POLITIQUE EXTERIEURE DANS SES RAPPORTS AVEC L ALLEMAGNE
mède. » <( Lo but de tous mes efforts, » ajoutait Charles-Quint,« ce n'est point ce qui peut servir mes propres intérêts, c'est le refoulement des Turcs, nos communs ennemis i. »
Pendant que la guerre se rallumait entre les deux chefs de la Chrétienté, les Turcs s'approchaient.
Dès les premières années de la révolution politique et religieuse, les deux boulevards de l'Europe chrétienne, Rhodes et Belgrade, étaient tombés au pouvoir du sultan Soliman le Magnifique. Lejour de Noël 1522, l'armée des janissaires avait profané l'église Saint- Jean, à Rhodes ; les autels, tableaux et statues avaient été mis en pièces, les crucifix couverts de crachats et traînés dans la boue, et Mahomet proclamé « vrai prophète » du haut du clocher de Saint- Jean. Déjà les places frontières de la Croatie étaient aux mains des infidèles, et Soliman parlait de consolider sa puissance dans les pays danubiens, en se frayant un chemin jusqu'à laflongrie.
Malheureusement, il avait trouvé parmi les « Turcs d'Europe » des amis et des alliés.
Plaçant ses intérêts particuliers au dessus du bien général, François P"" n'avait laissé échapper aucune occasion d'exploiter le péril de tous au profit de son insatiable ambition -. Peu de temps avant la bataille de Pavie, il avait engagé un magnat de Hongrie, le comte Frangipani, à s'allier aux Turcs pour envahir la Carniole et la Styrie, et ensuite attaquer Ferdinand d'Autriche au cœur de ses états 3. Aussitôt après la défaite essuyée à Pavie, Louise de Savoie, mère de François 1", s'était tournée vers Soliman pour en obtenir du secours^, et François lui-môme, par l'entremise de Frangipani, avait
* Correspondance entre le Pape et l'Empereur, dans Raynald, ad a. 1526, n"' 6, 11, 22-50. — Le Plat, t. II, p. 240-289. — Voy. Schulte-Rohrbacher, p. 206- 210. — Baumgarten, t. 11. p. 517-520.
' Son alliance avec le sultan avait une grande importance, à cause des succès éclatants alors remportés par Solimna. — Charrière remarque avec rai-;on (t. II, avertissement IV) « qu'on a peine à se représenter, dans un état descendu à un rang inférieur et devenu le jouet de la politique des autres puissances, cette action illimitée qu'il exerçait dans les affaires de 1 Europe et qui, à chaque mouvement de cet empire, semblait mettre en question l'existence du Christianisme et celle delà société européenne tout entière. »
8 Ferdinand à l'Empereur (14 mars 15251, dans La.\z, Corvespoiidenz, t. I, p. 155.
* « Confugimus ad te, magnum Cesarem, ut tu liberalilatem tuam ostendas et filium meum redimas. » — ^Charrière, t. I,p. 114.