DIÈTE DE SPIRE. DÉCLARATION IMPÉRIALE
Du côté catholique, ou disait qu'une anti-diète avait eu lieu à Heidelberg, et que de graves résolutions avaient été prises au sujet de l'Empereur et du Pape *.
(( Tout dans l'Empire semble hors des gonds, r lisons-nous dans la déclaration impériale lue par le secrétaire d'Empire Erstenberger à l'ouverture de la Dicte de Spire (13 juillet 1570). Au lieu de l'ancienne prospérité, nous voyons partout la détresse; les plus grands malheurs nous menacent. Les bonnes lois ne manquent pas, les Dic'tes, les unes après les autres, ont élabli la paix sur des bases excellentes et rendu de sages arrêts; mais les loisnesontpas obéies, les décrets ne sont pas exécutés; l'esprit d'insubordination et de révolte domine à un tel degié que ni ordres, ni exhortation, ni remontrance ne sont écoutés. On n'a égard ni à l'autorité de l'Empereur, nia l'intérêt de la patrie, et cet esprit d'indépendance a gagné toutes les classes de la société; les cliels de guerre en sont plus atteints que les autres : chacun suit son sentiment, chacun poursuit son propre intérêt et cherche à léser le plus faible. La chose va si loin qu'il n'est presque personne, même dans les classes moyennes et parmi les simples particuliers, qui n'ait quelque relation ou intrigue avec l'étranger, qui n'accepte son or, et ne recherche son propre intérêt en servant nos ennemis. Ou recrute pour l'étranger reîtres et lansquenets, on n'a pas honte de l'attirer sur le sol de l'Empire, dans les territoires de princes pacifiques; les pauvres sujets sont pillés et rançonnés par les troupes, et cela avec une telle rapacité, une licence si sauvage que nos lansquenets, en ces circonstances, semblent n'être plus allemands et n'avoir pas affaire à leurs amis^ à leurs concitoyens, mais à des ennemis, à des étrangers. Dans une pareille situation, l'Empire ne peut subsister. Si les enrôlements continuent à être tolérés comme ils le sont aujourd'hui, les souverains étrangers mettront bientôt le pied chez nous. Si nous voulons rétablir la paix et la justice, il faut premièrement réprimer l'esprit d'insubordination, il faut restaurer Tantique loyauté, la chevaleresque vaillance de la Germanie. Il faut défendre aux rois et princes étrangers de lever des troupes sur notre sol sans l'assentiment de l'Empereur ; il faut faire de bonnes lois militaires et obliger les gens de guerre à les observer. » Se fondant sur le mémoire de Schvvendi, l'Empereur demandait que, pour le maintien
' Voy. Klückhoii:><, Friedrich der Fromme, p. 344,
308 LES MKMUUES d'EMPIRE CONTRE LES PROJETS DE RÉFORME. 1570.
Cl l'exécution delà paix publique, un gouverneur militaire fût élu, et que dans chaque ville un arsenal fût organisé ainsi qu'une caisse militaire, pour parer aux nécessités pressantes d'une attaque imprévue *.
« Quant à la situation extérieure, » disait encore la déclaration impériale, « on ne peut se dissimuler, que le Saint-Empire, en partie par la faute des secrètes pratiques et des attentats de l'étranger, en partie par la faute des nôtres, n'aille s'atï'aiblissant de jour en jour. L'Empire est amoindri, et tellement déchu dans ses membres, son armée, son crédit, son autorité et ses lois que, si on n'y met obstacle et qu'on n'apporte au mal un remède efficace, il faut s'attendre prochainement à la dissolution finale. Il est grand temps que les membres d'Empire prennent à cœur une situation si critique et recherchent avec nous les moyens de prévenir une catastrophe imminente 2. »
Mais toutes ces sages réflexions « restèrent dans le discours impérial )).
L'interdiction des enrôlements pour l'étranger rencontra une vive résistance parmi les membres d'Empire protestants; elle leur ôterait, prétendaient-ils, « la liberté de venir en aide aux chrétiens affligés de France, des Pays-Bas, et même de l'Allemagne, et ils ne voulaient à aucun prix qu'elle leur fût enlevée « On ne souffrira pas, » écrivait le délégué de Francfort, « que la liberté allemande soit tellement entravée que nos frères persécutés des pays étrangers et aussi du Saint-Empire romain restent exposés aux plus grands malheurs, ce qui arriverait infailliblement s'ils ne pouvaient plus compter sur notre secours et assistance ^. »
Ehem, chancelier de l'Electeur palatin, prétendit voir dans la loi proposée le dessein prémédité de lier les mains aux Allemands et de leur imposer des choses exorbitantes et inadmissibles '' .
' Déclaration Impériale du 13 juillet 1570 , Frnnkfarlcr Reichs/a;if;acfcn, t. LXXIV, fol. 45-84. D'après le protocole des archives de Francfort {Heichstagshandliinrjen de nnno i5yo, t. II, fol. 3^3-Gor>^)VEm\\cv&\iT arriva à Spire le 13 juin et attendit l'arrivée de plusieurs Electeurs et princes jusi[u'au 13 juillet, jour où la Diète put enfin s'ouvrir. Après que le secrétaire d'Empire, André Erstenberger (l'auteur de r-dfi/orjo/»/«) eut donné lecture de sa déclaration, Maximilien adressa un discours personnel à l'assemblée, exprimant l'espoir ([uc les mcnd)res d'Empire prendraient à cœur ses propositions, « puisqu'elles ne visaient à autre chose qu'au maintien dans l'Empire, de la bienfaisante paix, de la tran(iuillité, de l'ordre, de l'extinction des querelles et des troubles. »
* * I{eich.sla;/S(iclen, loc. cit.
•' Kocii, Quellen, t. II, p. 64.
' Ki.LCKHOiiN, Briefe, t. II, p. 403.