DÉLIBÉRATIONS RELLGIEUSES A LA DIETE D AUGSBOURG DE
avaient, sur quelques articles, la même foi que les Catholiques; toutes prétendaient également se fonder sur l'Ecriture: mais si, à cause de quelques points de rapport, on tolérait les doctrines les plus subversives, il ignorait comment le Saint-Empire et la nation allemande pourraient subsister. Quant à Frédéric, le décret rendu par tous les Electeurs et princes, et lu en la présence même du coupable, devait être exécuté. Dans le cas où il consentirait à se laisser instruire et reprendre, il faudrait immédiatement se mettre à l'œuvre, afin qu'il se convertit non seulement des lèvres, rnais du fond du cœur, et que, renonçant à sa doctrine, il s'engageât à se conformer aux croyances, cérémonies et usages des Gonléssionistes. Mais s'il s'obstinait dans l'hérésie, l'Empereur n'aurait plus qu'à consulter la Diète sur les mesures sévères qu'il conviendrait de prendre à son égard *. Dans les délibérations qui suivirent ce discours, Christophe et le comte palatin Wolfgang insistèrent de nouveau pour qu'une confession de foi fût présentée à Frédéric et qu'il fût sommé de se conformer, lui et ses théologiens, aux décisions du colloque qui allait s'ouvrir. Les conseillers du Brandebourg et quelques autres se rangèrent à cet avis ; mais la majorité des suffrages se rallia à l'opinion des conseillers do Saxe qui prétendirent « que présenter une confession de foi à Frédéric pouvait être dangereux; que ce serait donner lieu à des disputes nouvelles et s'exposer à de graves embarras ; quant au colloque, il fallait, à leur avis, le préparer longtemps à l'avance. Surtout le mot de « soumission »ne devait pas être prononcé. Les membres d"Empire feraient bien d'envoyer leurs conseillers en un lieu désigné d'avance pour convenir de la manière dont serait organisé le colloque, car, dans une question de cette gravité, la forme avait autant d'importance que le fond. Pour le moment, l'essentiel était de représenter à l'Électeur que sa doctrine de la Gène était hérétique, de le sommer de se rétracter ou de le décider à se laisser corriger par un colloque chrétien, chargé de confronter sa doctrine avec la parole de Dieu.
Au nom et en présence des membres d'Empire, les conseillers d'Auguste de Saxe déclarèrent donc à Frédéric « que ses opinions sur la Cène étaient hérétiques, pouvaient entraîner de graves dissidences, de grands scandales dans les Églises et attirer de terribles catastrophes dans ses états et parmi ses sujets, car ses prédicants et théologiens s'exprimaient d'une manière plus hardie et plus choquante sur la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, dans les chaires, les écoles et jusque dans les assemblées de la présente Diète,
' DONAWER, pp. 103-109.
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que Calvin et Œcolainpade eux-mêmes. Sur le sacrement du baptême, l'Electeur professait aussi d'autres opinions que les Gonfessionistes. Les prédicants orthodoxes avaient été ciiassés du Palatinat, et Frédéric avait défendu à ceux de ses sujets ([ui habitaient les principautés voisines de recevoir les sacrements des mains des pasteurs luthériens. 11 fallait cxigerde lui la promesse de renoncer à de pareils procédés et d'interdire à ses docteurs^ du moins jusqu'au colloque prochain, de publieraucun écrit théologique. Tous les ordres qu'il avait publiés contre ses sujets luthériens étaient dès ce moment abolis *.
Mais Frédéric répondit sans se troubler que sa docrino n'était pas héréti(iue ; que ses opinions s'accordaient de tout point avec la Confession d'Augsbourg; que si l'on se décidait à un colloque ses prédicants rendraient compte de leur doctrine de façon à satisfaire tout le monde, et que, dans sa principauté, il ne se laisserait jamais donner aucun ordre.
« Des murmures et un mécontentement général ont répondu à ces paroles audacieuses, » lit-on dans un mémoire du temps. «A la tin, il a été décidé qu'on s'entendrait plus tard avec les conseillers de Frédéric sur la question du collocjue'^. »
Celte discussion avait lieu le 24 mai. Ce jour-lù même Frédéric (juitta Augsbourg. Il pouvait partir sans aucune inquiétude, car ses collègues lui avaient communiqué un message qu'ils comptaient remettre à l'Empereur, et qui le mettait en parfaite sécurité.
Cet important document, daté du 26 mai, portait qu'il n'entrait pas dans les vues des princes protestants de condamner en bloc tous ceux qui, soit en Allemagne, soit à l'étranger, se trouvaient en désaccord avec eux sur quelques articles de foi, quand même ils seraient forcés d'avouer que ces personnes faisaient profession de Calvinisme, car ils ne voulaient à aucun prix provoquer des persécutions, d'autant plus que, sous prétexte de détruire le Calvinisme, on pourrait, un jour ou l'autre, les obliger eux-mêmes à admettre la transsubsUmtiation. Ils ne voulaient point servir les intérêts des papistes; ils ne considéraient pas le décret du 14 mai, au(iuel peu d'entre eux avaient souscrit, comme applicable à tous les membres (ri']ui{)ire; ils se refusaient à y voir un motif d'exclure rÉlecteur de la paix d'Augsbourg. Le décret, à leurs yeux, n'était (ju'uu uvertisseinont, (ju'une invitation à abjurer et à fuir le (Calvinisme. D'ailleurs, Frédéric ayant accepté le colloipie, les di'cisions ('taicnt encore incertaines, et \\ leur était impossible de prévoir ce qui arriverait si l'Électeur refusait de se laisser convaincre et éclairer ; c'était à l'Em-
• Ki.ucKiioiix, Briefe, t. I, pp. 67(J-0S1. - Voy. UoNAWEii, pp. llU-112.
DÉLIBÉRATlOiNS SUR LE CALVINISME DANS LE PALATLXAT. 1566. 239
pereur de réfléchir à la chose, d'aviser et de décider à loisir ce qu'il jugerait le plus à propos de faire *. »
Maxiniilicri fut très mécontent de ce message, et maudit une fois de plus l'inconsistance des Gonfessionistes. « Impossible de se fier à des gens si mobiles, » écrivait-il le 24 mai au duc Albert de Bavière; « mais après tout il faut se féliciter du tour qu'ont pris les choses, car j'ai appris à connaître leur fidélité et je sais maintenant à quoi je puis m'attendre de leur part ; que Dieu leur donne un meilleur esprit ! Je ne donnerais pas une pelure de rave de leur Confession, car nous en verrons bientôt sortir le Zwinglianisme et l'anarchie. Je prie Dieu qu'il leur donne un meilleur esprit, mais ils sont bien aveugles! » « Toutefois je ne puis m'empêclier de reconnaître que le Mecklembourg s'est bien conduit dans toute cette affaire; quant à Lindemann, c'est un misérable'^. »
Mais il était impossible à Maximilien de résister ouvertement « à ces gens indécis et mobiles », car il avait absolument besoin de leur argent pour arrêter les progrès toujours plus alarmants des Turcs. Il répondit donc qu'en demandant une explication nette aux membres d'Empire, il n'avait pas eu Frédéric uniquement en vue, et n'avait jamais songé à sévir d'une manière spéciale contre lui ; que son but avait plutôt été de mettre la nation allemande en garde contre d'abominables et pernicieuses sectes venues de l'étranger, puisqu'on n'en pouvait attendre que la ruine totale de la foi chrétienneet la détresse de tous les citoyens; son intention avait été aussi de maintenir la question religieuse au point où elle en était en loo3, au moment où le traité avait exclu toutes les sectes de la paix; quant au décret du 14 mai, il était résolu à le l'aire exécuter '^.
« Mais en idéalité l'affaire du Palatin, embrouillée à dessein, le décret, les débats, les discours, les commissions, tout cela n'aboutit absolument à rien.» On n'obligea même pas Frédéric à restituer ce qu'il avait pris aux abbayes de Sinsheim et de Neuhausen. Le colloque où il devait être corrigé « d'après la parole de Dieu » n'eut pas lieu, et l'Electeur, sans être aucunement gêné par l'Empereur ou l'Empire, put travailler eu paix à la dilï'usion du Calvinisme.
Ce que Zasius avait appréhendé se vérifia à la lettre : la Diète d'Augsbourg fortifia le Calvinisme en Allemagne '', surtout après qu'un dernier effort pour le repousser eut échoué en Saxe par la propre faute des Luthériens.
1 Voy. DoNAWER, pp. 112-117.
- Briefwechsel, p. 150. Klugkuohn, Friedrich der Fromme, p. 255. ^ DONAWÇR, pp. 117-121.
* Hessus, dans une lettre à Chemnitz, exprime aussi la crainte qu'après la Diète le Calvinisme ne fasse de rapides progrès. Leuckfeld, Ilisi. Heshus, pp. 70-71.