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ALLEMANDS ET HUGUENOTS

tard au service de l'Electeur Auguste, exprima au cliancelier de ce dernier toute sa joie de ce qu'en Saxe Coligny n'eût point été soupçonné d'avoir provoqué le meurtre poussé par des rancunes personnelles. « Il est plus glorieux pour Poltrot, ;) lui dit-il, « d'avoir accompli l'acte héroïque par lequel il a sauvé sa patrie, non pour obtenir une récompense terrestre, mais avec un plein désintéressement et de son propre mouvement K »

Catherine de Médicis, elle aussi, fut soupçonnée de complicité dans l'assassinat du duc. « Les Guises voulaient usurper le trône, » disait-elle un jour au maréchal de Tavannes; « mais j'ai déjoué leur projet à Orléans 2. » Aussitôt après l'événement, elle entra en négociations avec les Huguenots, et après avoir demandé aux princes protestants si elle pourrait compter sur leur appui dans le cas où elle adhérerait à la Confession d'Augsbourg 3, elle alla jusqu'à vouloir nommer le duc Christophe de Wurtemberg gouverneur général de France; mais celui-ci repoussa ses offres ^. Elle se mit dans les bonnes grâces du prince de Condé captif, par l'entremise d'une dame galante de la cour, et la princesse de Condé en mourut de chagrin s. Le 12 mars 15(33, Condé conclut avec elle un traité, plus tard ratifié par Charles IX, et connu sous le nom de traité d'Amboise. En dehors de Paris et du lieu où résidait la cour, le culte réformé était toléré dans les possessions des grands feudataires de la couronne. Condé, dans ce traité;, était appelé « fidèle sujet et loyal serviteur du roi. » La reine Elisabeth, furieuse de sa défection, le regardait comme un traître fcetdisaitqu'iln'élait bon qu'à être jeté aux chiens 6». Pour faire rentrer les Huguenots dans les biens qu'ils avaient perdus, on confisqua des propriétés ecclésiastiques pour plus de 900.000 livres. Catherine assista à la profanation ignoble et sacri- Irge des calices, ornements sacerdotaux, orfèvrerie d'église, dont les Calvinistes s'étaient emparés. Elle se consolait dans des fêtes brillantes des calamités qu'entraînait après elle la guerre de religion, calamités qu'un contemporain, Michel deCastelnau,adécritcsde lamanièresui-

écrivait-il, «j'avais su le moyen, soit par une embûche, soit par la violence, de me défaire du duc, je me serais cru justifié d'agir ainsi envers un ennemi, et je ne m'en serais pas excusé. » Schlosser, Theodor Beza, pp. 172-173. » Epist., lib. II, p. 239.

* Kervyn de Lettenhove, t. I, p. 130.

3 Kervyn de Lettenhove, t. I, pp. 72-73.

* Sattler, t. IV, p. 193. Doc, n° 70.

» Kervyn de Lettenhove, t. I, pp. 137-138. Bartiiold, pp. 511-512. v. Polenz, t. I, pp. 247-248. Brantôme écrivait au sujet de Condé : « Le bon prince estait bien aussi mondain qu'un autre et aymait autant la femme d'autrui que la sienne, tenant fort du naturel de ceux delà race des Bourbons, qui ont esté fort d'amoureuse complexion. » Œuvres, t. VI, p. 333.

^ Kervyn de Lettenhove, t. I, p. 140.

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vante : « Les champs, autrefois mieux cultivés chez nous que partout ailleurs, sont en l'rielie. La plupart des villes et des villages sont ruinés; beaucoup ont été incendiés. Les pauvres habitants des campagnes s'enfuient çà et là comme des troupeaux etiarouchés. Nos marchands, nosartisans ont abandonné leurs affaires ou leur métier pour courir aux armes. La noi)lesse est divisée de sentiments, le clergé persécuté, personne n'est en sécurité de sa vie et de sa propriété. Tous les jours, nouveaux pillages, meurtres et viols. La foi et la piété ontentièrement péri. Sous prétexte de religion, des blasphémateurs impies se livrent impunément à leurs criminels caprices. Ce (| n'avaient amassé des siècles d'économie et de labeur, la licence l'a détruit en peu de jours •. »

Le roi fut obligé de payer les soldes arriérées des lansquenets allemands. Ils ne reçurent point, à beaucoup près, l'argent qui leur avait été promis, et cependant ils emmenèrent avec eux deux mille chariots chargés du butin qu'ils avaient récolté pendant une campagne de six mois, et ils en avaient vendu pour des sommes considérables. L'incendie, la dévastation, le pillage, surtout dans les plaines de la Champagne et de la Lorraine, signalèrent leur retraite. « La vue d'un chapeau allemand sui'ht pour exaspérer nos paysans, » écrivait Hubert Languet. « Nous sommes enfin délivrés des Allemands, » ajouie-t-il le 29 juin 1563; « ils ont laissé partout un sinistre renom ~. » Le maréchal de Hesse autorisa le pillage et l'incendie dans l'archevêché de Trêves comme en France. Treize ans après, les habitants de ce pays se plaignaient encore ii la Diète des traitements qu'ils avaient subis ^.

Tout d'abord. Coligny ne voulait point entendre parler de paix, mais il ne larda pas à se réconcilier avec le roi et la reine, à la condition, écrivait l'ambassadeur d'Espagne, qu'on lui laisserait toute liberté d'action dans les Flandres espagnoles. D'intelligence avec Catherine, Coligny joua un rôle important dans la révolution des Pays-Bas. « Les Flandres, » assurait Charles IX, c( appartiennent de droit à la couronne de France ''. »

' Mémoires, liv. V, cli. i.

* Epist., lib. 11, p. 248.

^ Barthold, pp. 519-523.

' Kervyn de Lettenhove, t. I, pp. 142, 169-170, 289.

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