COMMENCEMENT DE LA POLKMIQUE PROTESTANTE CONTRE LES JÉSUITES
bien dépasser la plupart de nos auteurs en charité et en modération ; ils portent dans leurs écrits je nesaisquel emportementetquelsmouvements humains, et leur âpre méthode blesse les Allemands beaucoup plus qu'elle ne les guérit. » « Les gens éclairés et instruits pensent avec moi, » écrivait-il en 1557 au controversiste Guillaume Linden, alors prolesseur à Dillingen et plus tard évoque de Roermond, « que dans tes écrits beaucoup de choses pourraient être dites avec plus de douceur. Tes jeux de mots sur les noms de Calvin, de Mélanchthon, tes subtilités savantes conviennent à un rhéteur bien plus qu'à un théologien de notre temps. Nous ne guérirons paslesmalades par de tels remèdes, nous rendrons au contraire leurs maux plus incurables. C'estavec charité, avec gravité, sobrement, posément, que la vérité veut être défendue; « notre modestie doit être connue de tous les hommes; car autant que cela est possible, il nous faut conquérir l'estime de ceux-là mêmesqui ne pensent pascomme nous*.» « Les bien intentionnés sont rebutés aussitôt que dans nos paroles ils trouvent du fiel et la trace de nos ressentiments personnels. Pour les loucher, il faut que nos discours soient graves, modestes; nos démonstrations simples et solides 2. »
La polémique protestante contre Canisius et les Jésuites manquait assurément de ces qualités.
Mélanchthon ne se faisait point scrupule d'appeler Canisius « un cynique », de le mettre publiquement au nombre de ceux «qui persécutent la vérité malgré le témoignage intime de leur conscience, qui combattent l'Evangile avec une sophistique pertide et fortifient l'erreur et l'idolâtrie •^». « Les ministres du comté de Mansfeld écrivaient en 1560 que les héréti(]ues, les Canistes ou Jésuites, avaient dépouillé toute pudeur, comme leur chef Canisius, cet aboyeur effronté, auquel convenait si bien son nom ^ » On lit dans un écrit daté de 1561 : « La race pestiférée des Jésuites, abandonnant toute pudeur
'* Lettre datée d'Augsbourg, 22 avril 1539. voy. plus haut, p. 27, note 4.
ä Ram, a nalecies pour servira l'histoire de l'université de Louvain, 1852, n° 15, pp. 144-152. Le jésuite allemand Jean Dirsius, nommé recteur du collège d'Inspriick en 1563, envoya à son supérieur, à Rome, un mémoire surles points auxquels les jésuites d'Allemagne devaient particulièrement avoir ét^ard. Il y est dit entre autres choses : « Les membres de notre ordre doivent, dans les actes publics ou privés de leur ministère, se montrer très prudents et se garder de faire aucun reproche à nos adversaires actuels, à quelque secte qu'ils appartiennent ; ils ne les traiteront jamais de coquins, de misérables, de démons ; ils [n'useront envers eux d'aucune injure ou calomnie (nec vocent eos nebulones, nec diabolos vel aliis vocabulis et calumniis odiosissimis). L'autographe de ce mémoire se trouve dans les archives de la Compagnie; il en existe une copie à la bibliothèque d'Exaeten.
3 Corp. Reform, t. VllI, pp. ô88-ë89, voy. plus haut, p. 24.
* Bekenntniss der Prediger in der Graffschaj't Mansfeld (Eisleben, 1563), p. 70.