie romaine i. Jean-Ange Médicis,qui monta sur le trône pontifical sous le nom de Pie IV, s'était engagé à remplir ces difficiles obligations 2.
Avant son élection, il avait eu un long entretien avec le cardinal d'Augsbourg qui, de concert avec le jésuite Canisius, avait fait, sous Paul IV, de longs et inutiles efforts pour réconcilier Ferdinand avec le Saint-Siège et obtenir la reprise du Concile. « Le nouveau Pape, lui avait dit Otto, «devra se consacrer tout entier aux affaires de l'Eglise d'Allemagne. L'Allemagne est encore à moitié catholique, mais elle renie de plus en plus sa foi, et il est à craindre que, d'ici à trois ou quatre ans, elle ne l'abandonne entièrement si, du' côté du siège apostolique, elle ne trouve consolation et appui. ;)Ange de Médicis avait répondu : « Quant à vos Allemands, la première chose à faire, c'est de rouvrir le Concile et de voir si, par rapport au mariage des prêtres et au calice laïque, il sera possible de leur faire quelques concessions. Un Pape selon le cœur de Dieu ne manquera pas de tout faire pour leur donner satisfaction. N'en doutez pas, on viendra à bout de remédier au mal 3..) Otto, pour sa part, necro'yait
* ('Onventiones inter cardinales in condaui inUœ.Vov Sickel nn 1" l."? « liaynald ad a. i550, q°» 37, 38. " 'il- •^•
» Awjastani Cardinalis confessio, dans Sickel. pp. 17-18. Voy. la rcladon de Vargas, 18 oct. loo9, dans Dülli.nuer, Duc, t. I, p. 278.
130 N1':GüCI\T10NS sur la RKOÜVEUTUlMi; UV CONClLi:. loOO.
pas que des caucessioiis pussent ramener les Proteslants ; mais il avait témoigné au cardinal Médicis toute la joie qu'il éprouvait de le voir « si bien disposëpour l'Allemagne, si conciliant, si zélé pour le Concile et la rélbrine ». « Tout ce que Paul lY a compromis par un zèle maladroit, » écrivait-il le 1" février 156J au duc de Ikvière avec lequel ilétail Tort lié, « Sa Sainteté le répare par sa mansuétude. Pie IV est atiable, pacilique, modeste, juste, paternel envers tous, concitoyens, voisins et sujeLs. H est bou pour les riches comme pour les pauvres, très actif, et plein de droiture K »
Le i^o mars 1550, une bulle pontilicalo annonçait à tous les chrétiens la réouverture du Concil de Trente-: par lenlremise de ses nonces, le Pape entra en négociations à ce sujet avec l'Empereur et Philippe 11. La situation de l'Eglise de France, menacée d'un schisme^ commandait de se hâter. Au duc Albert de Bavière qui, pour ménager les Protestants, conseillait de réunir préalablement la Diète, le cardinal Ütto écrivait le 18 mai ; « Sa Sainteté lie peut attendre plus longtemps, car non seulement la nation allemande, mais les autrespuissances chrétiennes ontunurgentbesoin du Concile. D'ailleurs, il n'est point de moyen plus sur, plus eflicace de prévenir tous les maux qui nous menacent. Je ne dis pas qu'auparavant il ne l'aille rélléchir à la meilleure manière de commencer, de continuer et de conclure; je suis aussi d'avis qu'on ne peut rien faire avant de s'être bien concerté; mais ce que j'entends dire de tous côtés me fait craindre que le malin esprit ne fasse tous ses efforts pour susciter des obstacles, obtenir des délais, et qu'on ne mette plus d'ardeur à disputer sur les préliminaires que d'énergie à presser les choses. Prenons garde de laisser perdre toutes les bonnes occasions qui s'olfrent à nous et de faire ainsi le jeu de nos adversaires; une Diète de plus ou de moins ne décidera ])as les membres d'Empire protestants à venir. Leur unique désir, c'est de le différer et d'y mettre des entraves : que de Diètes n'avuns-nous pas vues s'achever sans avoir rien produit «^ ! »
Le 14 mai, la Hotte turque détruisit i)resque entièrement fa flolle chrétienne * aux environs de Dschwerbe. A Home, on s'attendait atout. « Sa Sainlelé, » mandait Utto le ''ÀO mai à Munich, eu donné ordre aujourd'hui de garnir les forts du côté de la mer, car si l'armada le voulait, il lui serait bien facile de tenter la conquête do Uome. (Jue Dieu protège la Chrétienté ! » Le cardinal n'en pressait
' Dans Hadku, j). 130. Voy. j.. 12.S.
- CvriuA.NU.s, Tabellariuin, \\. 'Jl.
^ Dans ÜAUiiu, pi). Iüü-iü7.
* Hammlu, IJetick, des usnianichcn llciclics, t. Il, p. 3U1 .
M:{iüClAT10>S Süll LA RÉOUVERTURE DU CON<;il-E. ioÖO. ['ô[
que plus vivement Albert d'agir sur l'Empereur, afin qu'il pressât les choses : « Une longue expérience nous a convaincu depuis nombre d'années du mal et même de rextrême péril qui naissent des atterraoïements, des hésitations, des égards; non seulement l'Empire, mais la Chrétienté tout entière en ont grandement souttért. Il faut servir la cause de la religion le cœur rempli de contiance en Dieu, et non de crainte et d'anxiété; il laut mettre en lui notre inébranlable espérance, et aller en avant avec un intrépide courage. Soyons eullammés d'amour pour Dieu ; lortifions-nous en attendant tout du Christ ; alors, aucune puissance humaine, non, pas même la puissance du démon, ne pourra empêcher la cause de Dieu de triompher. Je ne crains que les délais, parce qu'ils servent les desseins de nos ennemis et leur l'ournissent un prétexte pour s'obstiner dans leur révolte ^ »
Comme la réponse de l'Empereur et celle de Philippe II tardaient à venir, le Pape convoqua à Rome, le 3 juin, tous les ambassadeurs des puissances étrangères, et leur déclara qu'il était fermement résolu à rouvrir le Concile envers et contre tous : « Nous voulons le Concile, nous le voulons à tout prix, )> leur dit-il; « nous le voulons libre et général. Si nous étions moins ferme dans ce dessein, nous ris- (luerions de laue attendre trois ou quatre ans la Chrétienté, rien qu'à cause de la ditîicuUé de s'entendre sur Je lieu de la réunion. Pour éviter ces retards, le mieux sera de reprendre nos séances à Trente ; plus lard, on pourra choisir tout autre endroit qui paraîtra préiérable. » Le Pape dit ensuite aux ambassadeurs de Venise; « Le Concile jouira d'une pleine liberté et corrigera ce qui esta corriger, n'épargnant ni notre personne, ni notre administration ; mais quant aux dogmes, nous sommes résolu à ne pas les laisser entamer, non plus que les droits du Saint-Père, qui doit rester à la tête de la Chrétienté comme il l'a été jusqu'à présent et comme il est nécessaire qu'il le soit toujours. Le Concile ne s'assemblera pas dans une ville dépendant directement de l'Eglise, car il a besoin de toute sou indépendance, et rien ne doit embarrasser son action -. »
Mais l'Empereur, qui redoutait extrêmement de froisser les Prolestants, souleva des objections nouvelles, et l'on put craindre un moment la ruine de toutes les espérances qu'on avait conçues.
Les oonseillers de Ferdinand, dont une partie étaient secrètement protestants, le vice-chancelier Seid et le docteur Georges Gienger,
* Bader, pp. 1Ü6-170.
* Rapport de l'ambassadeur impérial, 3 juin 1500. Voy. Sickel, p. 48. Voy. Rei.m.vn.\, UnterhandUui'jen, pp. 59i-593. Ranke, Päpste, t. I, p. 328. Dlcholtz, t. VllI, p. 374.