ALLEMANDS ET HUGUENOTS
Plusieurs gentilshommes huguenots ayant déclaré qu'en bonne conscience ils ne pouvaient prendre les armes contre leur roi, un synode, composé de soixante prédicants, déclara que, « toutes les fois qu'il s'agit de défendre la religion^ la révolte est juste, légitime et nécessaire » .
Le duc François de Guise, chef des catholiques, était regardé par les Huguenots comme « l'un des plus 'grands tyrans et ennemis de Dieu qui aient jamais existé ». Déjà, lors delà conspiration d'Amboisc (1559), ils avaient tenté de se défaire de lui et de toute sa lignée. Jean Sturm écrivait à Franz Hotoman : « Je sais que tu te vantes qu'avant peu personne ne sera en vie dans la maison de Lorraine et de Guise, et que tu as trouvé dans un verset de la sainte Ecriture la preuve que tous les membres de cette famille doivent être exterminés. » A Genève, la citadelle du Calvinisme, le meurtre des tyrans était publiquement prêché K Le théologien calviniste Théodore de Bèze, qui avait assistée la bataille de Dreux et conseillait le massacre de tous les chefs du parti catholique, conjurait le ciel, dans ses prédications et dans les prières qu'il faisait en public, de délivrer la France de la tyrannie du duc de Guise. A Rouen, une première tentative de meurtre avait échoué; mais pendant le siège d'urléans(18 février 1563), le duc périt victime d'un odieux assassinat. Le meurtrier, Jean Poltrot de Méré, conduit en la présence de la reine Catherine de Médicis, ne fit point difficulté d'avouer que Théodore de Bèze et Coligny l'avaient tous deux poussé à l'assassinat 2. Chantonay, ambassadeur de Philippe II, affirma que le crime avait été prémédité à Heidelberg, chez l'Electeur Frédéric, mais que Christophe de Wurtemberg n'avait pas voulu y donner son assentiment. L'ambassadeur d'Angleterre, Thomas Smith, écrivait de Blois, le 26 février 1563, à la reine Elisabeth : « Poltrot a été poussé par Soubise, et Théodore de Bèze l'a fortifié dans son dessein. A l'armée tous font l'éloge du duc,tousle pleurent; c'était le plusgrand homme de guerre de France ou, pour mieux dire, de la Chrétienté, il était également aimé des soldats et des nobles ^. » Coligny se défendit d'avoir armé la main de Poltrot et soutint qu'il n'avait fait que lui donner de l'argent pour faire son métier d'espion; au fond, il regardait la mort du chef des Catholiques « comme le plus grand bonheur (jui ait pu advenir au royaume, à l'Eglise de Dieu, à lui et à sa maison '' ». Le huguenot Hubert Languet, entré plus
1 Kkrvyn dk Lktteniiove, l. I, p. 08.
* Kkhvyn de Lkïtkviiove, t. I, pp. 3i-37, 98, 114.
^ Kkivvy.v de Leiticnhove, t. I, pp. 122-127. HAniiioi.n, p. 48o.
* Mêin )ircs de frondé, t. IV, p.3ü'j-. Th. de Bèze rcu;ardaiL la inort du duo do Giiisp comme un juste cliàtiinunt du ciel. « Si dans la olialour d'une i;uciTo si log'itimc, »