‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 457 sur 572 · ALBERT DE BAVIKRE ET LA LIGUE DE LANDSBERG · texte numérisé non relu

ALBERT DE BAVIKRE ET LA LIGUE DE LANDSBERG

Cependant, comme le duc de Bavière en fut informé, la conférence ne se termina pas sans que d'importantes résolutions n'eussent été adoptées. « Les délégués des princes et des électeurs, » écrivait Albert le 21 novembre 1509 au duc d'Albe, « sont persuadés que l'Espagne, la France, le Pape et autres puissances alliées se sont unis contre les Protestants, et que les deux souverains catholiques ont décidé qu'aussitôt que le roi de France aurait triomphé de ses ennemis du dedans, l'Électeur palatin serait attaqué le premier, ainsi (jue d'autres princes, coupables comme lui de s'être élevés contre Sa Majesté très chrétienne. C'est sur cette nouvelle qu'ils se sont réunis. Ils sont convenus, comme je l'ai appris d'une personne digne de foi, qu'au moment où ils seraient avertis que la partie allait commencer, ils mettraient en commun toutes leurs ressources pour venir en aide aux princes menacés et rendre tous ceux qui ne voudraient pas les suivre de bon cœur hors d'état de seconder leurs adversaires en portant la guerre dans leurs états. Tous les Électeurs et princes cherchent à réunir leplus d'argent possible; déjà plusieurs d'entr'eux ont emprunté des sommes importantes à gros intérêts. » « Un cri universel s'élève du côté du nord. Partout on répète que les chrétiens évangéli(|ues ne peuvent être abandonnés; que la conscience impose le devoir de les secourir. Les prédicants excitent le peuple par des discours ardents; ils lui persuadent que les papistes ont préparé un bain de sang aux Évangéli(|ues et qu'il faut prévenir leurs attentats; partout on ajoute foi au prétendu complot papiste; aussi plusieurs ambassadeurs conseillent-ils à leurs maîtres de ne pas hésiter davantage, de se décider à temps et de prendre l'initiative. Les choses ne peuvent manquer de tourner à la guerre. L'un après l'autre les évêques seront attaqués : après leur défaite, les évêchés seront confiés à des mains laïques, ce qui servira singulièrement les intérêts des enfants des princes; c'est ainsi, disent nos adversaires, que la paix, l'union et la parole de Dieu seront protégées en Allemagne et pourront ensuite s'étendre aux autres pays *. »

Dans la crainte de voir se réaliser les espérances des Calvinistes, Albert do Bavière travaillait avec ardeur à lortilier la ligue de Landsberg. Comme les années précédentes, il s'cHorçait de décider les Electeurs de Saxe, de Brandebourg et le duc de Wurtemberg à en faire partie, il envoya aussi ses ambas.sadeurs aux trois Electeurs ccclésiasti(|ues, aux évêques de Munster, de Liège, de Strasbourg et d(! Spire, et chei'cha à ol)lcnir l'adhésion des cercles de Bourgogne et de Lorraine "-. 11 écrivait au duc d'Albe le 18 décembre 15Ü9 :

* SuoKMiKiM, Baijerns Zustande, pji. o74-575, note i4.

* V. Ukzoi.d, l. I, pp. C3-Ü4. j

jj ALLIANCE DE LA SAXE ET DU PALATINAT. INVITATION A LA DIÈTE DK SPIRE. 299

j« Nous sommes'en train de fortifier la ligne défensive de Landsiberg, et cela en prenant bien garde de ne pas exciter de méfiances, soit du côté luthérien soit du côté catholique. Au reste, nous ne nous lissocionsque pour maintenir et défendre lapaix publique et la paix de religion. » Mais du côté catholique, on souleva des objections quant à l'admission des Pays-Bas et de la Lorraine ; l'Empereur, vers lequel le duc d'Albe s'était tourné, à la prière d'Albert, par [l'entremise de l'ambassadeur d'Espagne, s'opposa formellement à l'entrée des Pays-Bas dans la ligue. L'ambassadeur d'Espagne écrivait au duc d'Albe : « Maximilien a d'abord trouvé la chose toute simple et toute naturelle, mais après s'être entretenu fort longuement avec quelques-uns de ses conseillers intimes, il a tout à coup rejeté très loin cette idée. » Le duc Albert, plein de dépit, écrivait au duc d'Albe que l'Empereur avait été jusqu'à lui ordonner, en lui parlant des grands dangersque pourraitavoir une résolution contraire, de ne pas même faire mention des Pays-Bas aux Etats de la ligue qui allaient s'ouvrira Munich i. » Albe entra à ce sujet dans une violente colère. « La réponse impériale, » écrivit-il à Philippe, « m'a fort excité la bile. 11 ne convient point à un homme de mon rang, qui traite d'affaires importantes avec un grand souverain, de se mettre en une telle fureur, mais en vérité, je ne sais plus ce que je dois dire. D'une part, l'Empereur lie les mains à Votre Majesté et semble vouloir l'empêcher d'être maître en ses états; de l'autre, il prétend ne pouvoir s'opposer à l'insolence des rebelles. Il souffre que les Protestants organisent leur ligue, il s'en réjouit, et se laisse entièrement diriger par l'Electeur de Saxe. Ses conseillers ne sont que les très humbles serviteurs d'Auguste, et ne font que ce qui lui plaît 2. »

Mais en réalité Maximilien n'était plus sous l'influence de la Saxe; l'intimité qui avait existé entre Auguste et lui s'était refroidie depuis que l'Electeur, tout en refusant de servir les plans ambitieux des princes palatins, s'était rapproché d'eux.

La cour d'Hcidelberg souhaitait depuis longtemps s'unir par une alliance de famille à la maison électorale de Saxe. En 1568, Frédéric demanda pour son fils Casimir la main de la princesse Elisabeth. Auguste ne consentit au mariage que lorsque Guillaume de Hesse lui eut assuré que Jean-Casimir « n'était pas, au fond du cœur, très chaud partisan de la doctrine calviniste ». Le jeune prince, pour achever de le rassurer, signa une confession de foi où

' SuGENHEiM, Bayerns Zustände, p. 576.

■- Lettre du 15 janvier lo7U à Philippe. Voy. G.vcirAnD, Covvnspondance de Philippe II, t. II, p. iiy.

300 ALLIANCE DE LA SAXE ET DU PALATIN'AT. INVITATION A LA DIÈTE LE SPIHE.

la doctrine calviniste de la Gène avait été si habilement dissimulée qu'Auguste, peu verso dans les questions tliéologiques, put croire (jue ce document était « purement et exactement conforme à la do'Jtrine luthérienne^ y>.

« Ce mariage, qui rapproche la Saxe et lePalatinat, déplaît extrêmement à l'Empereur, » écrivait l'ambassadeur de Venise le 20 janvier 1567; V on craint que le Danemark et la Suède ne se joignent à la ligue des princes allemands 2.» Maximilicn s'aperçut bientôt des funestes effets de cette alliance. En novembre Jd69^ ayant envoyé ses ambassadeurs à Dresde pour s'entendre avec Auguste au sujet de la Diète qui allait s'ouvrira Spire, ceux-ci n'obtinrent pas même une audience. Auguste les pria de l'excuser, disant qu'il était accablé d'infirmités, que sa chambre était « tout encombrée d'onguents et de médicaments, et qu'il lu' était impossible de recevoir». On les congédia chargés d'une lettre dans laquelle l'Electeur refusait de vejiir à la Diète. Les événements étaient actuellement si menaçants, écrivait-il, qu'il trouvait imprudent de quitter ses loyers; de plus, il n'était pas en état de faire une si forte dépense. D'ailleurs, les intérêts qui allaient se traiter ne méritaient vraiment pas une si longue promenade. Qu'irait-il faire là bas tout seul, puisque le vieil Electeur de Brandebourg ne pouvait venir à cause de son âge et que l'on ignorait ce que ferait l'Electeur Frédéric? Pour la question religieuse, on ne ferait certainement pas grande besogne; les membres d'Empire catholiques refuseraient d'entrer dans la Confession d'Augsbourg et les Confessionistes ne se feraient point catholiques. Ce serait donc une méchante alïaire que celte Diète; la religion n'en recevrait aucun bénéfice, elle n'aurait d'autre résultat que de diviser plus que jamais les Electeurs 3. »

Vers le milieude décembre^ l'Empereur tenta une dernière foisde le faire changer de résolution. Son intention, lui lit-il dire, était de se rendre en personne chez Si uràce, do s'entretenir confidentiellement avec elle, et il avait le consolant espoir (]ue cette visite ne lui serait pas moins agréable qu'à lui; l'Electeur pourrait en désigner lui-même le tenq)s et le lieu *: Auguste ne répondit même pas.

L'Electeur de Brandebourg ne donna [)as une réponse [)lus consolante. Malgré les instances et les démarches répétées des ainltas-

' Ki.ur.Kiioii.N, Ehe Joliann Cusiniir's, pp. 8.-J-96.

* V. Hkzoi.i), t. 1, p. 43, noie 3.

^ * Relations des ainbassadeiirs impcii.uix,Hiisla Félix de Hasscnslciii et Timotlicc Jiini'. Arcllivcs de l'raiicforl, HeichslagslKUKlIuntjen de aniio 1570, I. Il, fui. H5-1-24.

* * lustriiclioa de l'Empereur à G("t)rp;es Proskowsky, .seigneur de l'iuslvaNV dd. IVajfuc 15Ü9... Dec. Copie /oc. cit., loi. 138-140.

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