‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 429 sur 572 · LE CALVINISME DANS LE PALATINAT · texte numérisé non relu

LE CALVINISME DANS LE PALATINAT

culte ne se donna pas 'seulement carrière dans ses propres états, mais encore dans les églises et abbayes où le droit de patronage était partagé entre lui et d'autres princes. Il lui arriva même quelquefois de persécuter des couvents où il n'avait aucun droit d'intervenir. C'est ainsi qu'en octobre 1564, au village de Dirmstein qu'il possédait en commun avec l'évêque de Worms, il fit briser tous les autels et tableaux, détruire ou enlever tout ce qui ornait l'église. « Le nouveau Josué, le très pieux Frédéric, » comme l'appelaient les théologiens de sa cour, choisissait souvent; pour accomplir ces hauts faits, les moments de l'année particulièrement chers au cœur catholique. Un vendredi saint, il parut tout à coup, accompagné de plusieurs théologiens, à l'abbaye de Saint-Michel de Sinsheim. Cette abbaye avait été fondée par un évêque de Spire et n'avait aucun lien avec l'Electorat palatin; mais, sans'paraîlre s'en souvenir, l'Electeur, suivi de quelques ouvriers, fit forcer la grille du chœur de l'église abbatiale, donna ordre de briser les autels, les statues, les sculptures sur bois, fit enlever les ornements d'églisC;, les trésors de sacristie, le venerabile (ostensoir), les hosties consacrées, les crucifix, les psautiers, les gradualiOus, les antiphonaires, et fit dresser avec tous ces objets un immense bûcher auquel il fit mettre le feu en sa présence.

chancelier du marçravc vient au couvent, il court au dortoir sans que nous a\"ons clé averties de sa venue ; dès que nous l'entendons crier, nous nous sauvons, remplies d'épouvante. Alors il va dans les cellules, tantôt celle-ci, tantôt celle-là ; il semble avoir perdu la raison; il se conduit de la manière la jilus indécente; nous]n'aurions jamais pu sauver notre honneur si nous ne nous étions soutenues et défendues les unes les autres. » En vain les relifi'ieuses répétaient aux agents du margrave qu'autrefois ou ne laissait aucun pauvre frapper inutilement à la porte du couvent et que maintenant on les chassait comme des chiens, qu'on ne leur donnait pas même un morceau de pain par charité, bien que le couvent eût été fondé pour distribuer des aumônes et secourût autrefois la plus grande partie des pauvres du pays. Les revenus du couvent lurent confisqués, les autels, les statues brisés ; ce ne fut qu'au bout de huit ans que vint enfin pour les religieuses « le moment de la délivrance » ; c'est-àdire le moment de s'expatrier. « Lorsque nous sortîmes du couvent, une telle foule de gens de tout âge s'assembla autour de nous que de ma vie je n'avais vu autant de monde. Tous pleuraient; surtout les pauvres se lamentaient; ils nous ont accompagnées pendant fort longtemps. » « Au moment du départ, les filles de notre intendant pleurèrent fort. Leur père s'emporta contre elles et leur donna de violents coups de pied et de poing, disant que, puisque le diable nous emmenait, il ne fallait pas tant pleurer sur nous. » Les pauvres expulsées se rendirent à Kilchberg (Königsberg) dans le comté de Hochberg, où elles trouvèrent un refuge chez des religieuses de leur ordre. En Saxe, les couvents de femmes n'eurent pas à endurer de moins durs traitements. Qu'on lise le récit de l'expulsion, dans Weber (Aus vier lahrhunderlen. Neue Folge, t. III, pp. 19-21), des religieuses de Sainte- Croix, à Meissen. Toutes les tentatives pour les décider à apostasier étant restées inutiles, Auguste donna l'ordre, le 2 septembre 1557, de retirer tout moyen de subsistance aux sœurs qui, à la Saint-Martin, « n'auraient pas encore renoncé à l'idolâtrie et persisteraient dans leur erreur ».

'20i F.ES LUTIIÉRIRNS SUR L'ÉLECTEUR CALVINISTE AU TALATLNAT.

Le jour suivant, il agit de ra(^mc dans l'église paroissiale de Steinfurt, qui appartenait à l'abbaye. Un autre vendredi saint, il renouvela les mêmes actes dans la paroisse de Ladeubouri;, annexée à 1 evêché de W'orms^ et dans l'hôpital du même lieu. 11 lit aussi brûler les bibliothèques. « Le 9 mai 150;5, » lit-on dans un rapport du temps, « l'Electeur pénétra, suivi- d'une troupe armée, dans l'abbaye de Neuliausen.qui relevait directement de l'Empire, et il en prit possession. Tout y lut saccagé et brisé en sa présence : autels, tableaux, orfèvrerie ; les psautiers, les manuscrits, les livres furent livrés aux flammes; les seigneurs de l'abbaye conduits en prison; leurs biens mobiliers et fonciers confisqués. » Dans les autres localités dont nous avons fait mention, l'Electeur s'était également approprié tout ce qui lui avait paru de quelque valeur i. Le margrave luthérien Philibert do Bade se plaignit que^ dans l'ancien comté de S[)onheim, sur lequel lui et Frédéric avaient des droits égaux, l'Electeur, malgré le traité d'Augsbourg, eût opéré des changements dans le mode d'administrationde la Gène, brisé les images et introduit l'hérésie calviniste -. Les chevaliers, la bourgeoisie et le Conseil d'Oppenheim lui reprochèrent également détre venu inspecter leurs paroisses avec ses prédicants, d'avoir illégalement destitué le pasteur luthérien et le maître d'école pour établir en leur place des personnes de son choix ; d'avoir ordonné le dépouillement des églises, enfin d'avoir exigé de nouveaux prélèvements sur le casuel de la paroisse •'.

* Pour plus de détails, voy. Struve, pp. 170-187. Sur Sinsheim, voy. H. WiLifFj.Mi, dans les publicalioiis du la Société des autifjuitcs du ^-rand-duché de Bade, t. I, pp. 2S8 et suiv. A Ladenburg^, les images avaient déjà été brisées en partie. Un prédicant du lieu s'abandonna en chaire à toutes les violences de langage imaginables contre révêquc de Worms; à plusieurs rejjrises, il brisa des statues ou tableaux à coups de poing, à coups de massue, en brûla d'autres ; il se vantait de tous ces actes. Pendant que l'évèque, la veille de Noël 1564, chantait les vêpres avec le curé et le chapelain, le prédicant vint troubler l'ollice aidé du maître d'école et de ses élèves, et accabla l'évéque d'injures. Lorscjue ce dernier porta plainte à ce sujet à l'Électeur, l''rédéric lui renvoya sa lettre cachetée. Voy. Scnucii, J'u/il. und KircheiKjech von Ladcnbiirg (Heidelberg, 1843), pp. 15t)-157.

« Les conseillers de Hesse au Landgrave Philippe, 19 avril 1506; voy. Kluckiiou.n, Briefe, t. I, p. 655. Sur la « réfornialion » crtecluée par Frédéric à Oppenlieim, voy. l'article de [«'ALKii sur des actes et documents inédits dans les Histur. J'ul. lildtlci; t. C, pp. 255-5äti7. (Jn y lit entr'autres choses : « Sa Gr.ice Electorale a aboli les derniers vestiges de l'idolâtrie, la récitation des heures, etc. Les statues, tableaux, autels et tout ce <pii avait servi au culte idolâtre, les v^te. mcnts, ornements, etc., tout a été enlevé. » A Oppenheim on exigea <|ue non seulement les autels mais aussi les crucifi.x et a les autres idoles » placés devant la porte fussent brisés; que les trois crucifix surmontant les tombeaux des seigneurs de Dienheim lussent enlevés. Les oratoires des charnjis furent aussi détruits ; permission tut donnée à tous d'enlever le bois, les ardoises, les pierres. «

^ Kluckiiühn, Uriefe, l. 1, p. 658, note 1.

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