APOSTOLAT DU PÈRE CAMSIUS
Eli lo3G, Canisius passa son baccalauréat à Cologne; en 1538, il était licencié; en 1540, il enseignait déjà la philosophie. Ayant entendu vanter le Père Fabcr, qui professait alors la théologie à Mayence et faisait cette année-là un cours sur les psaumes, il se rendit auprès de lui et lit sous sa direction les /exercices spirituels (15i3). Aussitôt après, il entra dans la Compagnie de Jésus. « A partir de ce moment, » dit-il dans le testament spirituel qu'il écrivit un an environ avant sa mort, « mon unique et ma plus importante affaire a été d'imiter Jésus-Christ Notre Seigneur, et de le suivre dans l'état où il m'a précédé, pauvre, chaste, obéissant, gravissant le chemin du Calvaire. »
Son journal nous renseigne sur ses dispositions intérieures : « Au moment où je prononçai mes vœux, » écrit-il, « je crus entendre une voix qui me disait : « Ya, enseigne l'Evangile à toute créature. » Et vous, ô Seigneur, vous m'ouvrîtes en même temps votre Cœur sacré, et vous me permîtes de me désaltérer à cette fontaine d'amour. C'est à cette source bénie, ô mon Rédempteur, que j'ai puisé le salut. Mon plus ardent désir était que des torrents de foi, d'espérance et d'amour se répandissent dans mon àme. Vous me promites alors une tunique en trois morceaux pour couvrir la nudité de celte àme misérable. Ces morceaux n'étaient autres que la paix, l'amour et la persévérance. Quand j'eus revêtu ce vêtement de salut, j'eus la pleine assurance que rien ne me mancjueralt jamais, et que toute ma vie tendrait à votre plus grande gloire. » Canisius se voua sans réserve au service de son pays : « Vous savez. Seigneur, combien de fois, le jour où j'ai prononcé mes vœux, vous m'avez recommandé l'Allemagne, m'encourageant à vivre et à mourir pour elle à l'exemple du Père Fal)er. Vous savez que je vous ai promis ce jour-là de travailler à sou salut avec l'ange gardien de mon pays *. »
Canisius, comme le prouvent ses lettres, ne cessa jamais d'être l'avocat des Allemands auprès du Saint-Siège.
« Rome pourrait tout obtenir, » écrivait-il à Laincz en loo9, « il ne faudrait que savoir s'y prendre avec les Allemands, et procéder avec une grande douceur pour ne point éteindre la mèche qui fume encore -. Il faudrait céder (|ne!(iue chose relativement aux lois du jeune, et (juant à la mise à l'index des livres suspects, il me semblerait
« Python, pp. 57-59. Beali Pétri Canisii Eœliortaliones domesiicae, cnllectae et disposilae a G. Schlosser (Ruraemundae, 1876), pp. 450-457. Kiess, pp. 7«-80.
- • « ... modo Germanica hœc ingénia commode tractentur. » Lettre du 2:2 avril 1559. Voy. plus haut, p. 27, note 4.
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Utile de prendre des vues plus tolérantes i. » Il écrivaitencore au duc de Bavière : « Nulle contrée de la terre ne nous tient plus au cœur, ànous autres Jésuites, que la terre d'Allemagne, car aucune ne nous offre un champ plus vaste pour exercer notre patience^. » «Laissons là l'Italie et l'Espagne, » disait-il à l'un de ses compagnons, « donnons-nous sans réserve à l'Allemagne, non pour quelque temps, mais pour toute notre vie. C'est là que nous devons travailler de toutes nos forces et avec le zèle le plus ardent; aussi longtemps que nous ne serons pas rappelés, nous ne devons dé.-^irer rien davantage que la bonne culture et l'abondante moisson de ce champ par de zélés ouvriers du Seigneur, parliculièrement ceux de notre ordre 3, »
« Gomment pourrions-nous nous laisser découra5:er dans nos efforts pour la propagation de l'Evangile de notre Maître et Rédempteur, par les affronts que l'on nous fait subir, par les calomniesque l'on répand sur notre compte? N'avons-nous pas promis de supporter volontiers toutes les injures pour la gloire et à l'exemple de Jésus- Christ »? Il avait reçu cette leçon de la bouche m ême de son saint fondateur : « Lorsque, pour l'amour du Christ, tu as à supporter beaucoupde contradictions, sache que tu esdans la voieleplus sûre et la plus facile pour arriver à la perfection, et que c'est une grâce précieuse,quinous apporte lajoie du Saint-Esprit. Efforce toi donc de lobtenirdela bonté de Dieu. »«Triomphe detoi-même,» avait-il coutume de dire; « si le grain de froment ne meurt, il reste isolé ''. » «Les Luthériens nem'épargnent guère dans leurs discours, » écrivaitil àLainez; (cils veulent me perdre de réputation, et je ne cherche point à me défendre. Tous les sectaires ont en horreur les Jésuites, ils les calomnient d'une horrible façon, etil est probable que des paroles et des outrages ils en viendront bientôt aux coups et aux mauvais traitemsnls. Puissions-nous les aimer d'autant plus tendrement qu'ils nous méprisent davantage ! Même quand ils nous persécutent, ils méritent d'être aimés, carie sang de Jésus-Christ a coulé pour eux. Mais quand même cela ne serait pas, il est certain que la plupart d'entre eux agissent par ignorance ^. » « Jamais les attaques nombreuses, secrètes ou publiques, que la Compagnie de Jésus a subies, ne m'ont détourné de ma vocation, » é^rit-ll dans son testament spirituel; « au contraire, elles ont enflammé mon zèle, augmenté
'» Lettre à Lainez, 29 avril 13à4 Lettre à Hosius, 9 février, 7 novembre 1562, voy. CypRiANUs, Tabiilariam, p. 237.
2 Python, p. 152.
* 3 Lettre au P. Vittoria, Worms, 16 novembre d557. Voy. plus haut, p. 27, note 2.
* RiESS, p. 74.
5 Sacchinus, Vita Canisii, p. 157.