CHAPITRE VI
IE PARTI ni:VOLUTlONNAinE INTERNATIONAL JUSQU'EN lü7i.
Depuis la paix de Saint-Germain, le parti huguenot dominait entièrement en France. Ses chefs s'étaient tellement emparés de l'esprit du roi qu'ils pouvaient [JOur ainsi dire leconsidc'i'ercommeun des leurs. Le nonce écrivait en octobre lo70à rambassadenr d'KspajjMie Alava: « Catherine de Médicis ne croit pas en Dieu, non plus qu'aucun de ceux qui vivent dans son entourngc ou dans celui du roi '. ^) A peine les négociations avec les Turcs étaient-elles entamées que Catherineconçut la pensée d'attacher l'Angleterre aux intérêts français p;n' le niai'iage du duc d'Anjou, sou troisième fils, avec la reine Elisabeth. On espérait, du côté protestant, que ce mariag(3 entraînerait la victoire définitive du Protestantisme en Europe. « Si le duc d'Anjou est docile, » écrivait le ministre anglais Cecil t^n mars 1571, « il pourra, soutenu par l'Allemagne et les nulres pays protestants, devenir le vaillant champion du Seigneur, pour l'éternello confusion du papisme. » Un entretien qu'eut Charles IX avec l'ambassadeur d'Angleterre «à Paris lit croiie un moment que le roi songeait à rompre délinitivenKMit avec Home -. Catherine l'ut extrêmement irritée lorsque le duc d'Anjou lui déclara (|u'il n'épouserait Elisabeth (jue dans le cas où la reine'auloriserait en Angleterre le libre exercice du culte catholique. Elle écrivait le 25 juillet à rand)ass;ideur de France à Londres : «Ces sornettes ont sans doute été mises dans sa tête par ses mignons, mais je saurai bien m'en venger. » EIFectivement, le plus indiient d'entre eux, Ligneroles, était a->sassiné peu de temps après. Catherine, dans sa lettre à l'ambassadeur, ajoutait <|ue, si elle no venait pas à bout du duc d'.Vn-
' FJAi'MCAnTKN, pp. 33-.34.
* Kkrvvn dk I>i;tti:mi()vi:, t. II, p. i70.
AMBITIEUX PROJETS DE LA FRANCE RELATIVEMENT AUX PAYS-BAS. i>33
jou, elle essayerait de faire agréer à la reine son plus jeune fils, le duc d'Alençon, qui, disait-elle, ne ferait point tant de difficultés i. Pour vaincre les résistances du duc d'Anjou, elle s'efiorça d'obtenir pour lui la permission de pratiquer sa religion en secret. « H n'est pas douteux, » écrivait-elle en Angleterre, « que la reine ne parvienne très promptement à convertir le prince. « Mais Klisabctli fut inflexible, et le mariage ne se fit pas -. Cependant, le 19 avril 1572, un traité fut conclu entre la France et l'Angleterre. Les deux puissances se promettaient un mutuel appui « dans le cas où l'une d'elles serait attaquée pour un motif quelconque ». Charles IX, qui songeait à porter la guerre dans les Pays-Bas, avait tout fait pour s'assurer l'appui d'Elisabeth.
La conquête des Pays-Bas et le mariage d'Henri de Navarre avec Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, tels étaient les deux plus chers désirs des Huguenots depuis la signature de la paix de Saint- Germain. Coligny avait fait de La Rochelle son centre d'action, sa capitale. Louis de Nassau, frère d'Orange,, qui s'y était établi, y commandait plusieurs galères. Comme un vrai chef de pirates, il attaquait et pillait les vaisseaux espagnols chargés demarchandiseset vendait publiquement son butin ■*. Philippe II s'en plaignit à Charles IX, mais inutilement. « Mon intention est de soutenir le prince d'Orange, » déclarait le roi en mars 1571 à l'ambassadeur de Florence^ « et j'entends m'occuper tout particulièrement des intérêts des Flamands. » H entra en négociation avec Guillaume d'Orange. Louis de Nassau et Coligny lui faisaient espérer l'appui de deux Electeurs laïques dans le cas où il se déciderait à envahir les Pays- Bas. Tandis que les princes d'Orange répétaient à satiété dans leurs manifestes « que la liberté et l'indépendance de la patrie étaient l'unique but qu'ils poursuivaient ;), tous deux discutaient avec Charles IX les conditions des plus honteux marchés, conduite que leurs plus zélés partisans ont justement flétrie. Approuvé par Guillaume, Louis, dans une entrevue secrète qu'il eut avec le roi en juillet 1571, proposa le partage des Pays-Bas. La France devait avoir la Flandre et l'Artois ; l'Angleterre, la Zélande et Flessingue; la Hollande, le Brabant; les duchés de Gueldre et le Luxembourg devaient passer sous la domination d'Orange. « Electeur du Brabant et prince du Saint Empire, » Louis avait communiqué tous ces plans à Walsingham, ambassadeur d'Angleterre à Paris, et lui avait fait comprendre combien Elisabeth avait intérêt à les
1 Recueil des dépèches, rapports, etc. Londres, 1838-1840, t. VII, p. 234.
^ Baumgarten, p. 61.
3 Keuvyn de Lette>hove, t. II, pp. 29Ü-292, note. Bau.mgarte.\, p. 153.
334 LA lli; V UL LTlUiN 1 M i: H N A T 1 0 N A L lî. 1571.
encourager. « La Zélande, » lui avait-il dit, « mettrait la elef des Pays-Bas dans la main de la reine; alliée des princes allemands, elle pourrait alors s'opposer au dangereux esprit de eonfpiete de la France. » Walsinyliani s'était montré favorable au k grand projet » et avait promis d"y intéresser sa souveraine. «. Les princes allemands, » écrivait-il à Londres, « prévoient que la France, si elle obtient les provinces llaniandes, deviendra trop puissante, c'est pour cela qu'on a proposé ce partage. Louis de Nassau a été choisi par Dieu pour accomplir les plus glorieux exploits et procurer sa gloire. La reine fera bien de l'y aider, afin (pie le feu (jui commence déjà à jeter des étincelles devienne un grand brasier et (jue nous puissions tirer (|uel(iueavantai;e de sa chaleur '. »
Charles IX avait d'esprit toutrempli de projets decon(|uêtes)), et Coligny lui devenait de plus en plus cher. L'amiral fut invité à sa cour (septembre 1571) et fut chaleureusement accueilli à Blois. Le roi le combla d'honneurs et de présents; ou alla jusqu'à lui abandonner les bénélices et les revenus d'une riche abbaye. Charles l'appela dans son conseil, et lui donna le commandement de l'armée des Pays-Bas. Mais l'ambition de Coligny allait bien au delà.
Comme tous les chefs de la révolution internationale, rois ou prince>% il levait l'humiliation de l'Kspagne, la plus grande puissance catholi(iue do l'Europe; lui-même cmifcssc (pie, dans toutes ses entreprises, il a eu surtout cet objet en vue. En Angleterre, dans les cours protestantes de l'Allemagne, à Constantinople, ses agents travaillaient dans ce sens. 11 entretenait des relations secrètes avec les Maures d'Espagne; dans les Indes Orientales, il s'efforçait de tarir les sources de la richesse espagnole et poussait les cantons protestants à s'allier avec la France contre Philippe II -.
Au mois d'août 1571, Charles IX, répondant aux avances des princes allemands-', envoya à la cour de Saxe un négociateur habile, Gaspard de Schomberg, pour préparer une alliance défensive entre la France et les membres d'Empire protestants. Schomberg dit à l'Electeur Auguste « que le roi craignait extrêmement les persécutions du Pape et de ses alliés au sujet de la paix de religion (pi'il voulait à tout prix maintenir; qu'il était tout dévoué aux maisons (lu Palalinat, de Saxe, de Brandebourg, de liesse, delh'unswick et de W'urleuberg, et désirait 1res particuli(''rcment entretenir avec elles une bonne et cordiale amitié, espérant en recevoirà son tour conso-
'JusTi:, JJist. (le la liévolutiun des l'aijs-Bus, I. II, i>i). Sol-i.'iü. Voy. surloul Kekvy.n dm Liint.NiujVK, t. M, pp. 301-3!21.
* KmvY.N i>i; Lkttk.miovi;, t. Il, pp. 325-333. SiitiKssKR, t. 11, p. i'ii.
"• Instruction pour Sclioiiibort!: voy. Guol.n van I'iu.nsteue», t. I\^ 1*.... « sur les ütlres (ju'il luy fuLsait ic prcuiicr ».