‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 529 sur 572 · LE CATÉCHISME ROMAIN. LES CATÉCHISMES DE CAMSIUS · texte numérisé non relu

LE CATÉCHISME ROMAIN. LES CATÉCHISMES DE CAMSIUS

A la demande des Pères du Concile et 'avec le concours des plus éminents de ses membres, la publication d'une méthode d'enseignement religieux àl'usagedu clergé avait été commencée, mais non terminée. L'ouvrage ne parut qu'en 1566, apivs que diverses commissions nommées par le Pape y eurent successivement travaillé, sous le titre de Catéchisme romain <. Ce n'était pas à proprement parler un livre symbolique, c'est-à-dire une confession de foi obligeant les consciences, mais un livre de doctrine de la plus haute portée. Rédigé sur la demande d'un Concile œcuménique, non seulement il avait été approuvé par Pie V, mais il avait été publié en son nom. Cette œuvre, à laquelle l'ordre de saint Dominique eut la plus grande part, n'était pas un abrégé de doctrine à l'usage des lirJèles, ni un code de théologie destiné aux étudiants; c'était un simple manuel, dans lequel, pour compléter l'instruction théologique des jeunes prêtres et surfout pour leur faciliter l'enseignement du catéchisme, les principaux articles de la doctrine chrétienne étaient succinctement exposés. Le sujet était vaste; il était traité avec une remarquable concision, dans une forme à la foi saisissante el sobre, et mettait au service du clergé paroissial, avec une très grande simplicité, une science profonde et sûre.

L'ouvrage fit sensation. Les Prolestants, liabitués depuis longtemps à se faire de la doctrine catlioli(jue les idées les plus étranges, en suspectèrent la bonne foi. Ce n'était pas ce Catholicisme-là, écrivait Tilmanu Ilessus. que les thèses de Luther avaient attaqué. Jamais, depuis cent ans, livre plus astucieux n'était sorti des presses

' Catechismus, ex decrelo Con.tilii Tridentlni, ad parochos. {Pli V. Pont. Max) jussii éditas. Romae, 1506. Voy. Streitwolf-Kleuer, Libri Symbolici eccl. catkolicrr fGöUingue, 18i6. t. I, p.' 105.

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papistes. II semblait, à le lire, que le Pape et son consistoire eussent les intentions les plus loyales. Non seulement il abusait les consciences lorsqu'il parlait des messespour les défunts, des processions, des indulgences et des idoles, mais il feignait d'être d'accord avec la parole de Dieu et le catécbisme. C'était à croire que les papistes étaient devenus tout à coup luthériens. Lorsqu'il exaltait la grâce de Dieu, les mérites infinis de Jésus-Christ, les dons et la toute-puissance de TEsprit-Saint, quand il recommandait les bonnes œuvres et apprenait à fuir le vice, il traitait ces questions si magistralement qu'il était impossible de rien souhaiter de meilleur, mais tout cela ne partait pas d'une intention droite; c'était un poison subtil, composé dans le dessein d'abuser les âmes; aussi, après comme avant sa publication, Hessus travailla-t-il sans relâche à détruire « l'odieuse et exécrable cabale de Rome i ».

Le monde catholique tout entier accueillit le Catéchisme romain avec une joie sincère. Le texte latin fut aussitôt traduit en plusieurs langues. L'illustre Charles Borromée le salua comme la réalisation de l'un de ses plus chers désirs. Un grand nombre de pontifes et de synodes, et dans le courant même du siècle, vingt synodes provinciaux, en firent léloge et le recommandèrent aux fidèles -. « En vérité, » écrivait le jurisconsulte Georges Eder en 1567, « ce livre a beaucoup fortifié mes convictionscatholiques. J'en ai été très consolé. Je suis persuadé qu'il sera très utile aux âmes, et comme je regarde comme extrêmement important qu'il se répande, je mesuismisaussitôt à le traduire en allemand, et j'aurais depuis longtemps achevé ma tâche s'il ne m'avaitété rapporté par des gens bien informés que Canisius lui-même, mon ancien raaîtreet mon bienfaiteur, s'est chargé de cette œuvre. Non seulement je lui cède avec joie ce travail, mais je me félicite avec toute l'Eglise de le lui voir entreprendre 3. »

Au moment où paraissait la traduction du Catéchisme romain. Canisius avait déjà publié de son chef plusieurs ouvrages catéchisiiques ^.

• Voy. WiLKExs, pp. 127-128.

2 Le dominicain A. Res;inaid a publié la liste complète de ces synodes. Vov. De Catechismi Romani auctoritate, de Natalis Alexander, suppl. I, p. 377.

3 Dans la dédicace de sa Pavtitiones catechismi catfiolici au sénat et à l'Université de Cologne {Coloniœ, 1571). Sur la traduction du Catéchisme romain par Canisius et Hoftaus, voy. de Bäcker, t. II, p. 173, et Riess, p. 382.

< Sur les anciens catéchismes catholiques, parmi lesquels se distingue entre tous celui de Jean Dietenberger, voy. IMoufaxg, I, fil. H. Wedewer, Johannes Dieienberffer (Fribourg, 1888), pp. 188 et suiv., p. 416.

\ii) LF. r. A TKCniSMF, ROMAIN.

Les Jésuites ont toujours regardé l'instruction de la jeunesse comme roccupation la plus sainte, la plus féconde, la plus utile, la plus propre à entretenir dans les âmes Tlmmilité et l'amour du prochain. Aussi ajoutent-ils aux trois vœux de religion ordinaires la promesse particulière de donner aux enfants l'enseignement chrétien *. C'est par le catéchisme que Ganisius avait commencé son apostolat. « L'apôtre des Allemands, » disait- on, « est, comme son maître Ignace, le tendre ami des petits enfants, » Jusqu'à la fin de sa vie, à cinquante, à soixante ans, Ganisius avait coutume, dans les fréquentes courses qu'il faisait d'inspruck à Hall, d'entrer chez les pauvres gens des campagnes pour y enseigner la doctrine chrétienne. Les enfants couraient à sa rencontre du plus loin ({u'ils l'apercevaient, et quand il reprenait son hàtonde voyage, on avait grand'peine à les décider à le laisser partir. Les paysans conservaient le souvenir de ce maître vénéré, et son portrait ornait les murs de leurs demeures 2. « Nous faisons le catéchisme aux enfants et aux vieillards, » écrivait Ganisius l'année même qui précéda sa mort ^.

Son premier ouvrage catéchistique intitulé : « Somme de la doctrine chrélienne, » parut en latin sans nom d'auteur en looi. Une seconde édition augmentée parut avec son nom en I0Ö6. Dans l'intervalle, en 1556 et 1557, il avait publié d'autres catéchismes en allemand *, et en 1558, un abrégé latin de la Somme ^, bientôt suivi d'un troisième petit catéchisme. Outre la traduction allemande de ces ouvrages, il publia encore le Grand Catéchisme allemand, destiné aux adultes, et en particulier aux pères et mères de famille. A ce livre^ comme à plusieurs éditions de ses autres catéchismes, était joint un recueil de courtes prières usuelles *• et aussi un abrégé très succinct de la doctrine chrétienne '. En 1575, parut le catéchisme bien connu à l'usage de tous les fidèles '. Un lit dans la préface de ce petit ouvrage: a Quel besoin les

* Inslitutùm Socirtnlia Jesu. Constitiiliones, pars V, c.np. 111, n^G.

* Voy. Beda Weiuu, 'J'ijrot und die /{efortnafion, p. 3S0.

* Ri;ist:r«, p. 14. Voy. aussi .1. K.naiik.miaukh, (Àiiiisius uni! (/ie Sc/iulfragre, Slini' men <ius Maria Laach, l. XVII, pp. 3."i2-o7U.

* Le 17 juin IS.'Ki il écrivait de Pra!j:»e à It^nacc : « Il catorhismo ora .si slampa intndescn. » iîoiiio, CV/Wi.s/o, p. 121. il s'agissait de Frarf und Anlu'urlchrisllicher I.fpi\ (lo.i(5) cité par Wicdcmaun, l. II, p. ü8. • Et dans une lettre à Laincz du 11 février 1557 : « lo faccio st;niiparc... un catecliisino per li putli. »

'- ' llistoria Gt/ninasii novi triam coronuruin. fol. TU.

* Voy. Uiisi:it. pp. G.*) et suiv.

' MoUKANCi, p[i. lJli-üi2.

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chrétiens n'ont-ils pas d'avoir entre les mains un court exposé de la doctrine et de la morale chrétieimes ! Quel homme de bien ne souhaiterait que la jeunesse fût de bonne heure initiée à cette sainte et salutaire doctrine, qui ne lui conseilleraitde s'en instruire? Qui peut douter que, plus éclairée sur les vérités du salut, la jeunesse chrétienne ne grandisse dans la crainte de Dieu, et que la Chrétienté tout entière ne devienne, grâce à elle, et meilleure et plus heureuse i? »

Donner à ses concitoyens cette doctrine salutaire et pure, tel était l'unique but, le plus ardent désir de Canisius. « Je n'ai pas entretrepris ce travail, » lisons-nous dans l'introduction de la Somme, « poussé par l'intérêt ou l'ambition, par amour ou par haine d'aucun homme. Je l'ai écrit, et je l'affirme ici, avec l'ardent désir de mettre la vérité religieuse dans son vrai jour, et pour obéir à l'Empereur. J'ai écrit dans l'intérêt de tous les Catholiques, mais surtout des catholiques allemands. » Le Christianisme tout entier, » dit-il plus loin, « consiste à connaître et à observer tout ce que nous proposent la sagesse et la justice chrétienne. Or la sagesse comprend trois choses : la foi, l'espérance et la charité. » Canisius commence par expliquer le symbole des Apôtres; il parle ensuite de l'espérance et de la confiance en Dieu, de l'oraison dominicale et de la salutation angélique; enfin il en vient à la charité active, et il explique les dix commandements de Dieu et les six commandements de l'Eglise. Comme la vie surnaturelle n'existe et ne peut être entretenue dans les âmes que par le secours des sacrements, il les étudie tour à tour. Où est la vie, là est l'action. L'action fait disparaître ce qui trouble la vie surnaturelle, elle procure et conserve ce qui peut la maintenir et la fortifier. Aussi Canisius, dans la seconde partie de son travail, fait-il consister la justice chrétienne dans la fuite du mal et dans la pratique du bien. 11 parle d'abord du péché, il explique sa nature, ses ditlérentes formes, le moyen de le déraciner de l'àme. Puis il invite le chrétien à pratiquer les bonnes œuvres, particulièrement les œuvres de miséricorde. Il traite ensuite des vertus cardinales, des dons et des fruits du Saint-Esprit, des huit béatitudes et des conseils évangéliques, et termine par la doctrine des fins dernières de l'homme.

A travers tout l'ouvrage, du commencement jusqu'à la fin, Jésus- Christ est proposé comme le commencement et l'achèvement, le principe et le terme de notre justification. Dans la première édition, celle de 1536, le frontispice représente le corps inanimé du Ré-

' Reiser, p. 72.

442 i.F, c.\Ti:r.ii fsmp: romain.

(icmptonr étendu sur les genoux de sa Mère -, au-dessous, on lit ces paroles d'isaïe : « C'est en son nom que plusieurs ont été justifiés. » Une seconde image représente le Sauveur environné de petits enfants, avec ce verset : « Venez, mes fils, écoutez-moi, et je vous enseignerai la crainte du Seigneur. » « Les souffrances de Jésus-Christ », lit-on dans l'explication du quatrième article du symbole, « le sang de Jésus-Christ, sa croix, ses plaies, sa mort, nous apportent, à nous, pauvres pécheurs, une continuelle consolation, la guérison de nos maux, la force et la vie, pourvu que nous lui obéissions comme à notre chef et que nous souffrions avec lui, afin d'être aussi glorifiés avec lui. » (Rom. VllI.) « Le signe delà croix que nous formons sur notre front nous invite à placer DOtre vraie gloire et l'ancre de notre saUit dans la croix de Notre-Seigneur*. » Précédant le chapitre sur la justice chrétienne, se trouve une autre image représentant le Sauveur crucifié, au basde laquelle on lit : « Le Juste est mort pour l'injuste (1 Pierre, III, X) afin que, délivré de toute crainte, et de la main de nos ennemis^ nous puissions le servir, marchant devant lui dans la sainteté et la justice tous les jours de notre vie. » (Luc I, LXXlVj 2. « Afin que nous pratiquions la justice sous ces deux aspects essentiels, c'est-à-dire en évitant le mal et en faisant le bien, la grâce de Dieu nous a été acquise et promise par le Christ Jésus. Elle nous est en tout temps nécessaire, et quand elle nous précède et nous aide, il arrive ce que Jean a prédit : « Celui qui prati(|uc la justice est juste comme lui-même est juste. » « Sans le Christ, comme le dit saint Jérôme, nul ne peut être sage ni prévoyant, ni donner un bon conseil, ni montrer de la force, ni posséder la science et la piété, ni vivre dans la crainte du Seigneur 3. » « A cette question : De quelle manière nos péchés peuvent-ils être e/facés ? le Cat'^xhisme répond : «Avant tout ilest indiscutable que Jésus-Christ a expié pour nous, qu'il nous a réconciliés avec son Père, et que cet Agneau sans tache qui efface les péchés du monde a seul pu obtenir le pardon de nos offenses et purifier nos âmes de leurs souillures. Car il vsi très certain, comme le (lit saint Pierre, que Dieu purifie les cœurs par la foi; évidemment, sans la foi, principe et fondement du salut, personne ne peut espérer ni obtenir le j)ardon et la l'émission do ses péchés '*. )^ L'édition de la Somme de L*>5() se termine par ces paroles: « Cloire

' Der Ipfce Salr von Canisius, njoiili- à l'rdition do J-'lôfi. ' Suiiiiiia l.'ioG, f(il. m.

> Suiiunii d.^rie, fol. d7.^', Siimmn iU'iCj, f.,!. 177'', 178'. * Siimntu 15ÜÜ, fol. iîil'.

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