‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 562 sur 572 · SIGNATURE DU LIVRE DE BERG · texte numérisé non relu

SIGNATURE DU LIVRE DE BERG

poir, coiiiinL' Gaïii et Judas, devait servir de salutaire leçon -,

Dans l'Electoral du Brandebourg, les commissaires rencontrèrent, parmi les prédicants, les professeurs et les maîtres d'école, la plus vive résistance.

Les prédicants de la Marclie-Nouvelle trouvèrent singulier qu'on eût abandonné les plus graves décisions dogmatiques à si.\ théologiens, dont une partie avait soutenu très peu de temps auparavant les doctrines qu'ils rejetaient aujourd'hui. Pourquoi, disaient-ils, n'avoir pas consulté les Eglises et les universités du reste de l'Allemagne? Ils critiquaient aussi « la prétendue concorde », prédisant qu'elle ne servirait qu'à augmenter la discorde et la confusion. Beaucoup de pasteurs du Brandebourg protestèrent contre les articles du péché originel et du libre arbitre. Musculus n'obtint leur signature qu'en leur affirmant qu'il communiquerait à l'Electeur leurs remarques et leurs critiques ^.

On n'eut pas de peine à réunir les adhésions dans les duchés de Wurtemberg, de Brunswick, de Mecklembourg et dans les villes de la Basse Saxe, à l'exception de Brème, qui refusa de se soumettre c( à des docteurs présomptueux qui avaient osé fixer des dogmes de leur propre autorité et imposer des paradoxes à la manière des prétoriens et des dictateurs - ».

« Dans un grand nombre de localités, les signatures furent obtenues par d'étranges procédés. » A Anspach, le margrave Georges- Frédéric déclara préalablement qu'il punirait sévèrement quiconque ferait mine de résister. Les chanoines assemblés à Kitzigen n'eurent même pas la permission de parcourir une seconde fois des yeux le formulaire proposée leurs signatures. C(?ux qui en firent la demande devinrent suspects. «C'est ainsi, » lit-on dans un mémoire du temps, {( que partout les adhésions ont été données, sans plus ample explication, sans qu'une seule observation fijt permise. Si quehpfun se fût abstenu, il aurait été aussitôt déclaré calviniste, il aurait été

gouvernants. Je ne connais pas d'homme dans ce pays (à l'exception d'un seul) dont il ait bonne opinion, el cependant, quand il parle aux gens, il leur fait mille amitiés, qui ne sont que mensonge. Virlules ipsius : mœurs légères, orgueil, avarice. Tantôt oui, tantôt non, arrogance, soif de vengeance, hypocrisie, flatlcric, déloyauté, mépris de tous les hommes, Prkssel, Andrea, pp. 244-247. De son côté, Andréa se plaignait « des tours sataniques » de Selnekker, et disait que lui et d'autres théologiens se seraient réjouis de le voir, lui, le Souahe, attaché à la potence. Döi.i.iN'fii:". t. M, pp. 'i'il'i'M. — L'Université de Wittemberg, à la suite des querelles religieuses, tomba dans le plus triste abaissement. Le 14 septembre l.JS, Paul Franz écrivait à Jérôme Schaller : « Status schuld' et cinium est tristissiiinis. Auditurin uhii/ue luiata, etc. « UiicutHEii, t. 1, p. 307, voy. t. 1, p. 244.

» Iliin-K, t. III, i)p. 24Ü 2'i7.

^ l'uiissEL, Kurfürst Liiduàtj, pp. i3 et .suiv. IIdm'i;, t. 111, ji. Soi.

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chassé du pays avec femme et enfants. Et où trouver un refuge en un pareil moment * ? »

On traita les Flaciniens comme les Calvinistes, c'est-à-dire sans aucun ménagement. La mère du margrave elle-même fut soupçonnée d'hérésie 2.

A Magdebourg le formulaire fut d'abord rejeté puis adopté, grâce aux efforts du duc Jules de Brunswick •*.

Les théologiens du comte palatin Jean de Palatinat-Deux-Ponts avaient déclaré, au mois d'août 1577, que le livre de Berg était conforme à l'Ecriture et « qu'ils lui seraient fidèles jusqu'à la mort ». Mais, en juin 1578, un nouveau synode s'étant réuni pour l'examiner plus à fond, le formulaire fut rejeté. Dans le Palatinat-Neubourg, les prédicants ne signèrent que lorsque le comte palatin Philippe-Louis l'eut exigé et après que le surintendant Tettelbach leur eut affirmé que « le livre était tout à fait conforme à l'esprit de Mélanchthon '^ ».

L'Electeur palatin Louis, bien que zélé luthérien, fit quelques difficultés avant de recevoir le formulaire. Il demanda du temps pour réfléchir. Il n'admettait pas tout à fait l'article relatif à la personne du Christ, et il eût souhaité encore d'autres rectifications. « Nous ne voyons pas bien, » écrivait-il le 17 octobre 1577 aux Electeurs de Saxe et de Brandebourg, « pour quelle bonne raison, sous quel prétexte de conscience, nous nous croirions obligés, nous autres princes du Saint-Empire, de signer le formulaire, puisque plusieurs points n'ont pas encore été corrigés dans le sens où nous l'aurions désiré ^. »

Le landgrave Guillaume de Hesse annonça la résolution bien arrêtée de combattre à outrance le livre de Torgau et le formulaire remanié de Berg. 11 écrivait à l'Electeur de Saxe : « Par la doctrine de l'ubiquité et les horribles interprétations qu'on lui donne, l'homme du peuple simple et crédule n'est exposé à rien moins qu'à tomber dans l'athéisme«. »Il fit publier la longue liste des opinions contradictoires de Luther sur la Cène pour prouver que sur ce sujet il était impossible de s'appuyer sur lui '.

• Heppe, t. III, pp. 202-234.

- La2<g. Baireuth, t. III, p. 378.

^ Heppe, Gesch. des Protestantismus, t. III, p. 2SÖ. *Heepe, t. III, pp. 236-271.

•• Pressel, Kurfürst Ludwig, pp. 36-38. Heppe, t. III. pp. 263-266. '" Heppe, Gesch. des Protestantismus, t. III, pp. 271-290.

' 3 février 1577. Voy. Heppe, Generalsi/noden, t. I, doc, p. 81. Voy. la lettre de Guillaume au prédicant Martin Mirus, 13 août 1577. Phessel, Kurfürst Ludwig,

530 AUVKUSAIIUÎS DU L I V 11 K Ü E liKlU..

Lejjiince Joachim Ernest d'Anhalt déclara à son tour par l'organe de ses théologiens que le livre de Bcrg, avec sa prolixité et sa subtilité déplorable, ne coniuirait pas à la paix mais sei-ait infailliblement une nouvelle pomme de discorde et que de vieilles (jnerellcs allaient se réveiller, ft Andrea, » disait-il, « s'est glissé chez nous comme un renard , il a rendu célèbre dans le monde entier sa pitoyable indécision de l'emme. Pendant longtemps il a oscillé entre tel ou tel pirii ; autrefois, il a dit en termes édihants qu'il ne respirait quo pour la gloire de Mélanchtlion, qu'il voulait mourir en confessant sa doctrine; maintenant il insulte publiquement son ancien maître, et l'appelle « un Salomon idolâtre * ».

Au colloque d'Herzberg, où les théologiens de Saxe, du Brandebourg et d'Anhalt se réunirent en 1578, Mélanchthon fut stigmatisé comme fauteur principal de toutes les hérésies. Musculus proposa de déterrer son cadavre et de le brûler avec tousses écrits ~. Ce colloque n'eut d'autre résultat que la mésintelligence toujours plus irrémédiable des partis en lutte ^.

L'Electeur Auguste ayant appris que Joachim-Ernest d'Anhalt l'avait desservi auprès des autres princes en prétendant qu'il avait abandonné la vraie religion de la Confession d'Augsbourg pour adopter une doctrine d'erreur, lui écrivit le 2G juin 1577 : « Si jamais vous vous permettiez encore semblable calomnie , qui touche à mon honneur, je me verrai contraint de prendre vis-àvis de vous certaines mesures qui n'établiraient pas entre nous une amitié très chaude *. »

Après de longues discussions, les coucordistes obtinrent la signature de l'Electeur palatin Louis, grâce à une préface où les points qui lui déplaisaient avaient été adoucis ou modiliés. c< On essaya de ramener Joachim Ernest par le même procédé , mais sans y réussir. Ce prince ayant demandé pourijuoi les changements qu'il avait indiqués ne se trouvaient pas dans le formulaire, Andrea lui répondit que le seul endroit où l'on put insérer des rcctilications, c'était la préface; le formulaire était l'œuvre des théologiens, au lieu que dans la préface les princes avaient la parole, et grâce à elle, il avait été possible d'avoir égard à toutes leurs observations.

* PiiESSEL, Ktirfursl Ludtviij, pj). O'J-71. Hei-i'l;, (iesc/t. des J^rolcstuntisiniis, t. m, |>p. '■2[)-2-i'j\}.

- Ecrivait l'aul Franz à .Iciùinc Sciialkr, le 11 sciiU'iiibro 1.".73, au raijporl. « d'un lioiiimc trcs digne de loi ». \ oy. KiiioiiuiJi, t. 1, p. 3(JG.

'■' IJicKMAN.N, l. 11, p. 117. Sai-iu, t. I, p. 433. l'uiissiiL, Kurfursl Luduhj, p|). 2ü«-:2X4. H. Mollcr écrivait le 22 septembre 1578 à J. Monau à propos des négociations d'ilcrzbcrg : « Hes tola inagnis clamoribus acta est sepleni quibus convencrunl (iicbus. » Gilllt, l^ruto, t. 11, p. -2-, noie 2Ü.

* llLi'i't, t. IV, p. 125.

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