LE CATECHISME ROMAIN
éternelle à Jésus crucifié^ auteur et consommateur de notre sagesse et de notre justice 1 »
Canisius, dans ses œuvres catéchistiqurs, a des sollicitudes pour chaque âge, pour chaque condition. Le Peut Catéchisme est destiné aux enfants, et correspond au petit catéchisme de Luther. Au grand catéchisme de Luther, qui ne pouvait et ne devait être appris par cœur et n'était qu'une méthode générale pour servir à l'enseignement delà religion, (( un recueil de courts sermons pour les enfants, » comme l'appelait Luther, Canisius opposait la Somme. Elle aussi devait être pour le maître do religion un modèle, un fil conducteur, et pour les élèves des hautes classes et les laïques en général, un manuel propre à ranimer et fortifier la foi. Mais entre la Somme et le Petit Catéchisme, Canisius établit encore des degrés. Pour les gymnases où la langue latine est en usage, il écrit \es/nstitutiones. Aux élèves plus avancés il dédie le Grand Catéchisme allemand, tous deux étaient destinés à être appris par cœur^. Si l'on ajoute à ces livres les traductions latines dont nous avons déjà parié, on verra que Canisius ofïre à ses concitoyens la doctrine du salut sous six aspects différents et dans six traités divers, tous conçus dans le même esprit et coulés dans le même moule, constituant une seule et même œuvre 2, Jusqu'à sa mort, le Père ne cessa de ciseler et de perfectionner ses catéchismes, désireux, comme il le disait, « d'exposer la vérité divine d'une manière conforme aux besoins de son temps -'. a La dernière année de sa vie, il sépara syllabe par syllabe les phrases de son petit catéchisme,« afin que la chère jeunesse pût apprendre, avec le moins de peine possible, d'abord à le lire, ensuite à l'écrire ».
Nulle trace dans ses écrits de ce fiel, de cette polémique amèrequi depuis Luther ^ était inséparable de l'enseignement protestant, au grand préjudice de l'àme populaire. Canisius réfute avec le plus grand soin les principes protestants ; mais indirectement, se bornant à expliquer et à démontrer la vérité catholique. C'est ainsi qu'il traite en quelques pages du sacrement de l'extrême onction, rejeté par les nouveaux croyants. Il établit la divine institution de ce sacrement par des textes de l'Ecriture et par la constante croyance de la primitive Eglise sans que nulle part un seul mot vise les Luthériens. Jamais Canisius ne se permet à
' Voy. Reiser, p. 69.
' Seul le petit catéchisme allemand eut plus tard une autre classification, celle du Catéchisme Romain.
5 Reiser, p. 74.
* Voy. plus haut, pp. 4-6.
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leur sujet une parole mordante ; jamais il n'est amer ni agressif.
Ses arguments i\cn sont que plus forts et plus persuasifs. A cha- (jue page, et beaucoup plus souvent (|ue Luther, il cite la sainte Keriture. Mais là où il triomphe, c'est quand il fait parler l'antitiuilé chrétienne par la bouche de ses docteurs et de ses Conciles. Il est si riche en semblables témoignages qu'il ne peut souvent (ju'indiquer des centaines de textes à la marge des pages. Un religieux de son ordre, Pierre Busa3us, les a plus tard rassemblés et en a composé un gros in-folio *.
Luther ne pouvait évidemment s'appuyer sur de semblables bases, bien qu'il n'ait pu entièrement se passer des Pères; c'est ainsi qu'au sujet du baptême des enfants il convient que certains Pères ont écrit sous l'inspiration du Saint-Esprit, entre autres « Bernard, Gerson, Jean Huss et plusieurs autres ».
Aucun ouvrage catholique du seizième siècle ne mit les théologiens et les prédicants protestants en un plus violent émoi que le « Catéchisme maudit et blasphémateur» de Canisius. Les livres publiés pour en détruire l'effet méritent une attention particulière, parce qu'ils caractérisent le genre de controverse en usage à cette époque.
Le théologien Jean Wigand reçut d'universels éloges pour avoir le premier « fait retentir la trompette de la divine parole » contre « l'impure ordure du diable vomie par le chien Canisius », et pour avoir indiqué aux chrétiens « le moyen d'échapper aux griffes meurtrières de Satan -».
Wigand annonea donc au monde protestant « qu'abusant du nom du Christ » Canisius jouait une comédie sacrilège. « Voyez cet assassin des âmes! » s'('criait-il, « il prêche les bonnes œuvres aux jeunes gens, aux vieillards, et il ne dit pas un seul mot de la justice qui nous est iiiipiilc'e j)ar la foi en vertu de la passion de J(''sus- Chrisl! » « Le Türe, abat lt;s têtes avec le sabre, et il n'est personne <|ui n'en ait horreur, surtout ses proches voisins, (jui sont tous les jours témoins de la façon dont il opprime la Hongrie et d'autres pays
' A'oy . los diverses ((lilions de rcl ouvrage dans m. I'aikih. I. I. ]ip. '.17ri fi76, l. III. p. 204-'.
« Dans l'ouvrage cité p. 185, note l.
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chrétiens ; mais ce Ganisius a aiguisé son épée sur son livre, il assassine les âmes et les envoie pêle-mcle au diable dans les llamtnes élernelles. Les àmcs sont sa proie la plus clière. Que celui qui a de bonnes semelles au pied frémisse et se hâte de fuir * ! » Pour combattre le culte de la sainte Vierge, Wigand écrit : « Gomment peuxtu te dire consolé en pensant que Marie écoute ton salut ou ta prière, puisque les organes physiques avec lesquels elle pourrait l'entendre, c'est à-dire ses oreilles, sont ensevelies dans la terre, sont pourries depuis longtemps et ne reprendront vie qu'au jour du jugement dernier-? » « Gommentne comprends-tu pas que c'est folie de s'adresser à Marie^ à Anne ou à Gatherine avec un Notre Père? Sont-elles donc nos pères ■^'? » « L'Eglise du Pape est inondée d'énormes, horribles, palpables, innombrables et plus que payennes idolâtries. » «Mener sans inquiétude et librement une vie de débauches, c'est l'ordre ou la dispense du Pape^ » « Depuis que le monde existe, il n'y a pas eu de plus grand blasphème et outrage à Notre Seigneur Jésus Ghrist que la messe. Le Pape a fait de la cène de Jésus-Christ un sacrifice pour ses prêtres huilés ■'.» « Il nousleurre d'une bizarre et fantastique application du sacrifice de la croix par la messe. «Le prêtre a l'impudence de présenter Jésus-Christ à Dieu le Père, de le prendre et de l'avaler. Si l'hostie est un sacrifice, pourquoi ne laisse-t-il pas Jésus-Christ devant Dieu et n'attend-il pas que Dieu prenne lui-môme le pain et le vin qu'on lui présente ^? » Pour prouver que la messe ne peut être offerte pour les morts, Wigand écrit : «Les lèvres des morls sont glacées; leur estomac tout rétréci, les vers ont dévoré leur corps comme nous le ferions d'un gâteau. Puis donc qu'ils ne peuvent ni manger ni boire, mais qu'ils sont déchiquetés et dévorés par les vers, aucun sacrement de l'autel ne peut leur faire de bien. » « Quant à la confession auriculaire, le Pape ne s'inquiète guère de la question morale ; ce qui lui importe, c'est que par cette odieuse tyrannie des consciences le Ghrist soit mis en oubli. Par la confession, les prêtres trompent et trahissent les seigneurs et princes, révèlent leurs secrets et les vendent au Pape de Rome, afin que l'Eglise romaine, cette fiancée du diable, puisse d'autant mieux poursuivre le cours
» Verlegung B.«-*, B.^-". Dialogns contra impia Pétri Canisii dogmata (voy. DE Backeu, t. I, p. 1064.
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dl- ses iniquités, tyrannies et violences *. » Wigand appelle l'cxliênie onction « le dernier grai&sage », a l'imilo puante en usage dans l'Eglise catholique ». « Elle serait bien mieux employée,» dit-il, c(à graisser les rouages d'un vieux carrosse -. » Canisius est traité de loup, d'homicide d'âmes, de serviteur d'idules, d'àme damnée du Pape, de démoniaque, de grossier manant, d'exécrable blasphémateur, d'impudent et de misérable ^. « Un beau jour, » dit Wigand, u le moine-chien s'est proposé de gober toute l'ordure ou excrément de son Fape-Anlechrist *. »
Flacms, à son tour, lit paraître en loOi un pamphlet contre le Catéchisme, de Canisius, intitulé : u Duclrine payenne des Jésuites sw les deux principaux articles de la foi ckrélienne, la rémission et Cabsolulion des péchés et le mystère de ta prédestination 5. » Citant à laux, sans aucun scrupule, l'ouvrage qu'il prétend réfuter, Flacius atlirme ([ue les Jésuites enseignent, « tout comme les païens, les Turcs et les Juils, que chacun, par la seule vertu de ses bonnes actions, est justilie devant Dieu »; qu'ils allaiblissent ou suppriment entièrement et radicalement la Passion, la médiation et la justice du Christ. « Par conséijuent, » dit-il, « les brebis de Jésus- Chiist doivent se garder de ces loups et bêler contre eux. Si quel- (ju'un annonce un autre Evangile que celui de Paul, qu'il suit aiiathènie, Maranata. Amenai» Pour jusliher celle malédiction, Flacius cite de prétendus passages duCatéchisme de Canisius relatifs à la rémission des péchés et à la justice chrétienne, mais il ne les cite jamais exactement. Ainsi Canisius, après avoir déclaré que le sacrement de pénitence, le pardon des injures, la conversion sincère du pécheur, la charité parfaite et le repentir sont les uni- ([ues moyens d obtenir la rémission de nos péchés, ajoute : u Par semblables exercices d'une vraie dévotion, nous pouvons obtenir notre pardon par Jésus-Christ iNotre Seigneur, comme l'Apôire nous y exhorte ". » Flacius en citant ces paroli-s supprime : « in Chri^lo Jesu, » bien que dans le catéchisme Usaient été imprimés à dessein L-n gros caractères. Réfutant le chapitre (jui traite de la justice chrétienne, il passe sous silence une phrase tout i-ntière, gèiianle, a la vérité, pour sa thèse : «La grâce de Dieu que Jésus-Christ nous
» F. n.^ C.'-'', G.«-", D.'-'', L).--', l).»-i', IJ.'-', U-"-N H-"-*. • F. 11.^-''.
•- Ellmicu Jesuitarum (i)clriiin, i-lc. Sans ilcsiijiialiuu du lieu (i'imi)rcssiou ; a l;i lin la daU- : loüi. Voy. I'ullih, l-'Iacius Jtlijricua, l. II, Pi). Î)u3-5u4.
T Suniiua lüöü, lui. liü''. Encore plus lisibles dans l'êdilion do lüOü ^ful. lo-'). boni les mois C/irisli i/rnlia, par la jjrâce du i;iirisl.
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a méritée nous est si nécessaire (ju'elie doit précéder et accompagner chacane de nos bonnes œuvres, inutiles, sans elle, pour le salut. »
En cette même année (loöi), Tilmann Hessus crut devoir avertir « la jeunesse et les simples » d'avoir à se garder « du livre menteur, impie et calomniateur du jésuite Ganisius ^ ». II craint beaucoup, dit-il, que cet ouvrage menteur ne porte préjudice au Catéchisme de « saint Luther » : « Le periide ennemi de nos àraes et du salut de tous les hommes veut nous ravir ce noble et précieux trésor pour mettre à sa place cette ordure et ce poison -. Dans ce dessein, il a suscité la race impie et exécrable des Jésuites ; ceux-ci viennent de composer un catéchisme abominable et l'ont livré à l'impression, prétendant instruire la jeunesse de ce qui concerne Dieu et la félicité éternelle. » « En dépit de la lumière évangéhque qui a tout récemment illuminé le monde, Ganisiusaosé prendre la défense du papisme impie et du royaume de péché de l'Antéchrist maudit .» « Ge blasphémateur éhonté Terme les yeux, et prétend ignorer la brillante aurore de cette lumière; il se flatte que les calomnies, blasphèmes et hérésies du papisme, tout grossiers et évidents qu'ils soient, trouveront encore des chalands. « Entre autres choses, il défend aux prêtres de se marier, bien qu'il sache très bien que le monde est maintenant instruit de la doctrine de saint Paul, et sait que sa doctrine, à lui, Ganisius, vient en droite ligne du démon. Enfin il ose défendre l'abomination des abominations : le blasphème exécrable du sacrifice de la messe.»
Les injures de Flacius et d'Hessus furent reproduites par lesprédicants de Reuss 'K Chemnitz attaqua le Catéchisme dans un écrit intitulé : « Principaux articles de la théologie des Jésuites * ». Le calviniste Guillaume Roding écrivit aussi contre les Pères^et Donat Wisart composa un pamphletiiititulé: Aa foienJésus et lesJésuUes^. La Courte et simple réfutation du petit catéchisme du jésuite Pierre Canisius, d'après les textes de la sainte Ecriture et le Catéchisme de Luther, est singulièrement riche en invectives. Il fut publié en 1568 par Paul Scheidlich, pasteur de Nieder-Mas-
iDans la préface (A. VIII, b.) de la brochure intitulée Trewen Warnung für den Heidelbergischen Calvinistischen Caiecliismum, sainpt Widerlegung etlicher irthuinen desselben, 15(34. Sans indication de lieu.
2 Feuille C. IV-% C. Y\
^ Voy. leur profession de foi dans Köcher, pp. 284-287.
* Köcher, p. 59.
5 Voy J. Perellil-s, Ein Gespräch von der Jesuiler Lehr und Wesen, Thun und Lassen, traduit par J. Götz augolstadt, 1370/, f. A.^, E.^ E \
« Köcher, p. 68. Christophe Pezel publia en 1599 une réfutation du Catéchisme. DE Backer, t. I, pp. 1063-1005; t. III, pp. -20oi ^055,
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leid; il est dédié « à la iiahlessi', aux conseillers éptscopaux cl à tous les pieux chrétiens do, Franconie, affliges pour le moment par les Jésuites en délire * ». « Les Jésuites, )> dit l'auteur, (( sont les vraies grenouilles de l'enfer ; le dragon infernal lésa vomies, puis envoyées sur la terre. » c Pour rendre plus puissant le royaume de leur père Satan, ils se sont tournés vers la pauvre jeunesse; leur patron et leur père, le docteur Pierre Canisius, a composé un catéchisme pour les enfants, où il enseigne l'hérésie ou plutôt une idolâtrie exécrable; il infecte de ce poison diabolique la pauvre jeunesse ignorante. Aussi est-il urgent d'avertir loyalement les chrétiens simples, et surtout les jeunes gens, d'avoir à se garder de ces masques du diable et de leur ordure diabolique, afin que chacun les fuie et les évite comme de véritables l)êtes fauves-. »
Tant d'attaques grossièresn'altérèrentjamais la sérénité parfaitede Canisius, et les Catholiques ne perdirent rien pour cela de l'estime et de l'admiration qui leur faisaient préférer son Catéchisme à tous les autres. Les éditions s'en succédèrent rapidement, à Anvers, Lou« vain, Liège, Cologne, Bàle, Lucerne, Dillirigen, Augsbourg, Ingolstad, Maycnce, llildesheim, Hanovre, Douai, Bois-le-Duc, Paris, Mantoue et autres villes^; il eut plus de quatre cents éditions, dont plusieurs polyglottes'*. Quelques-unes sont ornées de gravures"'. Tous les pays de l'Europe voulurent en posséder la traduction. Dès ■1023, Mathieu Kader pouvait écrire : « Canisius parle à peu près le langage de tous les peuples. Allemands, .'•laves. Italiens, Français, Espagnols, Polonais, (»recs. Bohèmes, Anglais, Ecossais, Ethiopiens, et comme je l'ai appris de mes frères, Japonais et Indiens étudient la religion dans ses catéchismes, de .sorte qu'on peut dire en toute vérité qu'il est devenu le docteur et l'instituteur de la plupart des peuples connu« ^. » En Allemagne, en particulier, le nom de Canisius devint bientôt synonyme de catéchisme. « As-tu donc; oublié ton Canisius? » voulait dire : «Ne sais-tu j)lus ce qu'enseigne le catéchisme?» Des évéques exprimèrent à plusieurs reprises la conviction (|ue c'était en grande partie à Canisius (ju'il fallait attribuer le maintien île la foi eatholiipie en Bavière, en Autriche, eu Bohême, en Souabi', en Tsidl et en Suisse ".
' I'. II. 3-b.
^ Voy. IliisKii, pp. 62-7j. Ko« iir.n, jip. oO-Gî), m: IIm ki ii, I. J, ])]). 10î)3-10()o ;
i. m. jip. 2u:i'»-i():i:i.
•RiEss, pp. 121-ll'i.
■ Vov. sur ers (''(lilions Heiser, pp. 00, 67, ;ö, i.ii H.vt.ULU, 1 11, pp. li80U8i; l. III. p. 2 '.33.
*■• Vild Cfinisii, p. .'iM ï Vuy Ilii-ss, pp. u.\-2-t>.VA. (il iiMA.NL'g, p. IIH.