‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 472 sur 572 · NEGOCIATIONS FR ANCO-A LLEM A N U RS · texte numérisé non relu

NEGOCIATIONS FR ANCO-A LLEM A N U RS

lalion et assistance, résolu à exposer pour elles tout ce qu'il possédait et à agir en toute circoustatioo dans leur intér(:;t,et comme il le ferait pour défendre sa propre couronne. Auguste répondit qu'il ne manquerait pas de s'entretenir do cette affaire importante avec les autre princes et que, si l'amliassadeur revenait dans un mois ou deux animé des mèmcâ intentions, il s'en entretiendrait plus amplement avec lui. Le 2 octobre 1571, Charles IX, donnant audience à un agent diplomatique de l'Electeur palatin, le pria do dire à son maitre et à ses amis qu'il était tout disposé à s'unir à eux, et que le temps était venu de fixer avec précision les conditions do leur alliance. Et comme cet agent, le docteur Junius, prédicant calviniste, disait qu'il serait avantageux de décider Elisabetli d'Angleterre à faire partie de la ligue, le roi entra pleinement dans son sentiment. Chargé de ce message, Ju[iius rentra en Allemagne, accompagné de Philippe Duplessis-Mornay, l'un des hommes les plus actifs et les plus intelligents du parti calviniste, et s'empressa d'aller assurer le prince d'Urango « des bonnes dispositions de la France ^ ». Peu de temps après, en ce même mois d'octobre, Schomberg, muni de lettres du rui, do Catherine de Médicis et du duc d'Anjou, arrivait à la cour de Dresde pour y poursuivre les négociations.

Schomberg faisait de beaux rêves. « Le roi de France est seul digne de l'Empire, » répétait-il au duc d'Anjou '^. Pour enllammer l'ardeur de Charles IX, Louis de Nassau faisait briller à ses yeux la couronne impériale comme le prix de ses etforls, comme la plus grande gloire que pût ambitionner la maison de Valois. « Il n'était pas seul; » disait-il, « à faire des vœux pour Charles; tous ceux qui avaient dans la question autorité et compétence partagaient ses espérances 3. » Guillaume de Hesse, de son côté, apprenait à la reine Catherine comment elle devait s'y prendre pour assurer au duc d'Anjou, son hls préféré, la couronne impériale, ce qui ne l'öm péchait pas de dénoncer l'Electeur palatin à Auguste de Saxe comme entretenant des rapports suspects avec la France. 11 disait vrai : Frédéric mettait tout en œuvre pour faire aboutir l'alliance francoallemande, et témoignait en toute rencontre de ses sympathies françaises ''.

^ « L'Empire romain, .> écrivait Guillaume de Hesse à l'Electeur Frédéric, « repose sur ces pieds de fer et d'argile dont a parlé le

1 Kervyn de Lettenhove, t. Il, p[j. 334-333.

"^ Voy. Groen van Puinsterer, t. IV, 16*.

a Groen.van Phinsteuer, t. IV, 8'k*. Kervyn de LETTE.xiiovE, t. II, p. 344.

* Dépêches de Schomberg dans Groe:^ van Piunsterer, t. IV, i*-9*. Voy. t. IV, p. 269. Voy^les négociations relatives à cette alliance dans Klgxkuou.s, Briefe', t. II, pp. 427-437, 444 et suiv. Voy. v. Be^iolu, t. I, pp. 80-87.

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prophète Daniel *. » Les membres d'Empire catholiiiues, surtout les membres ecclésiastiques, se sentaient entourés d'ennemis, et se mrliaieiit surtout de Frédéric, (ju'ils soupronuaient do comploter Icurruine-. Ellectivemeut le chancelier de lEIecteur, Ehcm, ne se gênait point pour dire tout haut que son maître espérait bien « annexer du moins révêclié de Worms au Palatinat^ ». « Les prêtres tremblent qu'on ne leur enlêveleur pouvoir et leur pitance, >> avait dit longtemps auparavant un conseiller de Frédéric. « La Saxe et la liesse, qui nous conseillent de les laisser en paix, en parlent bien à leur aise, elles qui ont déjà mangé et digéré de succulents morceaux *. )> Frédéric, qui soutenait les Flamands et dont les continuels attentats irritaii-nl Philippe IT, craignait de son coté les représailles du duc d'Albe '■'. « Le roi d'Espagne a plus d'un bon motif d'en vouloir au Palatinat, » écrivait Albert de Bavière à l'Empereur le 10 juillet 1572 ; « les prédicants calvinistes envoyés par Frédéric dans les Pays-Bas y ont lait le plus grand mal. Les membres d'Empire protestants menacent les membres d'Empire catholiques et Maximilien ferait bien de faire acte d'autorité. En lui est la seule espérance de notre petite troupe catholique ". »

Mais les princes protestants n'étaient pas d'accord enlr'i'ux. Jules de Brunswick repoussait toute alliance avec l'étranger. « C'est à l'école de son beau-frère l'Electeur de Brandebourg (lu'il a puisé ces manières de voir, » écrivait Schomberg. Jean-Georges de Brandebourg, qui avait succédé à son père le 2 janvier 1571, approuvait qu'on fournîtàla France des secours en hommes et en argent, mais il était très opposé à une alliance positive, disant qu'une ligue était chose dangereuse, qu'elle pouvait provoquer une coii Ire-ligue, (jue son père avait toujours refusé de prendre part à de semblables confédérations et que dans son testament il lesavait formellement interdites. Ce fut ce qu'il répondit à l'ambassadeur palatin Ehein, cliarg«' par Frédéric de lui soumettre le plan suivant : « (>hacun des trois Electeurs fournira mille chevaux en cas de guerre au roi de France. Pour les soldes et l'équipement des soldats, ils donneront (piarante mille florins ; en revanche, le roi leur promettra, en cas de guerre, trois mille chevaux et un régiment d'arcjuebusiers gascons avec leur solde pour six mois. » Auguste de Saxe, lui non plus, nélait pas d'avis de mettre sur pied des troupes auxiliaires, mais seule-

' Ki.i (Kiioii.N, Urirfe, I. II, [i. 477. » V. JJi zoi.i), t. I, j). 'Ji, note 1 .

* V. JJk/oi.ii, l. I, I». 44«, ri" 293.

* V. Uiizoï.i), t. I, pp. ü;> ü(), note 4.

' Voy. V. lii/.oi.i), l. I, p.y4, iiol«r 4.

* KLtcKiioii.N, Uriefc, I. 11, i)p. iüb-ißy.

LE ROI DE FRANCE ET LES (( GUEUX DE MER ». lo7ïî. 337

ment d'accorder à la France des secours en argent. Frédéric fut donc obligé de consoler l'ambassadeur français, venu pour négocier avec lui à Heidelberg, enlui faisant espérer de meilleurs jours.

Pendant ce temps, en France, le feu était aux poudres.

Après Goligny, le comte Louis de Nassau était l'homme le plus écouté à la cour de Charles IX. Il touchait une pension de 120.000 francs ; c'était grâce à lui que le contrat de mariage de Marguerite de Valois, sœur de roi, avec Henri de Navarre, avait été signé (M avril lo72). « Ce n'est pas seulement au prince de Navarre, mais à tous les Huguenotsque je donne ma sœur, » avait dit le roi, « moi aussi je les épouse K » Le 11 mai, Charles écrivait à Noailles, son ambassadeur à Constantinople : «Vous direz au Grand Seigneur que je viens d'équiperune flotte sousprétexte de protéger mes ports et mon littoral, mais en réalité pour endormir le roi d'Espagne et pour ranimer le courage des Gueux, qui déjà se sontemparés de la Zélande et menacent maintenant la Hollande. J'ai aussi fait alliance avec l'Angleterre, ce qui a donné aux Espagnols une étrange jalousie, car ils sont fort mécontents des relations que j'entretiens avec les princes allemands 2. » A la même date, Charles envoyait au roi catholique des protestations de fidélité. Il lui était tout dévoué, lui écrivait-il ; il ferait tout pour maintenir les Flandres sous son autorité, et son commerce avec Louis de Nassau n'avait d'autre but que de décider ce prince à entrer au service de l'Espagne. » Il donna les mêmes assurances au nonce ^.

(( Les Gueux de mer, » protégés par Charles IX et par le prince d'Orange, étaient, au dire même des Protestants, les plus abominables pirates de tous les temps ; ils ne respiraient que pillage et que meurtre, et leur cruauté était telle qu'on en eût à peine trouvé l'équivalent chez les Turcs, C'était l'écume et le rebut de toutes les nations; ils attaquaient indifféremment les pavillons espagnols, allemands, français, anglais, danois ou suédois. Leur cupidité était sans égale; sous prétexte de faire retentir en tous lieux leur cri de guerre: « La parole de Dieu daprès Calvin 1 » ils saccageaient les églises et les couvents, et faisaient subirde tels traitements aux moines et aux religieuses que l'histoire des peuples off"re peu d'exemples de semblables monstruosités ^. En même temps, les « Gueux de buissons » (^usc^ej/sen) jetaient l'épouvante dans les provinces par

* Kervyn de Lettenhove, t. II, pp. 347, 363.

* Noailles, Henri de Valois, t. I, p. 9. ^ Ker\'^n de Lettenhove, t. II, p. 355.

* Altmeyer, Les Gueux de mer et la prise de Brielle. Bruxelles. 1863. Voy. HoLzwARTH, t. II, pp. 492 et suiv. Ker^-i-.x de Lettenhove, t. Il, pp. 408 et suiv.

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leurs brigandages elles raftinements de leur impitoyable cruauté ^ Le régime de terreur établi par le duc d'Albe était cause en grande partiodecesabominations. « El semblait en vérité,» écrit un contemporain, « que le roi et les rebelles se fussent entendus pour attirer sur les Pays-Bas toutes les calamités à la fois, pour y détruire tout bonheur, tout bien-être, toute sécurité. D'iunombrables procès qui, selon la coutume de ce temps, n'allaient jamais sans la torture, étaient poursuivis par le « Conseil sanglant », et les confiscations (le biens suivaient toujours ses cruels arrêts; des familles entières étaient plongées dans une détresse sans espoir. « Les plaintes de milliers de veuves et d'orphelins, » écrivait Viglius, l'un des plus lidèles serviteurs de Philippe 11^ « s'élèvent vers le ciel. »

Violant le serment prêté le jour de son sacre, Philippe, malgré toutes les représentations du cardinal Granvelle, avait autorisé le duc d'Albe à imposer à la population de nouveaux impôts, injustes dans leur nature comme dans leur forme. Le duc avait exigé le centième des biens mobiliers et immobiliers, le vingtième de tous les héritages et le dixième pfennig de toute marchandise chaque fois qu'elle passait en de nouvelles mains. Ce dixième pfennig surtout excitait l'indignation universelle : comme les marchandises, en une même semaine, changeaient souvent dix fois de propriétaire, cette taxe équivalaitàunc confiscation générale de la fortune publique. Les protestations du conseil d'Etat, celles des Etats-Généraux ne furent point écoutées. Lesévêques, à leurtour, supplièrent le roi et le duc d'Albe de renoncer à ces taxes iniques qui atteignaient particulièrement les petites gens et les pauvres. « Les évêques, » répondit le duc d'Albe, « n'entendent rien à cette question ; ils ont été influencés par les conseils des villes. » Le 24 mars, les évêques d'Ypres, de Gand et de Bruges se tournèrent encore une fois vers Philippe, le conjurant de réfléchir que le dixième pfennig allait entraîner la dépopulation du pays, l'arrêt de tout commerce ; qu'il était incunciliablc avec la justice et le véritable intérêt de l'Etat; que quand bien même la diète les voterait, ce (jui était douteux, le droit canon avait déclaré que, lorsqu'une loi est injuste et devient l'objet de la réprobation générale, le roi, en conscience, est obligé de l'abroger 2. Philippe ne voulut rien entendre. Le duc d'Albe prétendit que l'impôt n'était autre chose que l'alcabala espagnol, qui lui rapportait, rien ([ue dans sa ville d'Alva, ciiKjuante mille ducats

' I/oiivrai^c de Wynckius, Gensianisiiiiix Flandride occiilcnlnlis, uinis fournil d(>s détails sur les suppures barbares inllii^és par les (^alvaiiisles aux reiisicu.x cl aux ]>rôlrcs, voy. le T/iculruin crudelitaltim J/aerclicoruin noslri temporis, ouvrat^e orné de f^ravurcs. Anvers, 1588.

* KeuvyiNui; LiiTTENiiovi:, t. II, pp. 39i, 398, 400.

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