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AMIS ET ADVERSAIRES DU LIVRE DE TORGAU

livre de Torgau, les écrits inédits, les livres de controverse de Luther sont mis au même rang que ses livres de doctrine, tandis qu'évidemment les traités du grand docteur, approuvés de toute l'Eglise, doivent seuls être regardés comme canoniques i. » « Tout le monde sait, » avait déclaré le synode, « que les écrits de Luther diffèrent grandement les uns des autres, et que non seulement les papistes mais d'autres avec eux, peuvent y puiser des armes contre nous. Seul, son petit catéchisme mérite d'être regardé comme livre symbolique. Les livres de Mélanchlhon et les Confessions d'Augsbourg modifiées ne doivent pas être rejetés, car il est important de préparer les voies à une réconciliation chrétienne entre nous et les Calvinistes 2. »

Les théologiens de l'entourage d'Auguste entrèrent dans une violente colère lorsque l'Electeur leur communiqua ces observations. Ils le prièrent de conseiller aux landgraves de Hesse de mieux surveiller à l'avenir leurs théologiens ; chacun savait que les éditions remaniées de la Confession d'Augsbourg n'étaient que des corruptions du texte authentique. Quiconque se refusait à condamner franchement les Calvinistes, quiconque ne les regardait pas comme d'infâmes blasphémateurs de l'Eucharistie, devait interroger sa conscience pour savoir si, au fond de son âme, il ne serait pas au nombre de ces impies qui osent appeler l'Eucharistie « un mets d'anthropophage et l'excrément de Satan ^ ».

De son côté, le landgrave Philippe déclara hautement qu'il s'opposait à ce qu'à l'Université de Marbourg l'ubiquité fût admise et enseignée. « Je ne puis comprendre, » écrivait-il, «quelle sorte d'hommage nous rendrions au Christ en admettant, ce que quelques-uns osent soutenir, que Jésus-Christ habite personnellement dans le diable, que l'enfer est en Dieu et que le ciel, c'est-à-dire le séjour des bienheureux, n'existe peut-être pas, n'a peut-être pas encore été créé, et toutes sortes de propositions semblables, conséquences naturelles d'une absurdité première. Nous ignorons si jusqu'ici un démon a jamais été assez hardi pour oser avancer de pareilles propositions ^. 7) Guillaume de Hesse avait écrit précédemment à Andrea : « La doctrine évangélique est suspecte aux grands potentats comme aux simples particuliers ; ils ne peuvent souffrir d'en entendre parler, ils l'ont en horreur, voyant que presque chaque théolo-

1 Heppe, Generalsijnoden, t. I, pp. 198-218.

2 Voy. HospiNiAX, cap. XII, pp. 65-b8b.

3 Heppe, Generalsynoden, t. I, doc, pp. 30-5i.

* Heppe, Generalsynoden, t. I, doc, pp. 73-78. Voy. Müller, Denkicürdigkeilen, t. II, pp. 417-420.

526 Li; LIVHK DE BEllü. 1577.

gion prétend réformer le caiécliisine de son collègue et, de son autorité pnvécj, lance l'anatliùine sur tous ceux qui ont un avis durèrent du sien *. »

A la suite des jugements défavorables portés de diticrents côtés sur le formulaire do Torgau, l'Electeur Auguste, en 1577, autorisa dans le couvent de Bergen, près de Magdcbourg, la réunion d'un nouveau synode, auquel prirent part Andrea, Chemnitzct Selnekker, plus tard aussi Cliyträus, Musculus et Kärner. Un grand nombre de cliaugements lurent apportés au t'ornmlaire, principalement dans les articles du péché originel et du libre arbitre.

L'union était loin de régner parmi « les Pères de Berg ». « Plusieurs comparent ces malheureux, si désunis entre eux, » écrivait Chyträus à Marbach, « à l'association des huit voleurs dont Aristote a conté l'histoire. Pour parvenir à s'entendre, quatre d'entre eux en égorgèrent quatre autres, les quatre survivants en égorgèrent ensuite deux, et de ces deux, l'un tua l'autre : ainsi se ht l'union 2. »

Le grand crédit dont jouissait Andrea décida de l'adoption du livre de Berg. Sous le titre de « formulaire de concorde », il fut adopté pour le code théologi(jue de toutes les églises protestantes ^. Le synode général évangélique qu'on avait songé à réunir pour lui donner une sanction solennelle n'eut pas lieu, Chemnitz ayant fait remarquer qu'il fallait se garder de compromettre l'œuvre de paix, et qu'un synode pourrait faire naître de nouveaux malentendus et des troubles regrettables. Le plus fort était fait ; le livre de Berg était adopté ; les princes n'avaient plus qu'à exiger de

1 Galixich, Kampf, pp. 305-310.

ï Planck, t. VI, p. 547.

'■> SEL.NEK.KiiR affirmait qu' Andrea lui-mcine n'avait pas été coûtent du livre : « Le 6 décembre 1577 il a eu avec moi une violente querelle de cominuiiicationc idioinatum, et d'un air riant et railleur, il m'a reproché de ne pas comprendre mieux que Chemnitz de quoi il s'agissait. 11 me dit aussi que le vieu.\ docteur Musculus n'était pas non plus 1res compétent, qu'il lui serait facile de lui faire accroire ce qui lui plairait, mais qu'il devait prendre certains ménai;:ements avec lui, et entre autres choses il me dit : « Croyez-vous (jue je sois satisfait du foriiiuiairc'? Chemnitz y a mêlé les tria gcuera cuininunicaliunis de persona Uliriati, ce qui s'est fait contre ma volonté et n'exprime point du tout mon sentiment. » Là-dessus je m'écriai : Grand Dieu, que dites-vous là? Pendant tout le voyage, vous n'avez cesse de dire qu"i\ n'y avait pas une syllabe dans le livre qui n'eût été pesée au poids de l'or, et que dans le cas où vous écririez et enseii^neriiv. (piehpic ciiose de contraire, ce quel([ue chose devrait être maudit dans toute l'éternité 1 11 parut effrayé, et répondit qu'il causerait de tout cela avec Chemnitz en ma présence. » Puessel, Andrea, pp. 2i5-240. (^iiytraus se défendit plus tard d'avoir collaboré au formulaire : M Niliil eniin oinniuin, » écrivait-il, « quac a nie dicta, acta aut .scripta essenl, JacubuK Andrac Arislurchus nuslcr prabu/jut, ita ut ne ucrbnni i/itidrm a me scriplu/n libru Cuncurdiir i/usit. » Cm ruaEi, lipp., p. 873.

LA SJCNATUUE DU FORMULAIRE DK R H R G . 1577. 527

tous les prédicants, professeurs et maîtres d'école, « une adhésion nette et catégorique i».

Pour l'EIectorat et le duché de Saxe, « les trois colonnes de la foi, » Andrea, Selnekker et Polycarpe Leiser, lequel, à la demande d'Andréa, venait d'être nommé surintendant de Wittemberg, furent chargés de recueillir les signatures. On invita tous les surintendants, prédicants et théologiens à se rendre à des endroits déler minés, pour signer. « Aucun d'eux, » déclara Andrea, « ne donnera son adhésion en particulier ; tout se passera à ciel ouvert, et comme on a coutume de faire faire l'exercice aux lansquenets. » Or, tout le monde savait assez par quels procédés Auguste se proposait de « purger l'Eglise du Seigneur de l'engeancedes obstinés». On l'avait vu à l'œuvre avec les Flaciniens, puis avec les Cryptocalvinistes; on se souvenait du cachot et du martyre de Peucer.

Il n'avait pas été possible, déclarrrent les commissaires aux prédicants et professeurs venus pour apposer leur signature au nouveau formulaire, de conserver le Corpus de Mélanchthon, car il errait en beaucoup de points de doctrine. Il avait été habilement combiné pour satisfaire les Sacramentaires et autres hérétiques. Mélanchtiion, comme le roi Salomon, avait commencé par la sagesse, mais plus tard il était tombé dans l'idolâtrie et l'erreur. Le Formulaire de Concorde renfermait seul la pure doctrine. Tous étaient tenus de le signer, non seulement de la main, mais du fond du cœur; tous devaient réfléchir à ce qui était arrivé à certains docteurs de Wittemberg et de Leipzick, dont une partie s'était honteusement enfuie avec une mauvaise conscience, et dont l'autre avait été pour jamais exilée. L'exemple du docteur b tössel, tombé dans le désespoir, mort dans ce déses-

1 Bertram, Evangel. Lüneboiirg, doc, p. SQS.Ut^vvE, Gesch. des Protestantismus, t. III, pp. 205 et suiv.

2 Heppe, t. III, pp. 219-223. Les commissaires de l'EIectorat de Saxe n'avaient pas entre eux des rapports pleins d'aménité. Selnekker se plaignit qu'Andréa, après une dispute théologique, l'eût traité de « coquin, de misérable scélérat, de gibier de potence, etc. ». Le lendemain matin, Andrea assura avoir voulu parler de son domestique. « Je fus obligé de me contenter de cette réponse, » dit Selnekker. « Ensuite, à table, il s'est tellement querellé avec le docteur Mörlin que je me suis levé pour sortir ; quant au docteur, il pleurait amèrement, déplorant l'etat misérable des Eglises, et disant que le docteur Jacques allait encore empirer les choses. » « Le 17 septembre 1577, à Berlin, en présence de conseillers électoraux des plus res. pectables, in prandio, il a parlé en termes inconvenants du Consistoire, disant qu'un théologien ne devait jamais se mêler de causes matrimoniales, et que dès qu'un théologien s'en était occupé pendant deux ans, il devenait, l'année suivante, un excellent entremetteur, v « Mense novembri iSyS.'û s'est comporté, au synode de Dresde, d'une manière pitoyable. Que Dieu me garde, moi et tous les hommes pacifiques, de semblables assemblées, où le docteur Jacques ne fait autre chose que d'exécuter les morts et les vivants, les grands et les petits, sans épargner même nos chers

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