‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 52 sur 572 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

POLITIQUE extérieure DANS SES RAPPORTS AVEC

l'allemagne depuis 1325.

Tandis que la révolution menaçait de détruire « l'Empire romain ■de nation germanique » et, avec lui, tout ré([uillbre politique et social derAlIemagne, la puissance impériale renaissait en Italie, grâce à l'importante victoire remportée à Pavie sur les Français par les Impériaux (2i février 1323).

« La bataille a été rude », écrivait Reissner, secrétaire de Georges de Frundsbcrg; « dans les deux camps, des capitaines expérimentés combattaient non seulem'-^nt pour la gloire, mais pour l'empire de ritalie. » L'armée Irançaise avait été taiUé'c en pièces; le roi François l'^'^était prisonnier. Eu France, la situation devenait tfiUement cri-

POLITIQUR KXTKHIKIHK DANS SKS HAIM'OHTS AVKC L ALLKMAG.NF-:.

pour donuci- à lllalic cl à la Chrétienté un repos depuis si longtemps désiré *. Dans le même but il adressa un bref à l'Empereur, à rarcliiduc Ferdinand, au chancelier Gatinara et à d'autres personnages influents 2 témoignant beaucoup de joie le jour où les pourparlers avec le plénipotentiaire Lannoy, vice-roi de Naples, aboutirent à un solide traité de paix avec Charles-Quint •'. Le 1" mai, la paixfutsolonnellement annoncée à Rome. La ville sainte était dans l'allégresse : le Pape entonna lui-même le Te Denm '".

Mais les engagements pris par Launoy, touchant le paiement d'une forte somme d'argent au duc Alphonse de Ferrare, étaient eu contradiction flagrante avec le traité qui venait de se conclure, et l'Empereur, dans ce traité, ne voulut ratifier que les décisions qui lui étaient favorables, et non celles qui garantissaient au Pape des secours contre ses vassaux rebelles, ainsi que plusieurs autres avantages ^\ Les malentendus relatifs au duché de Milan ne tardèrent pas à amener une totale rupture entre le Pape et l'Empereur.

Morone, chancelier de Milan, avait, d'intelligence avec le duc François de Sforza et du consentement du Pape, conçu le projet de chasser les Impériaux d'Italie, secondé par le général impérial Pascara. Ce complot fut découvert, et Sforza fut accusé du crime de haute trahison. Avant qu'on ne connût l'issue du procès, l'Empereur refusa , malgré toutes les instances du Pape , de rendre au duc son duché. Dans le cas où Sforza serait condamné , le connétable de Bourbon, entré récemment au service de l'Empereur, devait, en son lieu et place, en recevoir l'investiture ^.

Mais comme Bourbon était complètement sous la dépendance de rEm[)ereur, aux yeux du Pape il semblait « indilférent que le connétable ou Charles -Ou int en personne gouvornàt le duché » et tint

• Lettres de (iil)erii aux nonces d'Angleterre, du {"' au 6 mars l,"2r>, dans les Ullere di l'rinripi (Venise, 1ü73), t. Il, p. 74-81. — Vov. les brefs dans Malav, t. I, p. 98-99.

• Ualan. t. f, p. lOGetsuiv. —Le rapport de la gouvernante des l'ays-Bas. Marguerite, daté d'avril 152."), et annonçant (pie le l'ape cherche ù organiser une ligue tonlre l'Kurope avec la Kranceot rAngleierre. repose sur des informations erronées.

=> (iuicciAiiniNi, loc. cit. Uai.av, t. I. p. 117-119.— Le texte de ce traité qui passe sous »ilence la mention des sommes que le l'ape dut payer pour venir au secours de l'armée; impériale menacée de famine dans le Milanais) se trouve dans le Cod. \ithc. '3'Jii, fol. 207, communiqué par le D' Ktiennes Khses.

• • ÜLAsii;s i)K Ckscna. Diariinn. Ud)l. Harberini, XX.W, 43 fol. 110. Commtiniqué par le D' Ehses.

y;ncc,A,.n,N, m. Xy. c. 2, .1. Clément Vil à l'Rmpereur. lo juin iriSÎ,. darlâ

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«.SurHourbon.voynolresecond volume, p. ae-.l-.l.'tO. L'Kmpcr.ur lui avait promis l.main de sa sœur Kleonoro et. pour le dédommager de ce maria«« manque, se pro-

POLITIQUE EXTÉRIEURE DANS SES RAPPORTS AVEC l'aLI.EMAONE. ^

« ainsi, au nord comme an sud, par Naples, l'Italie sous sa domination ». Clément VU, lit-on dans un document postérieur, « donna dès lors crédit à l'ancien préjugé qui voulait que le dessein de l'Empereur lût de s'assujétir toute l'Italie, et cette crainte le porta à s'allier à ceux qui pouvaient le mettre à couvert du péril qu'il imaginait * ».

Le 22 mai 1526, le Pape, François I", Venise, Florence et le duc Sforza de Milan formèrent une ligue que le roi d'Angleterre, lui aussi, promit de soutenir de tout son pouvoir. (Ligue de Cognac.)

Les alliés convinrent entr'eux que l'Empereur serait sommé de rendre la liberté aux fils de France moyennant rançon, de restituer dans l'état où ils étaient avant la guerre les pays italiens tombés en son pouvoir; enfin, qu'il devrait s'engager à n'entrer en Italie pour aller y recevoir la couronne impériale qu'avecle nombre de soldats que Venise et le Pape lui permettraient de conduire avec lui. S'il refusait d'accepter ces conditions, on l'avertirait qu'une armée formidable allait envahir l'Italie et chasser les Impériaux de Naples, que Clément pourrait dès lors considérer comme fief des Etats de l'Eglise -.

(( Dans cette guerre, » écrivait Gioberti, confident intime du Pape et comme lui rempli d'illusions sur les véritables intentions de François [", « il ne s'agit pas d'un sentiment d'honneur blessé, ni de la possession de telle ou telle ville, mais bien de la liberté même de l'Italie ou de son perpétuel esclavage sous le joug des Impériaux \ »

Aussitôt que l'Empereur eut compris que François I" ne prenait

posait de lui donner le duché de Milan. Le 11 fév. 102(3, il rédigea pour Bourbon la formule d'investiture, au cas ou Sforza serait convaincu par ses juges du crime •de félonie. Voy. cet important document dans Miscellanea *dl storia Ilaliana, t. III, p. 546-557.

1 Raynald, ad a. 1523, n» 10.

* L'opinion, encore accréditée, que Clément VII aurait délié Françoi.« I" du serment prêté à Madrid se fonde, en premier lieu, sur la dépêche adressée au Pape par l'Kmpereurie 17 septembre io2J. Charles s'y exprimed'une manière dubitative. « Et sunt qui affirmant, quod Vostra Saiictitas etiam Gallorum rege non petente eidem juramentumrelaxaverit.quod nobis praestiterat pro foedere nobiscum prias inito. » GoLDAST, Pol. Imperialia, 1U02. — Ce n'est que plus tard que Sepulveda enjoliva cette ieUrc des fleurs de sa rhétorique. Opeva (Matriti, 1780, t. 1, p. 186). Guichardin etJovius, en général peu réservés dès qu'il s'agit de blàmerle Pape, se taisent surce point. Dans les altercations souvent renouvelées et très amères qui eurent lieu entre Charles-Quint et François au sujet de la rupture de la paix de Madrid, ce dernier ne s'appuya jamais, bien qu'accusé de lâcheté et de félonie par Charles-Quint, sur le fait d'avoir été relevé de son serment par le Pape. Ce n'est qu'en général qu'il affirme que les princes, ses amis et alliés, ont tous été d'avis que la convention de Madrid lui avait été imposée par la force et que « lam inhoneslas, tam indignas regnoque perniciosas pactiones minime obserrandas ». Voy. GoLDAST, Pol. Imp., p. 866-867. — Laxz, Covrespondenz. t. I, p. 207.

» « ... in essa si traita o délia sainte o délia perpétua servitu di lutta Italia. » Lettre du lOjuin 1520, dans les Letlere dl Principi, t. I, p. 193. — Guichardia

s rOI.ITluUE KXTÉIUEIRE DANS SF.S RAl'IHUlTS AVEC 1,'aLI.EMAG.M:.

nullement au sérieux le traité do Madrid, il envoya à Rome son ambassadeur, Hugo de Moncada. le cliaryeanl do donner pleine satisFaclion à toutes les réclamations du Pape *. Mais il était trop tard; déjà la Liyue de Cognac s'était lorniéo, et Clément Yll ne voulut jamais renoncer à l'alliance française.

(< Diou. sans doute irrité jjarnos pochés, »écritàce propos Florebellus dans sa biographie du cardinal Sadolet, « permit (jue le Pape neut point alors la véritable intelligence de la situation, et laissa échapper la belle et honorable occasion qui lui était offerte de conclure la paix. »

Pour justifier sa conduite, Clément, dans un bref adressé à l'Empereur, laecusaitdevouloir opprimer l'Italie, d'attenter avec perfidie aux droits du Saiut-Siége et do nôtre dirigé que par son audjition et sa soif de domination universelle. H assurait que les intérêts de la liberté, de la patrie, le devoir de délondreune cause juste, enfin sa propre sécurité l'avaient seuls contraint à prendre les armes. « Votre Sainteté, » lui répondit Charles-Quint, «aurait dû mûrement réfléchir avant de se décider à entreprendre cette guerre. Était-elle réellement nécessaire dans les circonstances présentes ? Fallait-il tirer du fourreau une épée dont le premier pasteur de la Chrétienté est à peine justifiable de se servir lorsqu'il s'agit de combattre les ennemis delà foi ? Votre Sainteté est-elle certaine que son procédé soit équitable, et que l'Église ait quelque bénéfice à en attendre ? Ne craint-elle pas (juc l'honneur et la considération du Souverain Pontife ne reçoivent au contraire une atteinte funeste le jour où l'on verra si injustement traité le protecteur et le défenseur en titre du siège apostolique ? Une telle guerre bouleverse toute la Chrétienté ; la déclarer, c'est allumer un incendie qu'ensuite il ne sera plus en notre pouvoir d'éteindre. Pendant que les forces des chrétiens se divisent, de perfides ennemis poussent peu à peu le troupeau des fidèles dans le sentier de l'erreur ; on voit tous les jours do nouvelles hérésies se produire, et les fausses doctrines s'enracinent toujours plus profondémentdans les esprits. Delà, pour la religion chrétienne, un péril très grave, et (jui peut devenir sans re-

cxcilail lel'ape i'i commencer les hostilités. « Una gneira desiderala cstrcnianienlc lia lulla llaliu, corne ^^iiidicata necessana alla salule universale. » Diacor^i ]i<jlitiri, opp. iiie(J.,l. 1, p. 3y«J. — \oj'. CJnKooiiuvits, l. Vlll, p. 45U. — 1)e Hkcmunt, l.lll, partie i. a p. l'i. « Si l'Empereur .s'emparait de 1 Italie, » écrivait llobert Acciajuüli, ambaKbudcur de l' lurence à l'aris, à (janibaro, nonce apusloliquc en Angleterre, « il duviendrail bieutùl maître du monde». « Vch ! misère Italia, et uobis vivinlibu». » — DiiSJAliDl.NS, t. Il, p. bül.

' Havnali), ad a. Itiäli, ii" 9. — Wkiss, l. J, p. i.'i)ö. — L'instruction remise h Moncada se trouve dans les Misc.di xluiia liai., l. 111, p. t>53o0i. Moucada arriva le 17 juin i'oiij il Uome.

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