‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 461 sur 572 · PLANS DE RÉFORME DE LAZARE DE SCHWENDI · texte numérisé non relu

PLANS DE RÉFORME DE LAZARE DE SCHWENDI

serons nous-mêmes craints et respectés. L'Empereur et les Electeurs interviendront dans les conflits entre puissances et deviendront les arbitres de la paix. Mais si l'on marche dans l'ancienne ornière, si, comme parle passé, on traite les affaires avec mille hésitations, délais, paperasses et ambassades, l'Empire restera la risée de l'Europe; il sera continuellement attaqué, morcelé, un jour ici, demain là. Ne voit-on pas que le roi de France reste le tranquille possesseur des pays ravis à l'Empire contre toute justice? Et cependant les guerres civiles qui déchirent le sol français nous ont déjà fourni plus d'une bonne occasion de reconquérir ce qui nous a été ravi. »

« Grâce à cette nouvelle organisation, grâce aux munitions sagement amassées, on serait en état de tenir tête aux Turcs. Pour achever la construction des forteresses à la frontière hongroise, les membres d'Empire ont le devoir de mettre à la disposition de l'Empereur des sommes importantes, car si jamais les Turcs venaient à s'emparer de cette frontière sans qu'il fût possible de s'y opposer, toutes les calamités imaginables fondraient sur nous. Dans les expéditions précédentes, ce n'est pas tant l'argent qui a fait défaut que l'expérience, que la pratique de la guerre. Une armée permanente, entretenue aux frais de l'Empire, permettrait à notre noblesse d'acquérir cette expérience si nécessaire, et c'est là que pourraient se former des généraux expérimentés. »

« Il est aussi très important de réveiller dans les chevaliers teutons l'ancien zèle, l'ardeur belliqueuse d'autrefois. Leur ordre a été fondé pour combattre les infidèles, et jadis il s'est glorieusement acquitté de cette mission; mais depuis longtemps il reste inutile à la patrie et à la Chrétienté. Plongé dans le luxe, l'oisiveté, la mollesse, il reste tranquillement au gîte. L'Empereur et l'Empire doivent l'exciter à porter la guerre sur la frontière hongroise. Pourquoi n'iraiteraient-ils pas les chevaliers de Malte qui luttent si vaillamment contre les Turcs? En leur abandonnant une ville de Hongrie pour en faire leur résidence, en leur promettant toutes les conquêtes qu'on pourrait faire pendant les campagnes, on leur rendrait du courage, et peut-être verrait-on refleurir parmi eux la vaillance, la loyauté, la discipline et les mœurs d'autrefois. Les choses alors changeraient de face. L'ordre deviendrait pour la jeune noblesse une école de chevalerie, d'honneur; on s'y rendrait avec empressement; et c'est là qu'en cas de guerre on trouverait les meilleurs chefs. »

Eu concluant, Schwendi recommandait à l'Empereur et aux mecnbres d'Empire de veiller à ce que les Pays-Bas ne se séparassent pas de l'Empire pour aller se placer sous l'autorité d'une IV 20

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puissance étrangère, perdre leurs libertés et leurs traditions. Il était d'avis do comprandre les Flamands dans la paix de religion ; surtout il conseillait de prendre bien garde, par des agressions maladroites, d'irriter les nations étrangères, et de leur fournir un prétexte de prendre l'offensive *.

Muni de ce mémoire, Maximilien se rendit à Spire. Tandis qu'il était en chemin, le mariage du comte palatin Jean- Casimir avec la princesse de Saxe Elisabeth était célébré en grande pompe à Heidelberg (5 juin loTO). L'EIcctcurAuguste et l'Electrice Anne y assistaient, ainsi que les margraves Georges-Frédéric de Brandcbourg-Anspach. Charles de Bade-Durlach, le jeune Louis de Wurtemberg, les landgraves Guillaume, Philippe et G^org.'S de Hesse, le duc Adolphe de Holstein, ainsi qu'un grand nombre de comtes, de seigneurs et de gentilshommes. Une « magnificence toute royale » fut déployée en cette circonstance. On cite des banquets où plus de deux cents plats furent servis aux convives; ou avait fait venir à grands frais d'Allemagne et de l'étranger les vins les plus exquis, les mets les plus recherchés. « Des tournois, des mascarades, toutes sortes de divertissements jetaient tous les jours les hôtes de l'Electeur dans l'étonnement et la joie; tout le monde semblait heureux. » On n'avait rien épargné pour rendre la fête merveilleuse, et la jeune comtesse palatine était « si splendidement parée, couverte de tant de pierreries, de chaînes d'or, de bagues, qu'on l'eût prise pour une fille de roi 2. » L'ambassadeur de Venise remarqua surtout que, le soir du mariage, l'Electrice Anne avait ouvert le bal avec huit des principaux seigneurs de la cour portant des flambeaux, tandis qu'ordinairement l'Impératrice elle-même, en de telles occasions, n'était conduite que par deux cavaliers 3.

Pour « des fêtes si extravagantes », si peu en rapport avec les préoccupations du moment et la déplorable situation où se trouvait l'Empire, les princes n'épargnaient rien, ils avaient toujours du loisir ; mais quand il s'agissait des intérêts de l'Etat ou d'assister à la Diète dans une ville toute voisine, ils déclaraient n'avoir ni temps ni ressources. Auguste de Saxe ne parut pas à Spire; l'Electeur Frédéric n'assista (ju'à la première séance et revint bien vite à Heidelberg; ce ne fut que de loin en loin (ju'on le vit prendre part aux débats et, quant aux autres princes, ses brillants convives, ils reiournèrent pour la plupart cliez eux aussitôt après les fêtes du mariage.

' Voyez -en la ropio aux arrliive.s de Francfort. Reicfislagxliandhiiujcn de anno lo/O. {. I, PI). Il>tii71.

» Curiciisp Sarhrirlilcn, pp. 43-41.

=• V. Bkzolu, t. 1, 1». 7ü, note 1.

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