‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 456 sur 572 · FRANÇAIS F.T MARAUDEURS SUR !,!■: SOL AI.LK.MAM · texte numérisé non relu

FRANÇAIS F.T MARAUDEURS SUR !,!■: SOL AI.LK.MAM

KiviL^.i'ic. Los bandes indisciplinées de Casimir firent preuve d'une férocité si atroce envers ennemis et alliés (ju'ils méritèrent le siirnoin de « barhiires tudesques », et que les Huguenots euxmêmes furent ravis le jour où ils se virent délivrés de « leurs bons amis». Après la paix de Lonjumeau (23 mars 1568), l'armée de Jean-Casimir et celle de son beau-frère Jean-Guillaume furent sur le point d'en venir aux mains ^.

La paix de Lonjumeau fut de courte durée. Royalistes et Huguenots recommencèrent bientôt après ä recruter des soldats en Allemagne «où )), disait Charles IX. « pour son argent, on peut se procurer tout ce ([u'on veut, l'Empereur n'étant plus qu'un fantôme ». Pour obtenir toute liberté d'enrôler des soldats dans les états ecclésiastiques, Charles prétendait n'avoir accordé la liberté de religion aux Huguenots que contraint par la nécessité, et seulement jusqu'au moment oij il serait en état de les réduire à l'obéissance '^. Le prince de Condé conclut un traité avec Elisabeth d'Angleterre. En 1363, la reine, furieuse d'avoir été déçue par lui, l'avait accablé de reproches et d'injures-^; maintenant elle lui rendait toute sa faveur et lui accordait de nouveaux secours. Condé, en échange, lui livrait les ports de Normandie; au dire d'Hubert Languet, il lui promit aussi Calais^. En Allemagne, l'Electeur palatin et Wolfgang de Deux-Ponts se hâtèrent d'offrir leurs services au chef des Huguenots. Autrefois, Wolfgang avait affecté une haine toute particulière pour « la secte calviniste ». « Un bon chrétien, » avait-il dit, « ne peut avoir nul commerce avec ces hérétiques maudits et séditieux; » maislorsqu'en 1568 Condé et Goligny vinrent lui l'aire de brillantes offres, il se déclara prêt à les soutenir et s'engagea à leur conduire, au mois de septembre, six mille reîtres allemands et trois régiments de fantassins. Jadis amer adversaire de l'Electeur palatin, il se réconcilia avec lui ; Frédéric lui avança de l'argent, et obtint pour lui de la reine d'Angleterre la promesse d'importants secours ^\

L'Alsace et les évêchés voisins furent aussi cruellement traités par les bandes farouches de Wolfgang (ju'cn 1567 les sujets du prince l'avaient été par les Français. Pour se venger du passé et mettre l'avenir en sécurité, Charles IX songeait à porter la guerre en Allemagne. Dès les premiers mois de 1568, le duc d'Aumale commença à traiter en pays emiemis les territoires de Strasbourg, de

* VON Bkzold, t. I, p. 29.

* Keuvyn du F^kttkniiovi;, t. II, p. 174. ^ Voy. plus li;iiit.

* h'fjisl., lil). I, ]i. 73. KiiuY.x i>i: Li ni.Miovi:, l. Il, pp. 174-177.

'■> ÜAciiÄiA.NN, Jlerzoïj Wolfijaiiij'n Kvictjsven-ichtiinijcii, pp. 2ü el suiv.

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lélectorat palatin et de Veldenz. Georges Hans de Veldenz, écrivant au margrave Charles de Bade, lui raconte les dévastations affreuses des troupes françaises et la cruauté dont les habitants, même les femmes et les enfants ont été victimes. « Toute la population se sauve, » écrit-il, « le même jour, les corps de dix-huit enfants ont été trouvés mutilés dans les chemins; à tout moment on découvre dans la forêt de nouveaux cadavres; un grand nombre d'habitants ont été massacrés. Beaucoup ont eu les pieds rôtis dans un brasier jusqu'à ce qu'ils aieut consenti à livrer tout ce qu'ils pos sédaient. » « Dans une si grande détresse, nous avons envoyé nos délégués au duc d'Aumale,etil nous a fort consolé, en nous assurant qu'il ne nous serait fait aucun mal. Mais il n'est pas maître de ses soldats, qui depuis longtemps n'ont pas touché leur solde, de sorte qu'il en est réduit à feindre d'ignorer ce qui se passe. On prétend aussi qu'ordre a été donné aux chefs de traiter notre pays comme les Allemands ont traité jadis celui de France et qu'on les a autorisés à emmener avec eux tout le butin qu'ils pourraient faire. Cot ordre a été ponctuellement obéi. D'un seul village, ils ont emmené 80 chevaux, 600 pièces de bétail et tout ce qu'ils ont pu trouver. Après quoi, le village a élélivréaux flammes; en beaucoup d'autres lieux ils ont agi à peu près de même K » Un espion français fait prisonnier avoua qu'il avait été question à la cour de France de conquérir l'Empire avec l'aide de l'Espagne, mais que Philippe II s'était opposé avec fermeté à un projet qui eût étendu jusqu'au delà du Rhin la puissance française, et que le duc d'Albe, tout en mettant son armée à la disposition de Charles IX, lui avait interdit de rien entreprendre contre le Saint-Empire 2.

De tous côtés Maximilien recevait les plus lamentables renseignements sur l'état général de l'Empire, sur les forfaits des troupes de passage et des lansquenets licenciés errant çà et là dans les campagnes, prenant leurs quartiers chez les paysans, dans les bourgs, dans les petites villes ouvertes, et se livrant aux plus grossiers excès. « Des vagabonds, des mendiants, des bohémiens, des bateleurs et semblable engeance » allaient avec eux de compagnie. Ces hordes vraiment sauvages ne se contentaient pas de piller, de massacrer et de voler: elles détruisaient les récoltes encore sur pied en y mettant le feu. En Bavière, par exemple,« cette engeance d'enfer » s'était tellement accrue que le duc Albert ordonna à plusieurs reprises une chasse générale contre « les maudits ». « Le quinzième jour de chaque mois, » porte une ordonnance ducale datée du

1 Kluckhohn, Briefe, t. II, pp. 295-296. « V. Bezold, t. I, pp. 52-53.

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1" mai lü68, « les prévôts, juges et archers s'armeront pour repousser et chasser les oppresseurs de notre bon peuple. » « Ceux (|u'on aura pu saisir, » porte un édit postérieur, « seront envoyés aux galères ou à la potence K ))

Les plaintes sur l'exploitation du pauvre peuple, sur la décadence du commerce et de l'industrie, sur les honteux Iraiics des gros marchands étaient générales: « Tout le monde est ici dans une étrange pénurie d'argent, »écrit Georges Ilsung, gouverneur deSouabe; « toutes les affaires restent stagnantes, aucun commerçant n'ose traiter avec un autre et ne peut obtenir d'argent de personne, tout cela au grand dommage, non seulement de l'intérêt public en Allemagne, mais encore de toute la Chrétienté. » « Comme les marchands qui transportent les bonnes monnaies hors de chez nous sont pourtant à la lin obligés de les faire revenir entre leurs mains à l'aide de chèques, les chèques se multiplient, et les marchands qui ne, veulent pas se charger la conscience ne peuvent rentrer dans l'argent qu'ils ont gagné à l'étranger pour les divers articles de leur commerce sans perdre sur cha(jue chrque () 7 ou 8 pour cent. » Georges Ilsung, que l'Empereur avait chargé d'effectuer en ISouabe un prêt de 400.000 ilorins « contre de sûres et loyales garanties », écrivait d'Augsbourg, en décembre 1569, qu'il lui avait été impossible, malgré tous ses efforts, de trouver nulle part à emprunter. (' J'ai appris », écrivait-il, « que beaucoup de gros commerçants de ce pays, en dépit des ordonnances financières et des lois de l'Empire, ont envoyé à Venise et de là en Tur(|uie plus de 500.000 florins en quatre mois à 172 pour 100 d'intérêt. » « Par la faute de l'autorité, les choses en sont venues à un tel point que non seulement ici on n'a point d'argent courant, mais que nulle part on ne peut obtenir de chèques. » D'après des rapports dignes de foi, il y avait alors à Constantinople et à Alexandrie plus de thalers et de florins que dans l'Empire romain tout entier : « De sorte que le Turc ne nous fait plus la guerre avec son argent, mais avec le notre, qui lui a été livré sans vergogne pour un gain criminel -, »

« Ce (pii est affreux à dire, » écrivait de Rome au duc do Bavièr«; le cardinal Otto Truchsess le i2!) janvier lotiî), « c'est (pie nous devons nous attendre à de graves désordres dans l'Empire, d'autant

« Wi;sti:mui.i.i:h, lieilraijr. \. VIII, iip. i2'J,'; .'{Ou.

'^ lii'irhsla'j.s luni(Uu/ijrn ilc uium 1370, I. I. iiji. ÎJSy-o.'M. Arcliives dr Francfort.

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plus certainement que Sa Majesté Impériale assiste impassible à tout ce qui se passe, et ne songe pas à fortifier son autorité en s'uiiissant à VotreGràce et à d'autres loyaux seigneurs amis de la paix, pour le maintien de la justice et de la tranquillité publique. Nos adversaires, cela est évident, ne convoitent pas seulement les biens du clergé, mais la couronne impériale, le sceptre et l'autorité. C'est là, sans aucun doute, que tendent tous leurs désirs, et on leur en fournit le prétexte et l'occasion en temporisant, en biaisant^ en restant assis^ en n'agissant point. Il est grandement temps de nous réveiller de notre apathie et de faire notre devoir, soutenus par la grâce d'en haut. Dieu merci, nous le pouvons encore, nous ne manquons pas de resaouices, nous sommes en état de nous défendre et de nous garantir contre tout injuste attentat; mais il nous faut enfin mettre la cognée à la racine de l'arbre, courageusement, virilement, d'une façon vraimeii t sensée. Nous nous y déciderons un jour, mais le mieux serait de nous presser, et de ne pas assister plus longtemps sans rien faire à la ruine, à l'humiliation des noires. Les complots de nos ennemis s'étendent à l'intérieur et à l'extérieur; tous les jours grandissent leur audace, leur arrogance, leur insubordination. Ils croient possible tout ce qu'ils imaginent. » « Sur mon honneur, » écrivait encore le cardinal le 12 février, à Vienne, « on préfère maintenant les Turcs aux prêtres de la sainte Eglise, fussent-ils évê(|ues ou légatsl Voilà pourtant où nous en sommes réduits! » « N'est-il pas déplorable que toutes les mesures contre la vraie religion soient maintermes, et (]u'on s'imagine marcher vers le succès en cédant, en temporisant, en louvoyant sans cesse? H y a là de quoi épouvanter! Plût à Dieu qu'il me fût possible de me transporter, ne fût-ce que pour une heure, auprès de Votre Grâce! Combien je souhaiterais m'entrctenir librement avec elle de tout ce qui nous tient au cœur! Le Saint Père a bonne intention, bonne volonté, bon cœur et vaste intelligence, mais l'expérience lui fait défaut. Cependant il n'y a point de doute que si les Catholiques l'en priaient instamment Sa Sainteté ne nous accordât ses conseils, son assistance et tous les secours dont elle peut disposer. En vérité, on dort trop longtemps à Vienne! il serait temps de s'entendre pour la défense commune, et de s'unir au petit nombre de ceux qui ont de la résolution et du cŒHir.Si l'on faisait appel à tous les braves de l'intérieur et du dehors, nous pourrions encore compter sur un bon renfort et sur une ressource précieuse. Le parti opposé ne chôme point : ce qu'il imagine, il l'exécute et il sait prendre les devants. Pourquoi les bons ne tentent-ils rien pour la défense de la patrie, tandis qu'ils en ont encore le moyen et que le péril est si grave? La prudence

son PROJETS AMBITIEUX LES PRINCES PALATINS. 1569.

humaine, les ménagements à garder, le danger auquel on s'expose, toutes ces raisons ne sont bonnes qu'à relarder noire effort et à rendre noire affaire plus mauvaise, car nos adversaires profitent de nos délais pour nous opprimer davantage. S'ils voyaient quelques hommes résolus se mettre sur la défensive, ils baisseraient bientôt le ton; si l'on pouvait réunir les forces des deux grands chefs et des autres potentats catholiques, la partie serait vite gagnée. Quand même plusieurs souverains chrétiens refuseraient de se laisser persuader, mon avis est que les autres, ceux qui ont vraiment au cœur la crainte de Dieu, doivent s'unir sans rien craindre, et mettre toute leur confiance dans le Tout Puissant, car Dieu ne peut manquer de venir à notre aide dans une cause si juste. Alors, ligués pour la défense commune, unissant leurs lumières, exposant corps et biens pour le bon droit, les bons auront belle chance, sinon certitude de vaincre! Mais rester oisif, s'observer les uns les autres, trembler, ne penser ni au moyen de réussir, ni aux mesures à prendre, accroître ainsi l'audace des adversaires, les craindre et douter de la bonté de Dieu, tout cela ne peut nous conduire qu'à notre ruine i. » Albert, répondant au cardinal, dit être entièrement de son avis. « Mais que pouvons-nous faire, » écrit- il, « uous et les princes catholiques de bonne volonté? Votre Grâce sait assez comment les choses se passent! » Le cardinal savait, en effet, qu'à Vienne on montrait peu de confiance auxGallioli([ues,et qu'on usait de ménagements envers l'autre parti, dont on recherchait visiblement la faveur. « Avec le temps, » écrit Albert, « on s'apercevra sans doute du peu de solidité du sol sur lequel on bâtit, on se repentira de son erreur; mais en l'état actuel des choses, nous n'avons qu'à nous recommander à Dieu, car si le conseil et le secours ne nous viennent de lui, nous ne savons, en vérité^ comment la sagesse et l'effort des hommes pourraient nous être de quelque utilité. Nous nous recommandons à la bienveillance toute paternelle de Sa Sainteté. Si, au milieu des événements redoutables et inattendus qui peuvent survenir, nous nous trouvions tout à coup en un extrême péril, nous ne manquerions pas do chercher conseil et assistance auprès d'elle, et nous sommes persuadé qu'elle ne nous abiuidonnerait pas, car nous n'avons jamais donné à personne, en dehors do ce (}ui concerne l'intérêt de la religion, aucun sujet de nous être hostile. » Faisant allusion à l'Empereur, Albert dit au cardinal (ju'il sait aussi bien que lui ce qui rend une ligue impossible : « Nous aurions mauvaise grâce à faire une démarche dans ce sens auprès des gran'ls pot'îutats; nous savons trop bien (ju elle n'abontiraii

' WlMMEK,;pp. 84-89.

point et nous exposerait au contraire à toutes sortes de périb'. » L'Electeur palatin n'avait pas craint de proposer aux gouverneurs des cercles les plus proches de ses états de s'unir à lui, dans l'intérêt de l'Empire, contre le roi de France, auquel, disait-il, il fallait porter un triple coup : « L'avenir nous dira si sa demande a été accueillie, et si ce plan doit se réaliser. Votre Grâce saura apprécier combien il est légitime et juste! En somme, ces gens-là sont plus obéis que l'Empereur lui-même, et leur pouvoir semble augmenter en proportion de la froideur qu'on leur témoigne *. »

A la cour palatine, les esprits étaient dans une agitation fiévreuse. Frédéric, toujours sous l'influence de ses conseillers, soutenait le prince d'Orange par d'importants secours, cherchait à entraîner l'Électeur de Saxe et d'autres princes protestants dans une nouvelle expédition française et travaillait avec ardeur à obtenir l'appui de l'Angleterre. Il eût voulu voir cette puissance, le Danemark, la Suède et les princes d'Empire protestants se liguer « pour la ruine des papistes et la défense de la foi évangélique ». On espérait que l'Angleterre fournirait surtout de l'argent ; l'Allemagne, des troupes, et que la n^ine Elisabeth donnerait en cautionnement une somme considérable pour l'équipement d'une puissante armée, destinée à combattre « les ennemis de l'Évangile ». Le conseiller palatin Ehem était persuadé que la France aiderait les « bons chrétiens » à repousser le duc d'Albe, et trouverait moyen de faire servir aux intérêts de la Révolution, au triomphe de la bonne cause, la révolte des Maures. Grâce aux efforts et au z'dede l'Électeur Frédéric, une « conférence évangélique » s'ouvrit à Erfurt (septembre 1569). Là, le projet de la ligue fut longuement discuté. Mais le Brandebourg et la Saxe émirent des doutes sur son opportunité. Ils craignaient qu'Elisabeth n'eût des opinions religieuses quelque peu différentes des leurs; de plus, il leur semblait dangereux d'organiser une confédération qui pût être soupçonnée de vouloir attenter à l'autorité de l'Empereur ou à la^constitution de l'Empire. « D'ailleurs, >; dit l'Électeur de Brandebourg, « rien actuellement ne peut nous faire supposer que les Catholiques songent à violer la paix d'une façon quelconque. » Un délégué des Huguenots proposa la formation (( d'une ligue perpétuelle, offensive et défensive » où entreraient les princes allemands, les villes libres et les villes hanséatiques, avec le concours et l'appui de l'Angleterre, de l'Ecosse et des royaumes du nord. Sa proposition fut repousses 2.

1 WiMMER, pp. 90-91.

2 NeaDECKER, t. I[, pp. 168-181. Heppe, Gesch. des deutschen Protestantismus, t. II, pp. 196-203. Ritter, Aujast von Sachsen und Friedrich III, p. 333. von Bezold, t. I.^pp. 54 et suiv.

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