‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 73 sur 572 · AGITATION A AUGSBOURG · texte numérisé non relu

AGITATION A AUGSBOURG

teurs » n'était plus en sûreté. Obligé de prendre des précautions contre rémeute, l'Empereur fit doubler les gardes de la ville, et, par son ordre, un détachement de cavalerie faisait chaque jour des reconnaissances aux environs d'Augsbourg. Le prédicant zwinglien Jean Schneid de Schongau fit un soir une peur eirroyablc au prince électoral de Saxe en lui portant une fausse nouvelle. Il vint l'avertir que l'Empereur avait résolu de s'emparer de sa personne et de celle de son père,luiconseillantdeprendreimmédiatementlafuite.Le prince rassembla àlahàte ses gcntilshûmmes,ses serviteurs, s'arma, ferma les portes et veilla toute la nuit, bien résolu à vendre chèrement sa vie et sa liberté ^. Martin Bucer qui, pendant quelque temps, se tint caché à Augsbourg, parlait déjà des persécutions de Dioclétien 2, et le conseil d'Ulm se demandait « si Dieu tolérerait encore longtemps les actes iniques qui se commettaient, et ne révélerait pas à [ses serviteurs le moyen d'échapper à la rage du démon 3 )>. Les gentilshommes de la suite de l'Empereur entendaient souvent parmi le peuple des murmures menaçants. Le Landgrave^, disait-on, saurait bien, à point nommé, faire cesser tout ce jeu, tout ce vain bavardage, et parler par le feu ; l'Empereur opprimait la parole divine et l'Évangile; il crucifiait de nouveau Jésus-Christ, mais jamais les Allemands ne toléreraient le gouvernement d'un tyran et d'un « Welche ^ ».

Bien loin d'accuser l'Empereur, le théologien luthérien Brenz écrivait d'Augsbourg: « L'Empereur est certainement le plus excellent de tous les hommes; c'est un prince accompli ; il a pour lui l'estime de tous les honnêtes gens ^ » « Son bonheur, qui ne s'est pas un instant démenti, » écrivait Mélanchthon à l'un de ses amis, « a de quoi nous émerveiller; mais ce qui est beaucoup plus digne d'admiration, c'est sa grande modestie après de si éclatants succès et quand tout lui réussit à souhait. Impossible de relever en lui une seule parole, le plus petit acte qui sorte des bornes de la modération. Quel roi, quel empereur, pourrais-tu me citer dans l'histoire dont la bonne fortune n'ait pas changé le naturel ? Mais jamais elle n'a pu faire perdre à Charles-Quint la possession do lui-même. En lui, pas l'ombre de passion, d'orgueil, de cruauté ; et, pour ne

Voy. la lettre de Mélanchtlitoii à Luther, 20 août l.j3ü, d;.ns le Corp. Reform. t. II, p. 299.

i Keim, Schirabische Reforinationsgeschic/ite, p. 188-190. -Keim, p. 190.

3 Keim, p. 188.

** Aufzeichnungen, voy. p. 19, note 1.

Corp, Reform., t. 11, p. 3(31 : « Mirum est quam omiies ardeant amore et favore Caesaris, » écrit Lnha- L à jiillet 1330 àllausmauu. Vov. de Wei fL-<EiDE.Ui.v\, t. VI, p. 110.

192 TENTATIVKS DE CONCILIATION. 1330.

parler (jue d'un seul lait, bien (iiic nos adversaires aient eniployé jusqu'ici tous les moyens imaginables pour l'indisposer contre nous, il a toujours accueilli les liomines de notre opinion avec la plus grande affabilité. Sa vie domestique est remplie des plus beaux, traits de retenue, de modération, de tempérance. Cette dignité de la vie privée, autrefois si en honneur parmi les princes allemands, ne se retrouve plus que dans l'entourage de l'Empereur K j

Le jour qui suivit le brusque départ de Philippede Hesse, Gliarlcs- Qumt se plaignit aux Protestants d'une conduite si « inopportune et si malséante ». Elle laissait assez deviner le mauvais vouloir du Landgrave et son désir évident de voir la Diète se dissoudre, Charles supplia les Électeurs, les princes, les villes de ne point se laisser égarer par cet exemple, et de continuer à lui être de fidèles auxiliaires, alin qu'il lût possible de se .mettre d'accord et d'apporter un prompt remède aux maux de l'Eglise. « Les Electeurs, les princes et les villes, » ré[)ondit au nom des Protestants le chancelier Brück, « ont appris avec grand déplaisir le dépait du Landgrave; il na point leur approbation, et s'ils en avaient été instruits, ils auraient très l'ranchement déconseillé au prince une semblable démarche "-. »

L'Empereur les fit prier « amiablement et débonnairement » de s'appiKpier aux afi'aires avec zèle, et de préparer des solutions « sages et prudentes, capables de rétablir la concorde ».

« Les Protestants avaient en la reine Marie, sœurde Charles-Quint, en secret favorableaux doctrinesnouvelles, une puissante avocate. A Augsbourg,où elle avait suivi son frère, elle entretenait des relations suivies avec les théologiens protestants, par l'entremise de son chapelain Henkel de Gommerstadl '^. Les Catholi(iues prétendirent plus tard (jue plusieurs eveijues totalement ignorants en matière théologique, quelques conseillers de l'Empereur traitant les questions religieuses comme des questions temporelles, mais surtout la reine Marie, avaient poussé l'Empereur à se poser en juge en matière de foi (ce qui en réalité ne lui appartenait point), lui persuad"ant qu'il triompherait aisément de toutes les difficultés au moyen des conlV-renees religieuses '*.

Le 1() août, ces conférences s'ouvrirent.

Eck, Wirapina et Coehiœus siégeaient du côté catholique ; Mélanchllioii, IJrenz et Schncpf représentaient !a théologie protestante. Les ditl'érents articles de la Cunfession d'Aiigsbouig furent successi-

« En octobre 1530. Corp. nr'form.. t. II. p. 430-131.

* Helalion des délégués de Nll^e^ll)el;,^ (.'yr/'. Urform., l. H, p. i(>i.

* Voy. Kawehau, A;/ric()lu, p. yj-lUO.

* U ((/'-'/• die VcrdcrbllchliCtt der L'ulluijnia, elc. (C.olniar, ITiiO). U\

TENTATIVES DE CÛ.NClLÎATIOX A (,A DIETE d'aUGSBOURG. 1330. 193

vement examinés ; dans beaucoup on ne trouva nulle différence entre le credo catholique et le credo protestant; d'autres présentaient une certaine conformité avec la doctrine catholique ; mais plusieurs s'en écartaient totalement ^.

L'union était impossible.

Car dans cette vaste querelle religieuse il ne s'agissait point de tel ou tel dogme, du maintien ou de laréforme de lelleoutelle loi disciplinaire, pas même de la juridiction des évèques telle que l'entendaient et l'admettaient les théologiens protestants. La discussion n'avait à proprement parler qu'un objet : l'admission ou le rejet de l'infaillible mission doctrinale de l'Église ; la reconnaissance ou la non-reconnaissance de cette Eglise, considérée comme institution divine et humain à la fois, reposant sur le dogme du sacrifice perpétuel et sur le sacerdoce.

Or les Protestants niaient cette mission doctrinale et infaillible, et concevaient l'Eglise à un point de vue tout différent. Ils rejetaient le sacrifice perpétuel, parce qu'il suppose un sacerdoce dont ils ne voulaient plus, se refusant à reconnaître au sein de l'Église l'existence de ces opérations surnaturelles dont Jésus-Christ est l'auteur, et sur lesquelles repose le véritable sacerdoce.

Aussi tous les efforts de réconciliation demeurèrent ils sans résultats. Plus tard, pour les mêmes raisons, les mêmes tentatives devaient également rester inutiles -.

' Le 17 août 1330 les délégués de Nuremberg mandaient au conseil de leur cité : « La partie adverse ne se montre pas trop hostile, elle semble au contraire conciliante et bien disposée. » Le 10 septembre, .Méhuichthon écrivait à un ami : << Ac fortasse pacem lacère possemus, si nostri essent paulo tractabiliores. » Corp. Reform., t. II, p. 288, 3Ö1. — Dans une lettre datée du 17 février 1339 et adressée aux prédicants de Nuremberg, Mélanchlhon écrit : « Au^rustae rem eo addux^rant (les tlièologiens catholiques), ut simul articulos conderemu- amblgico.". flexlloquos. » Corp. Reform., t. 111, p. 961. La lettre d'Eck à Mélanchlhon, datée du 23 août lc-30, estdignederemarque; «Jevous supplie, per amorem Christi, aidez Uermaniae et tous les princes ad concordiam, afin que unitas ecclesic-e se fasse, Pourquoi voulezvous introduire tant de rationes disputabiles ?... Remiltantur ad concilium. Que voulez-vous? De applicatione missae et opère operato. je m'en tiens pourtellemenlcertain que je mourrais pour les soutenir. Mais pro amore pacis je conseille à la Diète de laisser maintenant la question en paix usque ad futurum concilium. Et pour tant, j'aimerais traiter cette- question avec tous vos princes et seigneurs. Suivez donc mon exemple, vous, vos seigneurs et collègues. Sic fia bona pax et tranquillitas, et \enial gladiussuperTurcam. » Voy. Schikamacher, ß/v'(^/'e und Acteyi.p. 243 24i. — Voy. Corp. Reform., t. II, p. 316.

* A propos de l'inutilité des conférences religieuses, Eck écrivait : « Quodsi sancti patres eis afferantur testes, clamant eos que que homines fuisse; si ciientur canones, obganniunt statim frigida haec esse décréta; si eligendi forte sunt judices, récusant subito dicentes, verbum Dei non ferre judicem ; quod si allegentur concilia, clamitant ea saejàus errasse : atqui e sacris litteris etiam si afTeratur aliquid, et bas suo ingeuio tractant, suamque tautum exposilionem ralam haberi volunt, contradicente etiam uuiversa Ecclesia jam indea temporibus aposiolorum. » RAVNALD^ad a. 1530, u" 174.

11)4 TENTiTIVES DE CONCILIATION A LA DIÈTE d'aLGSBOURG. 1530.

Lullier^ proscrit par Tédit dr M'orms, n'osait se montrer à Augsboiirg; mais deCobourg.où il s'était établi, il exerçait une influence toute-puissante sur les membres protestants de la Diète et sur leurs théologiens. Il délinissait très justement l'état de la (juestion et la ramenait à deux points londamcntaux, disant à ses amis : « Aucune union n'est possible tant (|ue le Pape ne renoncera pas à la Papauté *; » et encore : « Si l'on admet le canon et la messe privée, il faut rejeter toute la doctrine prolestante, et revenir à la foi catholique. » « En vérité je crève presque de colère et de dépit, » é:rivait-il encore à ces mêmes amis; « au nom de Dieu, tranchez la question, cessez de tant ergoter, et revenez à la maison ^. »

La question de la juridiction des évêques joua un rôle important dans les essais de conciliation d'Augsbourg.

La confession des princes soutenait qu'il était urgent de séparer le gouvernement ecclesiasticjue du gouvernement séculier, parce que les évêques ne pouvaient se charger d'un emploi étranger à l-ur état, et que de grandes guerres et révoltes avaient ét<' la cons'quence de la confusion anormale des deux pouvoirs : (■ L'aulor té épi?copale est, selon l'Évangile, le pouvoir donné par Dieu de p'-êeher la divine parole, de remettre ou de retenir les péchés, d idministrer les sacrements, de décider sur la doctrine et de r.jeter celle qui est contraire à l'Évangile; de pluS; les évêques ont le devoir de retrancher de la communion chrétienne ceux dont l'impiété est notoire, le tout non en vertu d'un pouvoir humain, mais par la seule force de la parole de Dieu. En ces choses, les peuples sont obligés d'obéir aux évê([ues, conformément à cette parole de Jésus-Christ : Celui qui vous écoule, m'écoute. iMais dès (jue les évêques enseignent, établissent ou imposent une doctrine contraire à IVvangile, le devoir est d'obéir à Dieu, et de leur refuser lobéiss m ce. »

Mais qui serait appeh- à décider sur l'orthodoxie des évêques ? A (jiioi pouvail-on reconnaifre la saine interprétation du véritable évan-^iie et la séparer d'une doctrine d'erreur? C'est sur quoi la Confession des princes ne s'expliquait point. Du Pape, de sa mission, de ses droits, il n'était pas dit un seul mot.

C'est qu'en réalité les organes les plus autorisés du parti protestant n'envisageaient le pouvoir papal que comme une fable

' « Summü, mihi in totiim di^piicet IracUtus de doclriuae concordia. ut qiiae plans sit im[)Ossiljili.s, iiisi papa velil papalum suum aboleii. » Lettre à Mélauchllion, 2Ci août 1.>JU, de Wette, t. IV, p. 117.

' A Juste Jonas, 2(i sept. ITiäe, de Wette, t. IV. p. 170. — Voy. Hallisc/ilag gescUickl gige.i Aitysliurjk, dans ScuiHUMACHtii, p. -tlh-'ii^J.

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