APPEL AUX ARMES CONTRE LA PAPAUTÉ
que les princes avaient engagé les Huguenots à entraîner le roi de France dans une campagne contre le Pape; que l'Empereur cherchait à y décider Charles IX, et que la Toscane serait la première envahie ^.
Sans égard pour les réclamations de l'Empereur, Pie V avait donné le grand-duché de Toscane à Gosme de Médicis. et le 18 février lo70 l'avait couronné à Rome *. Maximilien en avait été extrêmement froissé. Il était impuissant vis-à-vis de tous les ennemis de l'Empire. « Sans que rien lui fit obstacle, » l'étranger avait conquis des territoires allemands, foulant outrageusement aux pieds tous les droits de l'Empire. L'Empereur était resté impuissant vis-à-vis de la France, de l'Espagne, delà Russie, de la Pologne; aussi, comme pour prendre sa revanche des affronts qu'il avait subis, il voulut, du moins en paroles, faire sentir au Pape son autorité. Il dit donc à l'ambassadeur de la reine Elisabeth, la plus irréconciliable ennemie du Saint-Siège et de l'Eglise Catholique, « qu'il songeait pour le moment à ramener l'audacieux évêque de Rome aux anciennes coutumes des temps apostoliques ». « D(''s qu'il sera question d'ime expédition contre Rome, » ajouta-t-il, « les princes allemands ne me laisseront pas dans l'embarras 3. »
Il n'est pas douteux que les princes protestants, luthériens ou calvinistes, ne lui eussent prêté main forte avec empressement s'il s'était agi « de se débarrasser une bonne fois de l'Antéchrist ». Le prince d'Orange avait dit en 15G9, dans l'une de ses proclamations : « Nous luttons tous contre le démon, nous luttons, veux-je dire, contre l'Antéchrist de Rome. Nous sommes obligés, en conscience, de fuir les ténèbres d'Egypte, c'est-à-dire le papisme. Dieu, s'adressant à toutes les nations, invite ses fidèles serviteurs à se ranger sous ses étendards *. »
Dans le camp protestant, beaucoup regardaient comme le devoir le plus sacré de Maximilien et des membres d'Empire laïques de marcher sans retard sur Rome, et non seulement de mettre un terme à la domination du Pape, mais de se débarrasser des Electeurs et des princes ecclésiastiques en renversant la constitution. Le théologien Mathieu Judex excitait ces désirs et ces espérances par d'ardentes prédications. « Notre Maître et Seigneur, » écrivait-il, « enflamme en ce moment pour la lutte le courage de ses soldats ; il les appelle aux armes de sa voix puissante, il les pousse à la vengeance, à
* VON Bezold, t. 1, pp. 77-78.
' V. Reumont, Gesch. Toscana's, t. I, p. 242. 3 Bezold, t. II, p. 75.
* Kervyn de Leïte.miove, t. II, p. 187.
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rexlcrininalion de ses ennemis. Plus on est enllammé cor)tre eux d'une sainte colère, plus on lui devient agr(''able; nul cliàtinnent n'est assez cruel pour leur f.iire expier leurs forfaits. » « Non seulement les serviteurs de la parole divine doivent se servir des armes spirituelles contre TAnlcchrist maudit, mais les détenteurs do la puissance temporelle, grands et petits, ont l'obligation, de par l'amour qu'ils ont pour la justice, de lui ôler deux fois, à la pointe de rép<'e,tout cequ'il leur a ravi.» « Le Pape aélevésa tèteau-dessusde l'Empereur, des rois, des princes. au-dessus même du Saint Empire; il a foulé aux pieds les plus puissants monarques, il a excitt'' les guerres les plus sanglantes contre nous, et pour son culte idolâtre j1 accapare encore aujourd'hui les trésors du monde entier. »
« Les pouvoirs chrétiens doivent exercer les mêmes représailles envers les cardinaux, évêques, prêtres à messes, moines et nonnes; ils doivent abolira jamais leur culte idolàtrique, leurs blasph'mes, les autels de Baal et les homicides d'âmes, et forcer ces bandits à restituer tout ce qu'ils ont volé : dignités, trône, puissance et trésors. »
Tout cela, le théologien .Iudex, fort écouté de la jeunesse à l'Université de Jena, ne le trouvait pas encore suflisant p')ur châtier le Pape, les évêques et tout le clergé catholique. A l'entendre, rois et princes devaient étudier les lois divines et humaines, peser les droits et les intérêts de l'Etat afin de trouver un chàtimonl vraiment approprié « à ces maudits, â ces séditieux qui osaient attenter à la majesté de l'Empereur, des rois, des princes, et les opprimaient depuis tantde siècles; il fallait faire expier tous leurs crimes à ces barbares assassins des corps et des âmes, à ces bourreaux, à ces brigands sacrilèges, à ces sodom.iles, à ces ennemis de toute vertu et de toute pudeur. »
Le monde entier était instruit de leur ignominie; c'est pourquoi ceux qui s'étaient a[)propi-ié le pouvoir contre l'ordre du Christ devaient être punis par l'épée ; ceux (pii avaient volé et pillé devaient être pendus ou roués vifs; ceux (pii avaient attenté à la pudeur devaient périr sur le bûcher.
Pour justifier tant de supplices. Judex citait l.uther et son livre de ht /*>i/)aiiir fnmlrc par le (Hdhlc. Il lappelait l'image (pie Luther avait l'ail l'épandre, image imprimée d'abord â Wilteuiberg, puis à léna, et sur laipielle étaient énuinérés les divers chàtimeiils dont les papistes étaientdignes.On y voyait lePape et les cardinaux attachés à la polfMice ou sur luie croix, tandis (|ue des diables tourbillonnaient autour des inslriimeuls de leur supplice et prenaient leurs âmes à l'instant de la mort pour les conduire en enfer. Au-dessous,
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étaients écrits ces mots : Salaire mérile par le Pope saianique et ses cardinaux. Luther avait imaginé une seconde image, où l'on voyait Glémînt IV tranchant la tête à la façon d'un bourreau à Gonradin, roi de Naples et de Sicile et (ils de l'Empereur Conrad IV. Au-dessous cette inscription : « Le Pape prouve sa reconnaissance aux Empereurs pour leurs innombrables bienfaits y).
« Il résulte de tout ce que je vous ai dit souvent, » ajoutait Judex, « que toutes les autorités grandes et petites, agissent selon la justice et sont dignes d'éloges toutes les fois qu'elles exercent leur vengeance contre le Pape, qu'elles aijolissent le culte des idoles et arrêtent le cours des actes barbares et sodomites des serviteurs de l'Antéchrist. Leur ôter tout pouvoir politique, les dépouiller de ce qu'ils ont entassé; transformer les pseudo évêchés en principautés laïques, donner les abbayes, les bénéfices et autres inventions maudites de l'Antéchrist, non plus à ces pseudo-prêtres, mais bien plutôt à des fonctionnaires intelligents, capables de bien gouverner, de bien administrer, c'est faire œuvre pie. »
« Au contraire, toutes les autorités, grandes et petites, pèchent très grièvement quand elles ne font pas expier au papisme, comme on vient de le dire, tout le mal qu'il a commis, mais au lieu décela l'abritent, le p;-otègmt, le défendent, le relèvent: c'est là pécher mortellement, c'est agir contre cette parole de l'Ecriture: « Allez et payez-lui le doublede ce que vous lui devez;» et conlr^cette autre parole : « Détruisez tous les lieux où les payens ont honoré leurs idoles. » Si ces autorités ne songent pas à châtier le Pape, si elles ne suppriment pas les évêchés, elles livreront leurs propres âmes et les àmesde leurs sujets aux loups ravisseurs, et ils se jetteront sur les pauvres brebis pour les égorger (Jean,X, Mathieu, VH, Actes, XX). Ces mauvais gouvernants sont plus coupables que les chefs de maisons publiques, que les propriétaires des plus abominables bouges, car ils prostituent la chasteté de leurs sujets. Les maisons de prêtres sont des maisons de prostitution. Les autorités doivent imiter l'exemple de Jéhu, de Josias et de tant d'autres pieux monarques qui ont détruit l'idolâtrie par le fer et le feu K »
En 15G8, un conseiller de l'Empereur avait donné à entendre à un confident de l'Electeur Frédéric ^^ que son maître verrait sans déplaisir une expédition contre Rome. Cependant elle n'eut pas lieu,
1 Gravissimum et scverissimum edicUim, etc. (Voy.plus haut, p. 183, notel), dans SciiLüssELBURG, t. XIV, pp. ;J75-3S9. Planck (t. IV, p. 207, note 1,) appelle cet écrit un « très curieux document » ; mais ces sortes de curiosités pathologiques étaient loin d'être rares, comme nous l'avons vu et le verrons encore dans la suite.
^ Kluckhohn, Briefe, t. 11, p. 255.
3JÜ m. l'Al'K l/l l..\ I.K.LK CoNlIll': I.KS 1 U U G S . 1571.
malj^re tous les défis lancés par Maxiiuilirii, à « l'insolent évêque de Rome w.
Une autre ranipaiino allait niottro lo monde eulior en émoi.
En lévrier 1571, l'ie V félicitait lEmpercar de s'être enfin décidé à sunir à lui pour repousser les Turcs. Il mettait à sa disposition de l'argent et des troupes, pourvu que, dans le courant de Tannée, il s'engageât à conclure avec lui une alliance positive. Il lui annonçait qu'il avait envoyé des ambassadeurs au roi de France et aux autres souverains chrétiens, parce qu'il n'avait qu'une ambition : diriger toutes les forces de l'Europe contre l'ennemi commun de la Chrétienté. « Nous voudrions, » écrivait-il, « liguer la terre entière contre l'ennemi héréditaire du nom chrétien •. »
• * Archives du Vatican, PU V Brevii, t. XIX, fol. 300.