‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 465 sur 572 · POLITIQUE EXTÉRIEURE · texte numérisé non relu

POLITIQUE EXTÉRIEURE

depuis longtemps, car les pauvres gens ont encore plus besoin de sel que les riches, et l'impôt peut créer un injuste privilège. En Autriche, on a essayé d'imposer les vins, mais jamais on n'a pu obtenir un peu de probité de la part des contribuables, et il en a été de même pour l'impôt sur le revenu; chacun a été invité à évaluer ce qu'il possédait (( selon sa conscience » et à payer cinq pour cent sur le total. Mais les consciences sont devenues si larges que de grandes injustices ont été commises. Ce qui chargerait le moins les citoyens serait certainement un impôt sur les bâtisses que toutes les classes de la société auraient à supporter, les princes ecclésiastiques et laïques comme les autres. Cet impôt permettrait certainement d'accorder à l'Empereur ce qu'il réclame. » Mais la majorité des conseillers princiers rejeta cette proposition : l'impôt ne tut pas voté 1.

Trois semaines se passèrent à chercher le moyen « de venir en aide à l'Empereur ». « Ce qu'on unit par lui donner pour calmer ses anxiétés fut dérisoire, et comparable à quelques gouttes d'eau jetée sur une pierre brûlante 2. »

Dans le cas d'une invasion inopinée, le conseil des princes eût voulu que l'Empereur convoquât la Diète « dans un lieu convenable h, par exemple à Augsbourg ou à Ratisbonne, sans avoir à réclamer préalablement l'assentiment des Electeurs, mais aussi sans leur causer aucun préjudice, afin ((u'en l'espace de trois ou quatre semaines « il fût possible de voler au secours des terres liéréditaires « de Sa Majesté». Mais les Electeurs soutijirent, au contraire, que, dans un cas d'urgente nécesssité, Maximilien devait se tourner en premier lieu de leur côté, « afin qu'ensuite, selon l'usage, on pût proposer, délibérer et conclure ^ ».

Au sujet des Trois-Evêchés, « beaucoup de paroles furent prononcées, mais seulement pour la forme, car en France non plus qu'en Livonie,on ne pouvait songer à aucune action énergique et sérieuse». L'assemblée se contenta de décider, le 7 novembre, quel'Empereur ferait vis-à-vis du roi de France « une démarche courtoise »; qu'il lui représenterait que les membres d'Empire avaient eu de faciles oecasions de recouvrer le bien injustement ravi, mais qu'inspirés par dos motifs de compassion chrétienne ils avaient préféré épargner le royaume de France, très affligé en ces dernières années, et se confier dans les sentiments pleins d'équité du roi ^ ».

^ ' Reichs tagrshaHcllanffen, t. I, fol. 469.

* Voy. le chapitre suivant.

3 * ReichstagsJiandlunjen, t. !I, fol. 597, 599, fiOO.

* * ReickstarfshandluTi'jen., t. I, fol. 482".

310 POLITIQUK EXTKltlEURE. 1570.

Pendant toutes ces vaines délibérations, Charles IX concluait avec les Huguenots la paix de Saint-Germain (8 août 1570;. Une amnistie générale était accordée aux Protestants; leurs biens leur étaient rendus, ils étaient déclarés admissibles à tous les emplois, la liberté de conscience et le libre exercice de leur culte leur étaient garantis. De plus une sûreté militaire restait entre leurs mains et quatre villes fortes leur étaient « baillées en garde » pour deux ans. Par une clause secrète du traité, le roi leur garantissait 2.000.000 livres, en remboursement des sommes empruntées eu Allemagne et en Angleterre pour l'enrùlement des soldats de Condé et de Coligny -K

Un délégué huguenot apporta à Spire la nouvelle de cette paix et lut un message rédigé par les principaux chefs du parti, dans lequel ils avouaient la devoir aux bous offices du comte palatin Wolfgang, à la bienveillance et au concours des Electeurs et princes de la Confession d'Augsbourg. Ils se déclaraient prêts, en retour, à leur en témoigner leur reconnaissance en toute occasion et les priaient de vouloir bien envoyer une ambassade solennelle à Charles IX pour le supplier de garder inviolablement les articles du traité "-. Les membres d'Empire y consentirent, se proposant en même temps de rappeler au roi « l'antique et longue amitié, correspondance et bon voisinage qui avaient toujours existé entre Sa Majesté royale, les Electeurs et princes allemands ». Afin que le roi sût bien quelle était pour lui leur sincère et loyale artection, ils le tirent assurer de tout leur dévouement, lui promettant de l'assister « de leur conseil et de leur secours » dans le cas où, relativement au traité de paix, il serait inquiété de quehjue manière que ce lût, comme dans le cas contraire et s'ils se trouvaient eux-mêmes dans l'embarras, ils se confiaient également a au bon vouloir et à la sincère amitié de Sa Majesté royale ^ ».

En décembre 1570, peu de temps après le mariage de Charles IX avec l'archiduchesse Elisabeth, fille de Maximilien,lesambassadeurs furent re(;us à la cour de France en audience solennelle. Leur interprète, Hubert Languet, félicita le couple royal, fulmina contre les intrigues ded'eveque de Home», et répéta au roi la promesse dos princes de lui envoyer de puissants renforts dans le cas où il serait menacé par quel(|ue ennemi au sujet du maintien de la paix '•.

Un agent calviniste dit confidentiellement à l'ambassadeur toscan

> Kervy.n de Lettkmiove, t. II, p. 209. »* Frankfurier l{eichsl<igmclen, l. LX.W, lui. 119 121. » * neicfisluf/siicten. l. L.XXV, fol. 125-1 i8.

* Voy. Ki.ucKiioii.N, Uriefc, l. Il, p. 408, note, et aussi v. Hl/.oi.ij, t. I, p. 7t>, Dute 2.

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