L EMPEREUR RODOLPHE II
réunissaient pour entendre la lecture du recez, la mort de l'Empereur leur fut annoncée.
L'ambassadeur d'Espagne écrivait le même jour à Madrid : « Après que les médecins eurent abandonné tout espoir de guérison, l'impératrice, le 6 octobre, vint au chevet du malade toute remplie de ce courage que donne la religion. Elle se jeta à genoux devant le lit de son mari et le supplia, avec beaucoup de larmes, de faire appeler un prêtre de l'Église catholique dont la sagesse et la piété lui étaient connues. L'Empereur répondit « que le véritable Pasteur était au ciel ». « Il est vrai, » reprit l'impératrice, (( mais ce céleste Pasteur, plein de sollicitude pour le salut de nos âmes, a chargé ses serviteurs de tenir ici-bas sa place. » Elle le conjura encore une fois de rentrer en lui-même, de se confesser, et de recevoir le Corps de Notre Seigneur. L'Empereur répon dit que cela suffisait, et qu'il y réfléchirait. L'impératrice ne put faire davantage. » Les exhortations du cardinal Morone n'eurent pas plus de succès. La duchesse de Bavière, sœur de Maximilieu, lit, le 10 octobre, une nouvelle démarche; elle éclaira son frère sur la gravité de son état, et l'exhorta à chercher son salut entre les bras de la religion. L'Empereur la congédia avec toutes sortes de bonnes paroles, remettant la chose à plus tard. Enfin il parut si excédé des instances qu'on faisait auprès de lui qu'il défendit à l'impératrice et à la duchesse de le venir voir. » Ce ne fut que dans la nuit qui précéda sa mort qu'il fit appeler son chapelain, l'évêque de Neustadt, et répondit oui lorsque celui-ci lui demanda s'il se repentait de ses péchés, s'il en espérait le pardon, s'il croyait ettenait pour certain ce que l'Eglise avaitenseigné depuis lesapôtres et s'il voulait mourir dans la foi catholique K « Il faut que tu saches en confidence, » écrivait Albert de Bavière le 5 novembre lo7ö à l'Electeur Auguste, « que Sa Majesté, ainsi que je l'ai appris de ma femme, s'est comportée dans ses derniers moments comme durant toute sa vie, sans que personne pût savoir au juste s'il était catholique ou confessioniste; il ne s'est déclaré nettement ni pour l'une ni pour l'autre opinion, mais il a passé de vie à trépas avec peu de paroles '^. »
L'Empire, affaibli et dans! un état de complète désorganisation, passait aux mains de Rodolphe, fils aîné de Maximilien, alors à^-é
' Helation d'Almazan, 13 octobre ir!7fi, voy. Kocir, Onellen, f. II, pp. 101-107. * Weber, Des Kurfürsten Am/iist VerliuncUumjen, pp. 337-338.
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de vingt-qualre ans. L'altitude hésitai)lc du dernier Empereur dans la question religieuse et la duplicité qui en élail inséparable l'avait rendu éi^alemeiit suspect aux Callioli(|ues et aux l*rolestaiits. « 11 n'est ni très aimé ni très redouté, » écrivait l'ambassadeur vénitien Giovanni Correro en 1570, « il en résulte qu'il est peu obéi ^. » Pendant la Diète de Ratisbonne, le cliancelier du Brunswick. Mutzellin, crai^Miait une invasion IVaiH'äise en Allemagne. « Nous avons maintenant un jeune roi sans aucun prestige -, » écrivait-il à la seijj:neurie en l'informant de la mort de l'Empereur.
Rodolphe n'était nullement à la hauteur de sa tâche. « Le roi nous a déclaré en toute simplicité, » écrivait le nonce Delfmo à l'époque de la Uiète élective de Ratisbonne, 0 qu'il était inca[)able de porter le lourd fardeau du gouvernement •'. » 11 possédait de grands talents, son instruction était assez étendue, il parlait six langues, était très versé dans les sciences mathématiques et physiques, aimait les arts, se plaisait à rassembler des chefs-d'œuvre de tout genre, et attirait à sa cour les savants illustres de son temps. Älais son caractère était faible, indécis, soupçonneux, et sa disposition, naturellement mélancolique, se changea bientôt en une apathie maladive. « L'Empereur, » disait-on dans son entourage, « est attentif comme un astronome aux liarmonies des sphères célestes, mais il se tient en dehors des dissonances terrestres, redoute le tracas des afl'aires et n'a, semble-t-il, aucune confiance dans son propre jugement. » « Rodolphe est un pieux et bon seigneur, » disait de lui le duc de Prusse peu de temps après son avènement, « mais comme il a été très peu habitué au maniement des afîaires et (ju'il n'a point d'expériences en ces matières, son attitude trahit toujours une certaine anxiété; il subit entièrement l'influence des vieux conseillers de son père '*. » Or beaucoup d'entr'eux étaient attachés aux nouvelles dotrines. En revanche, Hubert Languet écrivait de Ratisbonne à l'Électeur Auguste : « Le nouvel Empereur semble ne vouloir s'entourer <iue de papistes; on commence à craindre <pie de grands changements dans la religion ne soient tout proches, non seulement en Autriche, en Hongrie et en l{(»liènie, mais dans loul l'i^npire ^. »
Ce lut au sujet de (juehjues mesures prises en Autriche pour mettre un terme aux empiétements protestants, (|ue Rodolphe fui accusé pour la itreinière fois de « tyrannie jjapisle ».
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