CHAPITRE XV
ATTITUDE DE MAXIMILIEN II PAR RAPPORTA LA RELIGION.— NÉGOCIATIONS RliLATlVES AU CALVINISME DAISS LE PALATINAT.
Ferdinand assistait impuissant aux progrès du Protestantisme à IV'lranger aussi bien qu'aux luttes religieuses à l'intérieur. Gomme il le disait un jour à un religieux franciscain, il était trop occupé de refouler les Turcs et de réprimer l'hérésie dans ses pays liéréditaires, pour avoir le temps de beaucoup songer à l'Allemagne *. Le Pape avait énergiquemcnt protesté contre le traité d'Augsbourg approuvé par l'Empereur, traité qui sanctionnait officiellement la scission religieuse et donnait force do loi à cet axiome arbitraire : « Tel maître, telle religion: » mais d'ailleurs il rendait pleine justice aux bonnes intentions de Ferdinand, et il écrivait le 26 décembre lo56 à Maximilien : « Vous ne sauriez, au temps oij nous vivons, trouver de meilleur modèle à imiter que celui de votre père, dont la piété et la crainte de Dieu sont connues de tous'^. » L'Empereur avouait que le Saint-Père lui reprochait à bon droit le peu de soin qu'il avait pris de faire élever son fils dans la religion catholi(jue ; à diverses reprises, il exprima sa douleur de voir le jeune prince « infecté dès sa jeunesse du poison de l'hérésie nouvelle ». Wolfgang Stiefel, disciple de Luther et de Mélanchthon, avait été le premier instituteur de Maximilien ■'. Son aumônier^ Jean- Sébastien Pfauser, s'intitulait, il est vrai, prêtre de l'Eglise romaine et parlait en catholique toutes les fois que l'Empereur était présent, mais en réalité c'était un partisan déclaré de la religion nouvelle ''. Mélanchlliou avait approuvé ses principes; il rejetait la messe, combattait la suprématie du Pape et, dans ses sermons, traitait les Catholiques de « fous, d'enlêl('s, de hâbleurs et de séducteurs des âmes ». « En 1558, le jour de Noël, il prêcha avec tant iremportement contre le Saint-Siège et l'Eglise catliolicjue (|ue, même dans
' Wider die scclirischen Iiunii)/iri)i<ic/ier, pp. 5-0.
* Hav.nai.i.. (id (I. inriCi, M°« 10 et 17.
' S(.iiiii.iioii«, h'n/ij/clic/i/ccitfn, t. I, pp. IM) '.)i.
* Sur l'fauser, voy. Siuouiii., Doc, l. I, |)p. S.'lS, 3V0.
ATTITUDE DE MAXIMILIEN PAR RAPPORT A LA RELliilOA. 2iS
les villes zwinglieniies, » écri vait l'archevêque de Salzbourgà l'Empereur, (( un pareil langage n'eût pas été tolérée » Gomme il fallait s'y attendre, son élève Maximilien montra de bonne heure des sympathies pour la Confession d'Augsbourg"^. Dans ses lettres confidentielles aux princes protestants, surtout à Christophe de Wurtemberg, il s'exprime de manière à ne laisser aucun doute sur ses véritables sentiments. Il déclare qu'à son sens la Confession renferme la seule doctrine pure; il appelle les Catholiques « serviteurs du démon » ; il parle d'une « démarche satanique» que vient de faire le Pape; il espère qu'entre les Protestants les trop nombreux dissentiments qui retardent l'union tant désirée ne tarderont pas à disparaître, et qu'une fois la concorde établie le Pape aura « le cou tordu 3 ». H n'hésite pas à promettreà Christophe que la Réserve ecclésiastique sera supprimée dès son avènement au trône '^ Lorsqu'en 1.j59 l'Empereur exige le renvoi de Pfauser, il refuse d'abord d'obéir, disant que, dans les choses de la foi, sa conscience lui fait un devoir de résister à son père. « On me persécute, » écrit-il le 9 avril 1559 au margrave de Brandebourg, Hans de Custrin; « mais si l'on va trop loin, comme j'ai toutiieude le craindre, j'espère ne pas être abandonné par Votre Grâce, ni parles autres vrais chrétiens. »Le 2 février 1568, il mande au margrave « que la tyrannie de sou père a été jusqu'à exiger le renvoi de Pfauser, qu'il lui a déclaré avec emportement que, s'il ne le congédiait de lui-même, il le ferait arrêter et le traiterait comme ^méritent de l'être les misérables de son espèce ». Dans son angoisse, Maximilien va jusqu'à s'imaginer que les Catholiques en veulent à sa vie, à lui, propre fils de l'Empereur. « Les papistes se figurent sans doute qu'une fois débarrassés de moi leurs affaires iront à souhait, » écrit-il au margrave ; « je prie Votre Grâce de ne pas prendre en mauvaise part mon inutile radotage ; mais je ne puis ra'ouvrir à personne, ni parler en liberté de ce qui me touche, si ce n'est à Dieu, à Votre Grâce et à quelques autres bons chrétiens. » (.< L'ambassadeur d'Espagne est très écouté à la cour de mon père ; c'est surtout lui qui fait tourner la roue 3. » Pfauser fut congédié, et Maximilien envoya l'un de ses plus
1 WlEDEMANX, t. Il, pp. 105-H4. BUCHOLTZ, t. VIII, p. 208.
- Pour plus de détails, voy. Reimann, Relijiöse Entiuicklumj Maximilian's II, pp. 1-28. M.vuRENBRECHER, Kaiser Maximilian II, und die deutsche Reformation, dans Sybel, Histor. Zeitschrift, t. VII, pp. 351, 380, XXXII, pp. 221-297, et dans les Beiträge cur deutschen Gesch., t. L, pp. 17-31. Voy. aussi Märkische Forschungen, t. XIII, p. 330.
3 Voy. plus haut, p. 34.
* Voy. plus haut, p. 34.
'" Meyer, pp. 566-367. Voy. la correspondance complète échangée entre Maximilien et le margrave Hans de Custrin, publiée par Meyeu dans la Zeitschrift für preussische Gesch. und Landeskunde, t. XV (Berlin, 1878), pp. 114-150.
âU ATTITUDE DE MAXIMILIEN PAR RAPPORT A LA RELIGION.
sûrs coiifidonts aux Blectenrs de Saxe, du Brandebourg et du Palatinat, à Glirislophe de Wurtemberg, à Philippe de Hesse à Haiisde Custriii, etc., en le chargeant de leur poser de sa part cette double (|uestion : « Comment devrait-il se comporter dans le cas où soupire lui di'fendrait absolument d'avoir un aumônier protestant et voudrait le contraindre à assister à la messe, dont il avait horreur? Sur (jucl appui pourrait-il compter s'il se voyait en butte à des persécutions plus tyranni(pi('s encore de la part de l'Empereur et du Pape? Car à aucun prix il ne voulait souiller sa conscience des abominations papistes. » Ceux auxquels il s'adressait craignaient par-dessus tout de provo(|uer une rupture ouverte entre le père et le lils ; aussi répondirent-ils au jeune prince en termes ambigus, l'exhortant à d( meurer ferme dans la loi et à se contenter d'un culte domesii(]ue et secret aussi longtemps que l'exercice public de sa religion lui serait interdit *.
Les princes espéraient évidemment que leurs affaires prendraient une tournure favorable à dater de Tavenement de Maximilien; Christophe de Wurtemberg, lors d'une grave maladie de Ferdinand, s'était hâté de promettre sa voix au jeune souverain-; aussi l'Electeur Joachim de Brandebourg pressait-il l'Empereur de faire élire son fils le plus tôt possible. C'est à cause de ce grand objet que Maximilien prit le parti déjouer double jeu. Comprenant de quelle importance il était d'abuser les Catliolifjues, il eut de fréijuents entretiens avec le nonce, l'évêque llosius d'ErmIand qui, désirant vivement le ramener à l'Eglise romaine, s'eU'orcaitdc le convaincre des nombreuses contradictions du Proleslantisme. Le prince sut si bien dissimulei- ses véritables sentiments qu'llosius crut pouvoir compter sur l'heureux résultat de ses effoits •'. Lorsque le nonce Commendone traversa Vienne pour se rendre à Naumbourg, et qu'au nom du Pape il alla inviter Maximilien auConcile, il fui ravi de constater la grande déférence du jeune prince pour le Saint-Siège ; aussi écrivait-il plein (le joie à Rome (juc le roi de Bohême, dans l'entretien qu'il venait d'avoir avec lui (12 janvier irilil), avait paru fori louché de la mansuétude toute paternelle dont le Pape avait fait preuve à son endroit en chargeant ses nonces d'inviter les princes protestants au Concile et en leur donnant dans ses brefs le nom do
' VVmiEu, Arr/,i'i\fur s/i.-hffiir/ie Gesr/i., t. 111, pp. 317-^18. Meyf», pp. 568f.TO. Kuiw.ER.t. 11, pp. 030-638. Ho.m.mi i-, I. il, im'- ti77-f)78. KuAinir.. C/ii/tràus^ p. !9/(. Km'ckiiohn, lirii-Jc, 1. Il, pi>. !ü3l'-llt34. KiiirUlioiiii ti.\r (liliiiilivcmcnl l'cpoipic de la (Icmarclic de Maximilien.
* Voy. plus haut, j). \?tf\.
•1 Kk-imioun, llosius, I. 1, pp. 35'« 382. Kiihliurn \;i liop loin .n .ivaiiranl (pi'llosiiis ruiiv<'i-lit ifell< iiiciil Maximilien au Callmlicisme. \'(i v. Klimann, llrln/iase J-Jnlivicklun;/, jip. >J7 el suiv.