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LES PREMIERS JÉSUITES EN ALLEMAGNE

de l'Eglise, qui, à les entendi-e, dépassent de beaucoup les forces liuinaines. 11 faut douî diriger et encourager nos frères séparés, et leur inspirer la ferma confiance qu'avec le secours de Dieu, ils seront en état, non seulement d'accomplirtoutee que Dieu etlEglise ordonnent, mais des choses beaucoup plus difficiles encore. Assuréincntce lui (\u\ ne leur parle que des devoirs de la vie chrétienne, de^charmes de la vertu, du bonheur goùlé dans la prière, de l'heure de la mort, de l'éternité, de l'enfer, et d'autres sujets semblables, font pUis pour leur salut que celui qui les écrase sous une masse de citations et d'arguniciils. Que Jésus-Christ, Sauveur de tous les hommes, lui (lui sait (jue sa parole écrite ne suffit point pour changer les cœurs, daigne, par sa divine grâce, toucher et amollir leurs àmesM » Faber écrivait aux novices de Paris : « La science toute seule sert de peu pour convertir nos hérétiques dans les circonstances actuelles; nous n'avons point de meilleur moyen de les convaincre que nos bonnes actions et l'immolation totale de nous-mêmes. Elïorcez-vous donc d'acquérir l'esprit vivant de la science unie à une irréprochable pureté de vie. Progressez dans l'imitation de Jésus-Christ, alin (pie vous puissiez devenir les guides de ceux de vos frères (jui ont eu le malheur de tomber dans l'hérésie. Que le Seigneur vous donne la grâce de la persévérance dans l'amour de Dieu et dans la patience de Jésus-Christ - ! »

Le journal de Faber révèle son àme. Jamaisil n'oublie de priertout particulièrement pour Luther, Mélanchthon et Bucer, etpourles sept grandes villeshérétiques, schismatiques ou musulmanes du monde: Wiltemberg, Moscou, Genève, Constantinople, Antioche, Jérusalem et Alexandrie; il ne cesse de demander à Dieu la grâce, pour lui et pour les religieux de son ordre, d'y célébrer un jour le saint sacrifice de la messe ^. Pierre Canisius écrivait en 1543 à un ami : « Je n'ai jamais vu ni enlriidu un théologien capable de rivaliser avec Faber en science, en profondeur de pensée. Je ne connais point d'àme dont la vertu égale la sienne; il n'a qu'un unique désir: coopérer avec Jésus-Christ au salut des âmes; on n'entend sortir aucun mot de sa bouche, même dans le commerce d'une société intime, à table, dans les récréations, qui ne se rapporte à Dieu et à la piété. Il a acquis une telle réputation de vertu que beaucoup de religieux, d'évêques et de théologiens se sont mis sous sa conduite, entre autres Gochlaüs, qui se déclare incapable de jamais dire tout ce qu'il doit à ses leçons. Un grand nombre de prêtres et

' Meinoriale, pp. 378-38o. Yoy. Cor.nely, pp. Ö8-71.

ä Memoriale, pp. 370-376.

a Memoriale, pp. 19, 22, 29, 30, 340.

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de personnes de toiUc condition ont, grâce à ses efforts, abandonné les compagnes de leurs péchés, tourné le dos au monde ou renoncé à leur vie de désordre ^. »Un jour, à Aix-la-Chapelle, Faber étant monté en chaire parla avec tant de force et d'onction que beaucoup de ses auditeurs, touches d'un ardent désir de perfection, le suivirent jusqu'à Cologne pour se faire instruire à fond des principaux articles de la foi catholique 2.

Faber désirait avec ardeur porter l'Evangile aux peuples payens. Gomme son maître Ignace, il regardait leur conversion comme l'un des principaux objectifs de son ordre.

Ainsi, le premier Jésuite appelé à réformer l'Eglise d'Allemagne portait déjà dans l'àme la pensée fondamentale du nouvel institut qui, loin de se borner à combattre l'hérésie, songeait dès l'origine à reculer les bornes de la Chrétienté, en même tempsqu'à renouveler et à perfectionner la vie clirétienne chez les peuples restés fidèles à l'Eglise.

Claude Jajus, originaire du diocèse de Genève, montrait le même zèle que Faber dans ses catéchismes, en chaire et au confessional. Comme Faber, il était intimement convaincu que la scission religieuse ne devait pas être uniquement cnvisagéccomme une querelle de théologiens, et qu'avant tout la conversion des cœurs était nécessaire, l'hérésie ayant pour origine, bien moins les erreurs de l'intelligence que la corruption des mœurs. Il fut expulsé de Ratisbonne en 1544. Comme on le menaçait de le jeter dans le Danube, il dit avec beaucoup de calme : « J'espère que du fond même de cette eau. Dieu me fera la grâce de parvenir au ciel ^ ! » Il écrivait à un gentilhomme italien qu'il donnerait avec joie tout son sang pour que la « noble et puissante nation allemande ne perdît pas entièrement le trésor de la foi * ». A Worms, il passait souvent des nuits entières au chevet des malades; il n'acceptait aucun présent et vivait dans la pauvreté volontaire.

« Les premiers missionnaires de la nouvelle secte des Jésuites, » écrivait plus tard avec amertume leprédicant calviniste Seibert, « détournent beaucoup d'âmes du saint Evangile à Worms et en d'autres lieux. L'un d'eux, surtout, grand hypocrite, passant les jours et les nuits dans les églises ou dans les hôpitaux, mangeant et buvant à peine, dormant peu et ne se vantant point de ses bonnes œuvr.es, comme ont coutume de le faire les faux dévots, a l'art de

' RiEss, p. 33. CoRNELY, p. 125.

^ Meyer, Aachensche Geschichte, pp. 447 et suiv.

3 Agricola, t. I,p. 10. BoERO, Jaio, p. 47.

* BOERO, p. 90.

LES EXEUCICES SPIRITUELS. -iUl

séduire les âmes. Son genre de vie saute aux yeux de tout le monde, de sorte que beaucoup d'infortunés retombent dans Tidolàtrie papiste pour la damnation éternelle de leurs âmes, entraînées par ce misérable hypocrite et d'autres rusés compères de sa troupe tondue *. »

« Pourquoi se fàcherait-on des discours des hommes,» disait Jajus, « ils s'envolent comme la paille légère au vent ! Seules la parole et la loi de Dieu demeurent éternellement. Souffrir la persécution pour Jésus-Christ, aimer la pauvreté et l'abaissement, voilà ce qui nous apporte une bénédiction dontle fruit sera éternel. » Ayant entendu dire que le roi Ferdinand voulait demander au Pape de h contraindre à accepter l'évèclu'' de Triesto, il conjura Ignace de l'en dissuader, ne voulant à aucun prix êtreévêque, et regardant comme nuisible à l'action de son ordre l'acceptation des dignités ecclésiastiques -.

Le centre d'action de Jajus était à Ratisbonne; celui de Nicolas Bobadilla, son compagnon, à Vienne. Bobadilla était du diocèse de Valence, dans l'ancienne Caslille. Ferdinand lui avait ollert un logement dans son palais; mais il avait préféré rester à Thôpital, où il vivait d'aumônes. « En nul autre endroit de l'Allemagne, » écrivaitil en lo4!2 à Ignace, « il n'y a plus à faire (jn'ici. Le roi, la cour, le nonce apostolicjue sont contents de moi; je proche ordinairement tous les dimanches et jours do fête; j'entends les confessions, j'administre les sacremenls. Le roi méfait venir tous lesjours pour traiter avec lui de questions spirituelles et des intérêts de la religion. » Bien que d'une constitution faible et déjà gravement atteint, le Père, en lo't2^, voulut partir avec l'armée pour la Hongrie, et se fût estimé heureux de donner sa vie pour l'Eglise ^. En Ly44, on le retrouve à Passau, où il eut le bonheur de convertir beaucoup de prêtres de mauvaises mœurs '*. Pendant la guerre de Smalkalde, il se dévoua aux blessés et aux malades, et fut atteint de la peste dansée service; une autre fois, il fut blessé. Desévêchés lui furent offerts à diverses reprises, mais il les refusa toujours pour le mémo motif que Jajus, estimant qu'en les acceptant il n'eût rien fait d'utile ni pour lui ni pour son ordre ^.

Ces trois hommes et leurs compagnons olFraient au monde l'éclatant exemple d'un dévouement fidèle et absolu à l'Eglise, d'une immolation totale à la cause catholi(iue.

' Seibert, p. 13.

* Pour plus de dclails voy. I3oeho, pp. 120-127. Voy. surtout la lettre de Jajus à Ferdinand, pp. 133-130.

•• lioERo, Babadl'jlia, pp. lG-i7.

* Agricola, t. I, p. 9.

* BoERo, Bobadijlia, pp. 43 et suiv. Agricola, t. 1, pp. 15 et suiv.

402 LliS EXERCICES SPIRITUELS.

Tous trois attribuaient le changement profond qui s'était opéré dans leur âme et les désirs ([ui la remplissaient entièrement à l'inlluence d'un petit livre qu'Ignace leur avait présenté non comme le fruit de profondes études théoriques, mais comme le résultat de ses expériences personnelles sur lui-même. Accueilli, recommandé, loué ^ par Paul III après un examen attentif et répété, regardé par les Protestantseux-mêmes comme un chef-d'œuvre psychologique de premier ordre, ce petit livre a été pour le peuple allemand, pourl'histoire de sa foi et de sa civilisation, l'un des écrits les plus importants des temps modernes. On le coimait généralement sous le titre abrégé &' Ex(i7'cicea spirituels, mais son titre complet est celui-ci : Exercices spirituels peu- lesquels Vhomme est conduit à se vaincre lui-même et à changer sa vie, sans se laisser déterminer par aucune attache déréglée -. »

Littérairement parlant, il est destitué de tout attrait.

Dans sa simplicité sans art, il forme même un contraste frappant avec les pédants ouvrages des humanistes du xvi^ sircle. C'est l'un des plus simples, des plus sobres livres ascétiques qui jamais aient été écrits; on n'y trouve point de rhétorique savante, point d'exagération, nulle emphase mystique.

Quant à sa substance même, au premier abord il semble n'offrir rien de nouveau, rien de particulièrement frappant. II se borne à inviter le chrétien à se retirer entiùrementdu monde pendant quelques semaines ou pendant quelques jours, à perdre de vue ses soucis, ses atfaires ordinaires, afin de se consacrer sans réserve à la prière mentale et vocale dans une solitude absolue. Là, il engage le retraitant à étudier attentivement le dessein de Dieu sur son àme, de manière à se mettre en complète harmonie avec la loi de son Créateur et sa volonté spéciale, soitcn suivant une vocation particulière, soit par la réforme radicale et profonde de l'état de vie déjà embrassé.

Dans cette préoccupation de réforme, les Exercices répondaient admirablement au besoin qui s'imposait alors à tous les esprits. Ignace veut cette réforme si nécessaire; il la veut non dans la vie civile, non pour le Pape, l'Empereur, les évêques, les princes, mais pour chaque individu ; il la veut jusqu'au plus intime de la vie. Il la place non dans des nouveautés doctrinales, mais dans les antiques pratiques du Christianisme : la prière, la pénitence, l'effort sur soi-même, le perfectionnement graduel de l'àme. Si le but et les

» Bref de Paul III. ;^1 juillet 1S48.

2 Ea:erciiia Spivitaalia S. Ljnatii de Loyola cum versione litterali ex aalofjrapho Hispanico nous illustrata. Lutetiae Parisioruiii. 1865. L'introduction et les notes sont dus au Père J. Koothaan.

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