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LES EXERCICES SPIRITUELS

principes d'Ignace sontaussi anciens que le Christianisme, lesraoyens (ju'il conseille ne sont pas plus nouveaux. La réception des sacrements, les dilïérentes manières de prier, l'examen de conscience, le silence, la méditation, indispensable pour purifier, éclairer, orienter l'àme vers son Dieu, tout cela, la vie de Jésus-Christ et de ses saints nous en avait offert l'exemple, tout cela avait été pratiqué par tous les siècles chrétiens.

Mais ce qui donne au petit livre son caractère, son originalité, sa valeur intrinsèque, c'est, outre l'admirable concision de la l'orme, la mise en œuvre psychologique do tout ce qu'avait conseillé jusque-là l'ascétisme chrétien de tous les siècles. Les t'xercices, en etl'et, résument avec génie l'expérience des saints : ils nous offrent un système praticjue, on pourrait dire un plan de campagne plein d'unité et de logicjue, un manuel complet de tactique spirituelle pour parvenir à la conquête de soi-même. Jguace concevait la lutte personnelle de l'individu contre ses passions comme faisant partie de ce combat grandiose où Dieu et la volonté pervertie de l'homme sont en lutte depuis la chute de l'ange; combat pendant le<iuel Jésus-Christ, qui en est le chef, marche devant nous portant l'étendard de la victoire. Ignace lui-même s'était enrôlé sous la bannière du divin Roi avec le brûlant enthousiasme, le chevaleresque sentiment d'honneur, l'héroïque dévouement d'un soldat; mais, comme au soldat véritable, la beauté, la grandeur du but no lui firent jamais perdre de vue les périls et les diflicullés de la lutte. D'un regard sans illusion, il avait scruté les côtés faibles de sa nature, et cherché les moyens de guérir les plaies de son âme en luttant contre luimême avec une indomptable énergie. Peu à peu, l'orgueilleux chevalier s'était transformé en un humble prêtre, plein de douceur et de patience, et il eu était venu à n'avoir plus au cœur qu'une unique ambition : prendre pour son partage la persécution et les opprobres pour l'amour de Jésus-Christ.

Comme principal moyen de réforme intérieure, le petit livre commence par nous proposer la prière méditée ([ui, de tout temps, a formé l'àme du vrai chrétien, mais surtout l'àrae du religieux. Les sujets les plus importants de méditation que la révélation nous iournit sont au moins indiqués, et divisés en quatre parties ou semaines. Les sujets de la première semaine ne sont autres que ces vérités fondamentales que la raison admet et proclame sans le secours de la révélation, et qui constituent les assises inébranlables de toute religion, de toute vie intérieure. Ignace, pour les assimiler aux âmes, ne compte jamais sur les impressions vagues et fugitives du sentiment, mais sur le développement logique de la pensée. Ur

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le point de départ comme le but suprême de cette marche ascendante vers le vrai, c'est Dieu. L'homme a été créé pour servir Dieu, pour être un jour heureux en lui, et cette loi de son être doit le diriger dans l'usage qu'il fait des créatures, car s'il veut être un jour uni à Dieu, il fautnécessairement qu'il s'affranchisse de toute attache déréglée à ce qui est terrestre. Sur ce principe, qui seul nous offre une conception raisonnable et morale du monde et de la vie, Ignace élève son édifice. .\son école, le chrétien médite tour à tour l'origine, la nature, les conséquences, le châtiment du péché, ses rapports avec les passions humaines, ses racines intérieures ctextérieures. Ces méditations sont disposées de manière à faire naître dans l'âme un sincère repentir, une contrition vive et profonde, à produireunecomplèteconvertion, et enfin une régénération totale par la digne réception du sacrement de pénitence.

La seconde semaine traite de la réforme de la vie, de l'acquisition de la vertu véritable. Ignace, dans une sorte de seconde méditation fondamentale, propose au chrétien l'exemple de Jésus-Christ, idéal de toute vertu, qui, dans sa vie. a présenté à l'homme d'une manière sensible le modèle qu'il doit s'efforcer de reproduire. Les autres méditations suivent avec simplicité le récit évangélique, depuis l'Incarnation jusqu'à la dernière Cène. Une fois seulement intervient, unissant entre eux les traits divers de tous les Exercices, une méditation où l'esprit du Christ et sa conduite envers les âmes sont placés dans un saisissant contraste avec les procédés ordinaires et les artifices du démon *.

La troisième semaine est consacrée à la méditation des souffrances du Sauveur; la quatrième, aux mystères de sa résurrection et de son ascension. Elles ont pour but de fortifier de plus en plus les résolutions que le chrétien vient de prendre pour la réforme de sa vie.

Enfin la méditation finale sur l'amour divin renferme, comme en un ardent foyer, les motifs les plus propres à décider une âme à se donneriàDieu, à se consacrer sans réserve à son service. Fortifié pas à pas dans l'imitation de Jésus-Christ par l'étude de sa vie; résolu, pour son amour, à un dépouillement total, à une immolation généreuse de tout lui-même, le chrétien, guidé par Ignace, s'offre enfin joyeusement, lui et tout ce qu'il possède; il donne tout, il apporte tout, « pour un unique amour, pour une grâce unique ^ ».

' Dans le texte original espagnol cette méditation porte le titre de « dos Bauderas <>, les deux Etendards,

* On désigne comme il suit l'objetparliculier ainsi que le but de cliacun des Exercices des quatre semaines : Deformata reformare, reformata conformare," conformata confirmare, conlirmala informare.

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Tel est, en abrégé, le plan du petit livre.

Les Additions, condensées pour la plupart en courts aphorismes, ofï'rent une méthode abrégée de prière mentale et vocale. Tantôt elles fournissent au retraitant toutes sortes de moyens excellents et pratiques pour prier avec plus d'attention et de facilité, tantôt elles lui donnent d'utiles avis sur les divers états d'âme qui se rencontrent dans la vie spirituelle; ici, ce sont de courtes indications sur la manière de mettre en pratique les résolutions adoptées; là, quelques règles sur le culte extérieur ; enfin des principes généraux destinés à mettre ses pensées en parfaite harmonie avec l'enseignement et l'esprit de l'Eglise *.

C'est seulement dans cette partie des Exercices i qu'Ignace, dans une certaine mesure, s'est placé en face des erreurs de son temps; mais il le fait d'une façon tout indirecte, nullement imperative, car il ne s'adresse qu'à des Catholiques. Assurément il leur recommande la plus complète soumission à l'autorité de l'Eglise, l'étude et la culture de la théologie scolastique et patristique, l'attachement au culte , le respect pour les commandements de lEglise, l'humilité, la prudence dans l'examen des questions controversées, particulièrement la grâce et la prédestination; mais son dernier mot estpour les exhorter à ne jamais perdre de vue, après l'amour de Dieu, celte crainte humble et filiale de l'olfenser qui, de tout temps, a été le commencement de la sagesse.

Ni la simple lecture, ni l'étude théorique ne sauraient faire comprendre à personne la portée du petit livre. C'est tout simplement un guide i)ralique, destiné à nous apprendre à retirer de nos exercices spirituels tout le fruit qu'ils doivent produire, mais, comme tel, il a exercé une influence si extraordinaire sur les âmes qu'aucun autre écrit ascétique ne peut lui être comparé. Quiconque se déciderait à sui vre fidèlement ses courtes indications expérimenterait en son âme une transformation analogue ou égale à celle dont Ignace fut le premier exemple. C'est ce qui est arrivé aux premiers compagnons du saint, et après eux à une multitude de prêtres du clergé séculier, à des religieux, à des princes de l'Eglise, à des savants, à des laïques de toute condition. Tous, par leur secours, se sont sentis transportés dans une atmosphère plus pure, arrachés aux sollicitudes du temps, élevés aux plus hautes pensées. Les esprits hésitants et troublés y ont retrouvé la plénitude de la foi, la paix avec Dieu et avec eux-mêmes. Les mondains, avides de jouissances et de plaisirs, ont été arrachés de l'abîme où

* Regulœ aliquot ut cum orthodoxa Ecclesia sentiamus.

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