‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 534 sur 572 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ZÈLE DES JÉSUITES. — RÉACTION CATHOLIQUE EN BAVIÈRE. — MESURES PRISES POUR l'affermissement DE LA FOI CATHOLIQUE.

Tandis qu'en Autriche, selon les propres paroles de Maximilien, «tout menaçait de s'effondrer, »et qu'au dire de Canisius « à peine si un huitirnrie de la population pouvait piisser pour appartenir encore à l'Eglise romaine », la Bavière devenait un centre de réaction catholique.

« La conjuration d'Ortenbourg » fut pour le duc Albert le point de départ d'un important changement de politique.

Au moment de la réunion des Etals à Ingolstadt, au printemps de 1563. quarante-trois membres, s'intitulant « lesenfantsdoDieui », résolurent de tout tenter pour obtenir en Bavière l'établissement de la Confession d'Augsbourg. « Dès l'ouverture des séances, dès qu'une apostasie générale eut été proposée aux membres de l'assemblée, » écrivait Albert à l'archevêque de Salzbourg, « les personnages les plus influents de la noblesse ont fait un tel tapage et si bien travaillé les seigneurs d'un rang moins élevé que le parti opposé n'a pas même pu obtenir qu'une commission fût nommée pour examiner la question, encore moins que la proposition fût discutée, tant les comtes et seigneurs étaient décidés à obtenir immédiatement, par les menaces ou la violence, la liberté qu'ils désiraient. Ce dessein a été poursuivi avec une telle furie, par tant de détestables et perfides cabales, qu'il faut encore s'étonner que ces fanatiques ne l'aient pas emporté ^^. » La majorité refusa d'adopter la Confession d'Augsbourg, mais elle réclama le calice laïque pour tous les fidèles, la nomination, dans les paroisses, de prêtres favorables au calice, à l'exclusion des autres, la prédication de la parole de Dieu « dans toute son intégrité », et l'autorisation du mariage pour les prêtres « inca-

1 Freyberg, Landstände, t. II, p. 352, note. - V. Areti>, Maximilian, p. 92, note 17.

4o8 CAUSES l)i: LA lUlAr.TION CATHOI.lgUK KN ÜAMKHK.

pables (le trioiii[)lier de la faiblesse iminaiue. » Le paili oiivcrtenu'iil luiliérien. ne trouvant pas encore ces concessions surtisanles, protesta solennellement, avant la clôture des débats, contre toute doctrine opposée à la Confession d'Augsbourf;; en inrine temps ils se déclaraient exempts de toute erreur zwin-lieime ou calviniste. Les cliefs du parti menaçaient tout haut de lever l'éteudard de la révolte si le duc refusait de leur donner pleine et entière salisfacliun, et ne cessaient de parler de tout ce (pi'avaient obtenu bsilu-uenols de France et les paysans du Pinzgau. « Ce qui s'est fait dans ces pays se fera ailleurs, » s'écria d'un ton menaçant le comte Joacliim d'Ortenbourg * ; « le due persécute le Christ "-. >> Pancrace de Freiberj,' dit i» (jue tôt ou tard la Confession d'Augsbourg triompherait en Bavière, que le prince le voulût ou non, et qu'il n'y avait (ju'à laisser faire les paysans du Pinzgau ». Osewald d'Fck ajouta d'un air de mépris qu'il fallait laisser faire au nom du diable ce qu'on ne pouvait empêcher, mais (pi'il entendait être libre dans sa relif^ion, et que le papisme n'était qu'un amas d'abus et de scandales 3.

En octobre lo63, le comte Joachim d'Ortenbourg annonça à ses vassaux « qu'ayant été délivré par la lumière du Saint Esprit des ténèbres du papisme, la reconnaissance lui imposait le devoir de faire participer ses sujets au bienfait qu'il avait reçu du ciel ». Son prédicant, l'arquebuse au poing et revêtu d'une cuirasse, monta ensuite en chaire, se répandit en invectives contre« le j»ape Antéchrist, les moines, les nonnes et tous les courtisans du diable »,et déplora (pi'en l'espace de cent ans l'Allemagne n'eût pas eu un seul empereur véritablement chrétien, cf Le comte, » (écrivait le duc Albert à l'Empereur, « excite mes sujets contre moi et les pousse à la révolte; il répand des livres corrupteurs, il sou<loye des écoliers et autres de ses créatures et les envoie faire des lectures dans les maisons particulières ou dans des lieux écartés. On voit partout des attroupements; les gens du peuple se rendent aux prédications en grandes Iroupes, parfois plusieurs milliers de personnes assistent à ces prêches clandestins; Inus send)lent ensorcelés, hors d'eux-mêmes; ils coniinunienl selon le rite sectaire, et sont animés d'une si grande ardeur et leIN nient entichés de leurs idéi's (pi'ils ne veulent ni par amour m par haine se laisser persuader et rentrer dans l'ordre. Jai •'■lé obligé d'ordonner à mes cavaliers de surveiller le pays; les paysans brûlent de combaltre, et n'ont pas le moindre

' l'uiviiiuii, l.nnitslaiulc, t. II. i>. 352.

• V. Aiikii.N, Miuiniilitin, ]>. i'M.

' FiiKYutmi, Landtlaride,i. II, l>|». iJjJ 354.

Page 1